La femme marginalisée

Plus vulnérables et sujettes aux agressions sexuelles, les grossesses indésirées, avortements, accouchements, menstruations. Les besoins du corps de la femme sont différents de ceux de l’homme. Si, en Belgique en principe, recevoir des soins de santé est un droit, les femmes qui se retrouvent à la rue n’ont pas toujours connaissance de ce droit.

Le nombre absolu des femmes mal logées à Bruxelles a augmenté depuis 2016. Sur les 4.187 personnes sans-abri et mal logés, 939 sont des femmes. Soit 22,4%. Dans les différents centres de crise, les chiffres suivent. Par exemple au Samu Social, où le nombre de femmes accueillies a presque quadruplé en 8 ans. Il est passé de 40 femmes à 146. Toutes ces femmes ne passent pas leurs nuits dans les rues. Une grande majorité d’entre-elles sont hébergées dans ces centres ou des hôtels payés par des ASBL. Mais le matin, c’est le retour à la réalité.

« Dans un monde où les richesses peuvent être mieux partagées, où tout le monde pourrait recevoir de l’aide, ça me choque. Je ne suis à l’aise avec l’idée qu’il y ait autant de précarité.« 

Binta Liebmann Diallo

Les problèmes de santé

Pour les personnes itinérantes, le maintien de bonnes pratiques hygiéniques est difficile. Il n’y a pas un accès direct à des douches ou des machines à laver. Forcées de dormir sales dans des vêtements non-lavés ainsi se manifestent des maladies et des infections types eczéma champignons ou mycoses. Mais aussi les problèmes de peau comme l’impétigo, la stase, la gale et les poux. Quand ils dorment, ils forment souvent des groupes. Surtout pendant les périodes un peu plus froides dans le but de se réchauffer, favorisant ainsi la propagation de ces infections.

Spécifique aux femmes, il y a le manque de protection intime. Contraintes de réutiliser les mêmes protections ou des bouts de tissus trouvés. Beaucoup de ces femmes sont aussi victimes d’agressions sexuelles. Elles en contractent des IST et MST. Mais de plus, l’accès à la contraception étant souvent compliqué, il résulte des viols, des grossesses non désirées. Telle est la réalité de ces femmes.

Détresse psychologique

Il y a énormément de détresse psychologique dans les rues. « Certaines femmes viennent simplement parce qu’elles ont besoin de parler « , confie Binta Liebmann Diallo infirmière chez DoucheFLUX. Vivre à la rue est une expérience stressante, effrayante, drainante. « Les problèmes de santé ce n’est pas seulement une plaie ou une maladie, continue Mme Liebmann Diallo. C’est aussi dire je ne me sens pas bien je n’arrive pas à manger je ne sais pas où dormir.« 

Un tiers des personnes SDF souffrent de troubles psychiatriques sévères, psychoses, troubles de l’humeur, dépression et/ou troubles anxieux sévères. Les troubles psychotiques majoritairement des schizophrénies représentent la pathologie la plus grave et la plus fréquente. Les troubles dépressifs sévères sont comparables à ceux de la population générale. Le risque suicidaire, les troubles de la personnalité et du comportement sont plus élevés.

Ont-elles droit aux soins ?

En Belgique tout le monde a droit à des soins de santé. Avec ou sans papiers. Lors d’une visite dans un centre de crise, l’aide-soignant qui prend la consultation peut faire une demande d’aide médicale urgente pour les patients. Ils sont ensuite redirigés vers le CPAS dans la commune dans laquelle ils dorment. Par exemple, ceux qui dorment sous le pont du midi sont redirigés vers le CPAS de la commune de 1000 Bruxelles.

Suite à la demande, le délai d’attente est de 3 semaines. Au bout de 3 semaines, les patients reçoivent une carte médicale fournie par le CPAS. Celle-ci donne accès à un médecin et une pharmacie spécifique.

Étant donné un délai d’attente relativement long, d’autres alternatives sont possibles. Comme le centre médical Athéna. Où tout le monde est le bien bienvenu.

Dans une crainte constante

Nombreuses sont les femmes SDF qui n’osent pas aller consulter des médecins par peur de se voir refuser les soins. « Dans la rue, on peut parfois être vite repoussé par toutes les barrières de la société ». Constamment confrontées à l’échec, certaines ont baissé les bras.

« Je propose mes services, en général le vendredi après-midi sur rdv. Mais certaines femmes n’osent pas venir quand il y a des hommes. »

Binta Liebmann Diallo

D’autres ont peur de fréquenter les lieux où il y a une forte présence masculine. Dans la rue, elles peuvent voir comment les hommes tombent dans la drogue, l’alcool et adoptent des comportements violents. Dans la société actuelle, la femme en général n’est pas assez considérée. L’homme occupe beaucoup de place. C’est pourquoi il est important de créer des espaces où elles pourront se sentir en sécurité.

homeless- by Jackie_Chance from Pixabay Free for commercial use

Où se procurer des soins?

DoucheFLUX est un centre de jour pour les personnes en situation de grande précarité, avec ou sans logement, avec ou sans papiers.

Le mercredi est un jour consacré 100 % aux femmes. Ce jour-là, le personnel en service est principalement composé de femmes. Il y est possible de voir une infirmière. L’infirmerie est chapeautée par Médecins du Monde et travaille en collaboration avec tout un réseau de maisons médicales, de médecins, de services d’urgence, services dentaires, services spécialisés en santé sexuelle ou encore mentale.

DoucheFLUX offre des services de première nécessité. Prendre sa douche, laver son linge, recevoir une pédicure médicale, faire de la kinésithérapie, voir une opticienne, un soutien psychologique et plus.

Bien évidemment, il s’agit d’un centre parmi tant d’autres. Pour prendre connaissance des autres centre voir la rubrique pour en savoir plus.

Et COVID dans tout ça ?

Durant la première vague, le milieu social a pu bénéficier de plus d’aide pour le sans-abrisme lié aux COVID. Il y a eu plus de financement des régions de la communauté française et de la ville de Bruxelles. Des hôtels ont été ouverts. Des bâtiments de la Commission européenne qui ont été transformés en chambres d’hôtel étant donné que les employés étaient en télétravail. Les personnes sans-abri ont été bien accueillies et ont pu y passer le confinement. Spécialement pour les femmes, pour qui c’était une grande sécurité de savoir qu’elles auraient un toit sous lequel dormir pendant cette période. Et cela n’aurait peut-être pas été possible sans COVID.

Depuis, les centres de crise prenant en charge les sans-abri comme DoucheFLUX ont mis en place des dispositifs pour continuer à apporter leur aide tout en respectant les directives du gouvernement. Se désinfecter les mains à l’entrée. Des masques propres à disposition avec possibilité de laver ces masques en tissu également. La température est prise et si jamais quelqu’un avec une forte fièvre se présente, il y a un protocole à suivre. Un service spécifique qui accueille les personnes sans-abri est contacté pour mettre cette personne en quarantaine. Si la personne présente plusieurs symptômes, il est possible de faire un test qui est gratuit pour les sans-abri.

Selon Mme Liebmann Diallo ce n’est pas à nous citoyens de venir en aide aux personnes en précarité mais au gouvernement.

« Cela relève d’une politique plus sociale et humaine. Cela dépend des personnes que nous choisissons pour diriger le pays. Choisir des personnes humaines permettrait de mettre plus d’argent dans le social et aider ces personnes. Ce n’est pas aux citoyens de s’occuper de ce que l’état doit faire. »

Binta Liebmann Diallo

Pour en savoir plus

  • Qu’est-ce qu’une personne sans-abri ? Ce n’est pas toujours clair. AMA a tenté donner une définition plus complète.
  • Le guide social propose 158 adresses, logements et centres d’aide pour les personnes sans-abri.
  • Consultez Bruss’help pour toutes les informations supplémentaires.

Noella Tshilombo Muyeji

23 ans, étudiante en communication à l’ISFSC.

Vivre dans la rue et se soigner, un vrai parcours du combattant

Un sans-abri emmitouflé dans un duvet dans le centre de Lausanne (Suisse) Benoît Prieur-CC-BY-SA

Être confronté au manque d’hygiène, aux carences alimentaires, aux intempéries, à l’insécurité… Voici le dur quotidien que vivent des milliers de sans-abri dans nos rues. Quel impact ce mode de vie rudimentaire a-t-il sur leur santé ? Et quelles sont les répercussions liées au coronavirus pour les personnes sans domicile fixe ?

Entre le 3 et le 26 mai dernier, des chercheurs du CHU Saint-Pierre de Bruxelles ont réalisé une étude pour voir dans quelle mesure les sans-abri seraient plus vulnérables face au coronavirus que la population générale. Il en est ressorti qu’une personne vivant dehors à trois fois plus de risques d’être hospitalisé des suites d’une infection lié à la COVID-19 qu’une personne ayant un toit.

Des personnes fragilisées

Ils seraient entre 4000 et 4500. Voici le nombre estimé de personnes sans domicile fixe qui vivent dans notre capitale. Pour beaucoup d’entre eux, leur santé n’est pas perçue comme étant une priorité.

Entre la recherche d’un repas et d’un endroit où passer la nuit, se soigner devient secondaire et cette négligence se voit : « je constate beaucoup de sans-abris avec des mycoses au niveau des pieds, elles sont très souvent le résultat d’avoir marché pendant un long moment dans des chaussures abimées où encore des infections parasitaires telles que des poux et la gale», explique Isabelle Verreckt, infirmière au sein de l’ASBL bruxelloise La Fontaine.

Isabelle Verreckt ©Lecluyse Nicolas 2020

Mais il y a aussi des personnes qui souffrent de divers problèmes mentaux. Ceux-ci sont malheureusement encore trop souvent oubliés ou jugés comme n’étant pas assez importants. Pourtant, parmi ces troubles on retrouve parfois des pathologies psychiatriques graves, comme : la schizophrénie, des troubles bipolaires et des dépressions majeures. Selon Isabelle Verreckt : «Certaines personnes ont eu un suivi psychiatrique par le passé, mais depuis qu’ils sont à la rue ils n’ont plus eu de traitement ce qui aggrave leur état mental».

De plus, « beaucoup de sans-abri qui ne vont pas bien se tournent vers l’alcool et la drogue pour oublier leurs problèmes. Résultat? Cette consommation devient plus régulière et donc petit à petit ils peuvent développer un comportement addictif. Cette problématique s’ajoute à leur longue liste de problèmes, ce qui ne les aide pas à avancer » explique Isabelle Verreckt.

Le coronavirus, la goutte de trop ?

L’hiver est là. Températures négatives et journées plus courtes rythment désormais le quotidien des habitants de la rue. Une situation qui en temps normal est déjà compliquée, mais cette année ça l’est encore plus particulièrement. Le couvre-feu à partir de 22h qui a été instauré sur l’ensemble du territoire de la capitale oblige parfois les sans-abri à se cacher pour éviter de croiser la police. Depuis le début de cette pandémie, le message est clair : garder minimum 1,5m de distance entre les personnes, porter un masque à partir du moment où la distance sociale ne peut être garantie ainsi que se laver régulièrement les mains. Mais qu’en est-il lorsqu’une personne n’a pas les moyens de s’acheter des masques?

Le CPAS de la Ville de Bruxelles distribue désormais depuis plusieurs semaines des masques en tissus aux sans-abri. Un moyen pour eux d’être en règle, certes, mais pas forcément efficace. Le mauvais usage du masque compromet parfois son efficacité, car nombreux sont ceux qui gardent le même masque pendant plusieurs jours, ce qui évidemment peut impacter lourdement leur santé déjà fragile. Interrogée sur la question, une assistante sociale du CPAS de 1000 Bruxelles explique : « il y aurait aux alentours de 30% de sans-abris qui seraient infectés, où étés contact COVID et placés en isolement».

Un toit temporaire

L’accès aux tests n’est pas toujours évident pour les sans domicile fixe. Souvent le fait de ne pas posséder une carte médicale peut sévèrement compliquer les choses. En effet cette carte, délivrée par le CPAS aux personnes nécessiteuses, permet la gratuité des frais médicaux et pharmaceutiques pour les personnes en grande précarité. Lorsqu’un sans-abri possède cette carte, il peut se faire tester auprès d’un médecin généraliste agrée par le CPAS où une maison médicale. Dans le cas il où il n’est pas titulaire de ce genre de carte, l’accès aux tests est plus compliqué.« A ce moment là, le sans-abri peut se faire tester via Bruss’Help, l’organe de la coordination des personnes sans-abris à Bruxelles, mais évidemment cela prendra plus temps», explique Isabelle Verreckt.

Ensuite, si le test se révèle positif, la personne peut être mise à l’abri afin d’éviter que son état de santé s’aggrave et faire en sorte qu’elle ne contamine pas d’autres personnes. La Ville de Bruxelles a donc mis certains endroits très spécifiques à disposition des habitants de la rue, comme par exemple l’hôtel Galia. Cet hôtel accueille les personnes qui seraient positives à la covid-19 en leur proposant un hébergement et des soins durant la quarantaine.

Une porte de sortie?

Si pour la plupart des sans-abri l’espoir de retrouver un jour un toit et une vie autonome les aide à tenir le coup, pour d’autres ce n’est pas forcément le cas. En effet, une minorité de ces personnes préfèrent la vie dehors, qui leur convient mieux. Ils estiment qu’il y’a plus besoin de payer les frais du quotidien, pas d’obligations, pas de travail, pas de comptes à rendre… une liberté totale donc. Selon madame Verreckt : « La porte vers la sortie peut être ouverte par le CPAS où le Samusocial, mais encore là il faudra s’armer de patience car le chemin peut être long. La persévérance sera indispensable ».

Plus mourir dans l’anonymat

Chaque année plusieurs dizaines de personnes sdf meurent dans les rues de Bruxelles. En 2019, 62 personnes y ont perdu la vie, ce qui représente une diminution comparée à l’année précédente, où 68 décès ont étés enregistrés. Pour l’année 2020 il n’y pas encore de chiffres de disponible, mais il est quasi sûr que ceux-ci seront plus élevés à cause de la pandémie. Pour rendre un dernier hommage à ces personnes, il existe un collectif spécial, nommé « Morts de la rue ». Ce réseau d’associations organise chaque année un hommage, en collant un nom et un visage sur les chiffres de ceux qui ont perdu la bataille contre l’extérieure. L’espérance de vie en rue est que de 48 ans.

Pour en savoir plus…

Nicolas Lecluyse, 21 ans. Étudiant en bachelier de Communication à l’ISFSC depuis septembre 2020.

Covid-19 : accès aux soins pour les SDF.

Pour protéger les personnes sans domicile fixe, le gouvernement et plusieurs organisations ont mis en place des dispositifs pour mettre ces derniers à l’abri durant cette crise sanitaire du coronavirus.  Quelles sont-elles ? 

Le 13 mars a eût lieu un comité de concertation qui traitait comme sujet le coronavirus. Dans ce comité de concertation a été prise la décision de faire un confinement total . Mais quand est-il des SDF ? En août dernier, le CHU Saint-Pierre a fait une étude. D’après eux, sur 100 000 habitants, 650 personnes atteintes de la covid-19 seraient des personnes sans-abris contre 194 non SDF. 

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La Belgique compte aujourd’hui, plus de 17 000 personnes décédées du virus présent depuis le début de l’année. Le nombre de SDF morts parmi ces 17 000 personnes décédées reste encore inconnu. De plus, parmi ces 17 000 personnes, les personnes sans domicile fixe restent les personnes les plus vulnérables à attraper le coronavirus. Ils n’ont pas d’hébergement où se confiner en plus de leur hygiène de vie qui n’est pas favorable. Il est donc important de trouver des endroits où les loger durant cette période de crise sanitaire. 

La meilleure défense contre la covid-19, c’est d’avoir un toit.

Mustapha Akouz

Les dernières solutions d’hébergements pour les sans-abris

Pour pouvoir protéger les personnes sans-abris, plusieurs mesures ont été mises en place. Le Samu social a mis à disposition des lits dans des hôtels pouvant accueillir un certain nombre de sans-abris à l’aide de la croix rouge. D’après monsieur Mustapha Akouz, président du CPAS d’Anderlecht, en plus des hôtels qui ont été ouverts pour les SDF, les centres d’hiver ont également ouvert leurs portes pour ces derniers. Cependant, les centres d’hivers peuvent accueillir 50 % de leur capacité en cause, la distanciation sociale. « Il y a à ce jour, plus ou moins 3000 places d’hébergement saturées à Bruxelles », a confirmé Nathalie Abascal Toca, responsable dans le domaine des SDF du CPAS d’Anderlecht.

Le CPAS d’Anderlecht collabore avec la COCOM et sa commune pour venir en aide aux SDF

« Il y a un projet qui commence en janvier prochain, pour l’hiver, on vient de conclure avec la COCOM et la commune d’Anderlecht une collaboration. On a une structure où on peut accueillir 35 résidents » a confirmé le président du CPAS d’Anderlecht, Mustapha Akouz. 

Pour certaines personnes, il est impossible de respecter le couvre-feu

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Depuis l’annonce du deuxième confinement, les personnes sans domicile fixe doivent, elles aussi, respecter le couvre-feu dans la commune dans laquelle ces derniers se trouvent. La capacité d’accueil dans les centres d’hébergement étant saturée, certaines personnes restent dans la rue et sont dans l’incapacité de respecter le couvre-feu imposé par le gouvernement.

Dix organisations se mobilisent

Pour y remédier dix organisations ont décidé de distribuer aux personnes se trouvant dans la rue, 2 500 « attestations de non-hébergement » afin que ces derniers puissent rester dans la rue sans avoir de problèmes. Des organisations telles que, le Samu social, les Médecins du Monde, Médecins sans Frontières et pleins d’autres encore. 

Les SDF présentent des symptôme de la covid-19 dans les hôpitaux

Les hôpitaux sont ouverts pour tout le monde, mais qu’en est-il des SDF qui viennent aux urgences avec des symptômes de la covid-19 ? Et bien, les personnes sans-abris sont prises en charge par les médecins et la facture des soins sera envoyée au CPAS qui eux, se chargeront de payer les soins de santés. 

Les solutions de la fondation Roi Baudouin

Dans les hôpitaux, on retrouve beaucoup de SDF atteints du coronavirus, c’est pour cela que la Fondation Roi Baudouin a mis deux dispositifs d’urgence pour soutenir ces derniers en cette période de crise sanitaire. Le premier dispositif est de distribuer des repas aux personnes sans domicile fixe et le deuxième est de mettre en place des lieux d’accueil pour ces derniers afin qu’ils ne manquent de rien pendant cette période compliquée. 

Nouveau Centre de dépistage à Bizet  

D’après le président du CPAS d’Anderlecht, un centre de dépistage a ouvert ses portes le 6 novembre dernier dans la commune d’Anderlecht à Bizet.

Un bus de dépistage viendra aux sans-abris

Bruno De Meue, directeur des secours de la Croix-Rouge de Belgique, a confirmé qu’un bus de dépistage sillonnera les rues de la capitale pour tester les personnes précarisées.  

Le vaccin pour les SDF ?

Le vaccin de la covid-19 est quant à lui attendu en début de l’année 2021, il sera réservé dans un premier temps, pour le personnel soignant ainsi que pour les personnes jugées à risques. Parmi ces personnes à risque nous ne retrouvons pas les personnes sans domicile fixe.

Aspects positifs du premier confinement

Malgré les aspects négatifs du coronavirus pour les personnes sans-abris, en plus des hôtels qui ont été disponibles pour ces derniers, 16 personnes sans domicile fixe ont obtenu un hébergement permanent dans la commune de Gand.

Lors du premier confinement des tentes ont été mises à disposition pour les sans-abris dans les parcs de la ville de Liège. 

Des ambulances mises à disposition pour les personnes précarisées

En mars dernier, le Samu social a mis en place un dispositif d’enregistrement par ambulances des personnes sans domicile fixe. La transportation des personnes sans-abris suspectées d’avoir le coronavirus est très délicate, ce dispositif a permis d’isoler ces derniers dans des centres d’isolations pour ne pas prendre le risque de contaminer d’autres personnes. 

Les prochains projets à venir pour les personnes sans domicile fixe pour leurs soins de santés en général ? 

Un des projets qui est en cours est celui-ci, au printemps prochain un centre de jour ouvrira ses portes à Bruxelles pour accueillir les  jeunes personnes sans-abris âgées entre 13 ans et 26 ans. 

Comme l’a dit l’échevin d’Anderlecht, monsieur Mustapha Akouz, « La meilleure défense contre le covid-19, c’est d’avoir un toit. »


Pour en savoir plus :

  • https://www.rtbf.be/info/regions/liege/detail_sm-ile-un-sourire-pour-encourager-les-sdf-liegeois-a-se-soigner?id=10654697

Alexia Carbone

Étudiante en communication à l’ISFSC, passionnée de littérature et de montage vidéo

Covid-19 : Le Samu social et la Croix-Rouge amènent des solutions pour héberger les sans-abris

Depuis mars dernier, la Belgique connaît une crise sanitaire nationale qui touche toutes les personnes, sans exception, sur le territoire belge. Mais quand est-il des personnes sans domicile fixe ? Y a-t-il des solutions pour ces personnes dans la difficulté ? 

Le Samu social a la solution !

Le Samu social avec l’aide de la Croix-Rouge a mis en place plusieurs solutions pour venir en aide aux personnes n’ayant aucun endroit où se loger durant cette crise sanitaire. En commençant par ouvrir un centre temporaire de 70 places dans un hôtel de Schaerbeek en collaboration avec Bruss’help. 

Une personne sans domicile fixe dormant sur un banc. Image par planet_fox de Pixabay

D’autres hôtels sont prêts à accueillir les sans domicile fixe

Ce n’est pas tous, d’autres hôtels ont également ouvert leurs portes pour accueillir des personnes dans le besoin, un hôtel bruxellois a libéré 400 lits pour les familles nombreuses qui n’ont pas d’endroit où se confiner. D’autres hôtels ont également ouvert leurs portes pour accueillir des personnes dans le besoin. Le parlement européen a également mis à disposition un bâtiment pouvant accueillir 100 femmes seules. 

En espérant que cela suffisent pour mettre un maximum de personnes précarisées à l’abris

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Filles de joie… chronique d’un secteur en détresse?

CC BY-SA 2.0 / Photo de Charles LeBlanc

On parle peu des travailleurs/euses du sexe (TDS), pourtant nombreuses sont les personnes qui vivent de ce qu’on appelle « le plus vieux métier du monde ». Tour d’horizon du quotidien de ces personnes aujourd’hui dans notre pays, en termes de soins de santé

En 2020, aborder le thème de la prostitution fait encore polémique. Pour beaucoup de TDS, discrimination, stigmatisation et rejet font partie du quotidien, notamment lors de demandes d’aide en termes de soins de santé. La formation des professionnels est donc essentielle, afin de traiter ces personnes avec respect et compassion. La vulnérabilité de ces travailleurs/euses exigerait même que les agents de la santé aillent au-delà des normes minimales, pour leur assurer sécurité, confidentialité, fourniture de soins et appui. Les établissements de santé devraient quant à eux être en mesure de fournir à chaque demandeur/euse, des informations claires sur leurs droits, sur les services auxquels ils/elles peuvent s’adresser (par exemple en cas de problème de violence …).

Lorsqu’un(e) TDS nécessite un suivi médical, il/elle peut faire appel à l’aide médicale urgente (AMU). Cette aide émane d’un service offert par le CPAS, sur base de certains critères. Mais il arrive encore fréquemment aujourd’hui que des CPAS refusent l’accès à l’AMU à des personnes dont l’activité est le travail du sexe. Dans ce cas, c’est à la personne (parfois soutenue par un travailleur social) d’aller contester la décision du CPAS. Cet état de fait montre à quel point la stigmatisation persiste.

Informer pour mieux aider

Ces préjugés vécus par les TDS sont parfois visibles « jusque dans l’attitude non-verbale de leurs interlocuteurs », déclare Isabelle Jaramillo, coordinatrice et travailleuse sociale à l’Espace P*. Selon elle, un seul mot d’ordre pour y remédier: informer.

« Aujourd’hui, parler du sans-abrisme ou de toxicomanie est plus accessible pour l’ensemble de la population. Mais quand il s’agit de prostitution, cela engendre des réactions parfois particulières, fort éloignées de l’empathie. » /© Julia Vercauteren, Novembre 2020

« Il y a tout un travail d’information à faire, que ce soit au niveau de l’aide sociale, de l’aide médicale, de la police, mais aussi du tout public. L’information permettrait déjà d’attirer l’attention sur les réalités que vivent ces personnes »

Isabelle Jaramillo











Un nombre important de ces travailleurs/euses ne parlent pas le français. Comment dès lors les informer des structures existantes au niveau de la protection de la santé? Certaines A.S.B.L emploient des personnes polyglottes, ce qui permet de toucher un maximum de public. Lorsque cela s’avère impossible, c’est la technologie qui prend le relais, via une application « translate vocal » sur le smartphone. Cela permet de transmettre les informations, voire d’accompagner la personne. Certaines brochures de prévention et d’information sont traduites dans de nombreuses langues, mais parfois les personnes sont analphabètes dans leur propre langue.

« Les pictogrammes prennent alors le relais pour transmettre des informations claires, précises et assez courtes »

Isabelle Jaramillo
*L'Espace P à Bruxelles est une A.S.B.L qui accompagne les travailleurs/euses du sexe et soutient leurs choix tout en leur apportant de l’aide.

La prostitution à l’ère du covid

Il est légitime de se demander quelles stratégies de communication mettre en place en période d’épidémie. Pierrette Pape, directrice de l’A.S.B.L Isala* précise: « Pour garder le contact, nous avons mis en place une permanence téléphonique. Nous avons aussi développé un visuel en 7 langues avec tous les numéros d’urgence utiles dans cette crise, pour aider les personnes à trouver de l’aide ou des informations à propos de la santé, des violences, etc. C’est difficile, surtout que les femmes avec lesquelles nous travaillons ne parlent pas toutes le français et ne maîtrisent pas l’outil informatique ». Durant le confinement, certaines d’entre elles ont dû faire le choix de rentrer au pays, ne sachant plus payer le loyer et les charges, suite à l’interdiction des activités de prostitution.

*L'A.S.B.L Isala agit sur le terrain en soutien des personnes en situation de prostitution ou de celles qui souhaitent quitter cette activité

Un rapport au corps mal connu

À défaut d’utilisation de moyens contraceptifs fiables, une partie importante de travailleuses du sexe tombent encore enceintes et/ou malades, par manque d’éducation au corps ou par croyances culturelles /Photo by Reproductive Health Supplies Coalition on Unsplash

Pour ces travailleurs/euses dont le corps est un moyen de subsistance, il y a également un gros travail à réaliser en matière d’éducation à la santé. Par exemple, un nombre important d’IVG est réalisé chaque année. Certaines femmes ne comprennent pas le système menstruel et se retrouvent enceintes, le plus souvent d’un compagnon ou d’un proxénète avec lequel elles ne se protègent pas. Dans la majorité des cas, une grande difficulté d’acceptation du moyen contraceptif a été observée. Pour Isabelle Jaramillo, cela vient principalement de croyances liées à la culture de leur pays d’origine (la pilule rend stérile, fait grossir, coupe toute libido …). Il y a donc tout un travail de déconstruction à réaliser.

Pour une partie de la société, il existe un lien évident entre prostitution et propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les personnes prostituées sont souvent mises au banc des accusés, alors qu’il s’agit d’une responsabilité partagée. « Plus de 50% des clients souhaitent ne pas utiliser le préservatif, nous explique Isabelle Jaramillo, cela pose question sur la prise de risques que ces personnes sont prêtes à prendre… Dans la majorité des cas, les travailleurs/euses refusent, mais dans des situations de violence, d’exploitation ou de précarité financière, ils/elles peuvent accepter de prendre un risque pour leur santé. » À ce jour, il n’y a pas d’augmentation du VIH constatée auprès de ce type de travailleurs.

Lorsque l’on parle de soins de santé, la première pensée va vers la santé physique, pourtant la santé psychologique de ces travailleurs/euses reste souvent malmenée… /Image par Free-Photos de Pixabay

Selon le docteur Judith Trinquart (Ordre des Médecins de France), le premier facteur de mortalité des personnes prostituées est la violence physique et psychologique, et ses conséquences directes et indirectes (suicides, angoisses, alcoolisme, etc). Pour elle, ces personnes ne recourent pas aux soins de santé du fait de la dissociation psycho-corporelle, qu’elle met en lien avec le fait de subir des rapports non désirés à répétition. De fait, la question de la prise en charge psychologique de ces travailleurs/euses se pose urgemment.

Crise économique et code pénal inadéquat…

Quand on parle de difficultés d’accès aux soins de santé, difficile de passer à côté de l’aspect économique. « Aujourd’hui dans notre pays, il y a une concurrence importante des filles de l’Est qui a fortement fait baisser les prix », témoigne Sonia Verstappen, prostituée pendant 36 ans. De plus, la crise économique a fait chuter le nombre de clients prêts à laisser une partie de leur salaire dans ce secteur, participant ainsi à la paupérisation de ces travailleurs/euses.

Pour obtenir un statut social clair leur donnant un accès direct à la sécurité sociale, il faudrait en tout premier lieu un accord entre les différents partis politiques. C’est toute la législation autour de ce secteur qui devrait être revue (droit du travail, statut d’indépendant …). Isabelle Jaramillo parle du fait qu’à l’heure actuelle, si plusieurs TDS se mettent ensemble et créent leur propre maison de travail, ils/elles seraient considéré(e)s comme proxénètes l’un(e) envers l’autre (dans le code pénal, ce n’est pas autorisé). La prostitution n’est pas un sujet porteur… « Où est la volonté politique pour stopper ce système, qui profite aux propriétaires de vitrines, de bordels, mais aussi aux communes qui taxent les établissements et augmentent leur budget? », interroge Pierrette Pape.

Sonia Verstappen – prostituée à Bruxelles depuis 36 ans, nous parle des 3 différents statuts en vigueur dans le système prostitutionnel.| Les Travailleurs/euses du sexe | Extrait 1 | Roomantic  – 14 février 2010

Le rôle d’un État « de droit » n’est-il pas de veiller à la sécurité morale, mentale et physique de tous ses citoyens? Dans d’autres pays du monde, la politique est bien différente. En Nouvelle-Zélande et en Australie, les TDS peuvent s’organiser en coopérative et travailler dans une seule maison. Ils/elles peuvent avoir le statut d’indépendant et jouissent d’une certaine acceptation dans la société. Où donc est la fracture? À quand une politique véritablement basée sur l’humain ?


Pour en savoir +

La Nouvelle-Zélande: pionnière en matière de protection pour les travailleurs/euses du sexe.

Espace P: un manifeste qui se veut explicatif, mais pas seulement…

Lettre ouverte des travailleurs/euses du sexe à Sophie Wilmes: quand les « oubliés » montent au créneau face à une attitude politique indifférente.

C’est ma nature…

Julia Vercauteren, 19 ans, étudiante en 1ère communication à l’ISFSC. Je suis une personne ouverte, curieuse, j’aime beaucoup aller à la rencontre des autres, communiquer, partager, voyager, chanter. J’aimerais que ces études me mènent à une meilleure communication et j’attends de voir quels « possibles » vont s’ouvrir devant moi.

Coronavirus: toujours plus de précarité vécue par les prostitué(e)s

Gestes barrières, confinement… Pour le milieu prostitutionnel, cela signifie encore plus de pauvreté. Comment subsistent ces « grands oubliés de la crise sanitaire »?

Au temps du covid, il ne reste que la pluie pour « battre le pavé », suite à l’interdiction d’activités prostitutionnelles… / Image par PublicDomainPictures de Pixabay

Le travail du sexe concerne en Belgique environ 26 000 personnes et génère 1 milliard d’euros de chiffres d’affaires par an. Dans une politique économiste, cela mérite d’être considéré. Comme beaucoup d’autres secteurs dans notre pays, les travailleurs/euses du sexe ont dû mettre la clé sous la porte. Pour les plus précarisés, cela signifie un basculement dans l’extrême pauvreté, un droit à la sécurité et à la santé profondément remis en cause (impossibilité de se nourrir, se loger, se soigner… ). Il ne reste alors que les distributions de colis alimentaires pour assurer leur survie. Une interdiction d’activité ne devrait-elle pas être assortie de revenus de substitution?

Des risques accrus…

Sans la création rapide d’un fonds d’aide d’urgence, beaucoup de ces travailleurs/euses devront poursuivre l’activité clandestinement, sans pouvoir négocier leurs conditions de protection (masques, préservatifs…).

Au-delà d’une crise économique et sanitaire, et faute de décisions politiques rapides et efficaces, les TDS pourraient mourir, outre du covid, de faim, de froid ou se suicider. « Une épidémie ne peut se gagner sans mettre au centre de l’action publique la protection des droits ».

Le Covid-19 , une épreuve de plus pour la santé des sans-papiers

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L’accès aux soins de santé des sans-papiers n’est pas facile en temps normal. C’est un chemin semé d’embûches et l’épidémie du Covid-19 n’arrange pas la situation. La santé des sans-papiers se voit se fragiliser de plus en plus néanmoins il y a un petit changement.

En effet l’accès aux soins de santé pour une personne sans-papiers ou une personne dans une situation précaire est un vrai casse-tête.

Elle se constitue de demandes et de processus à n’en plus finir. De longs jours , semaines et mois pour parfois n’acquérir aucun soin de santé.

En cette période de crise sanitaire la santé des sans papiers se dégrade tout de même. Certains sans-papiers travaillant de manière clandestine. Ceux-ci  n’ont pas tous les moyens pour se protéger de la pandémie. Travaillant parfois sans gel hydroalcoolique ou encore sans masque ces personnes restent dans l’ombre et mettent à risque leur santé.

Une pandémie qui a changé malgré tout les choses :

Lors de cette pandémie , certaines restrictions ont été prises. L’une des plus grandes est évidement le confinement. Cette situation s’appliquait à toute la population en situation normale et aux personnes en situation précaire notamment les sans-papiers.

Cette crise a démontré que lors de situations inattendues comme celle du Covid-19 des engagements au niveau de santé peuvent être pris de manière rapide et efficace. Selon Stefania Marsella assistante sociale en maison médicale, des aides pour permettre d’avoir des masques et du gel hydroalcoolique ont été données aux sans-papiers. Certains organismes ont même trouvé des endroits  où loger les sans-papiers durant le confinement.

Cette pandémie a généré un rabaissement de la santé des sans-papiers en raison des conditions médiocres que ces personnes vivent mais elle a aussi démontré qu’en temps de crise, des solutions peuvent être trouvées très vite pour répondre aux restrictions des autorités.

Sans-papiers , une santé délaissée

L’accès aux soins de santé pour une personne sans-papiers est compliqué. C’est un chemin semé d’embûches pour y accéder de manière régulière et correcte.

En Belgique les personnes sans-papiers vivent dans un climat difficile. Leurs conditions sanitaires sont déplorables, ce qui affecte considérablement leur santé. En effet un sans-papiers n’aura pas facilement recours aux soins médicaux, mais préférera attendre d’être gravement malade avant de faire appel aux soins de santé. Qu’est-ce qui motive ces personnes à attendre si longtemps ? Est-ce une question de procédure ? De discrimination? De relations? Ou autre? Il ne s’agit pas que de ça.

Attendre de mourir pour se soigner

Attendre de mourir pour se soigner, une vérité qui blesse.

En effet ,ces personnes vivant clandestinement ne vont généralement qu’en consultation lorsque c’est très grave. Ils ne peuvent comme tout le monde se rendre régulièrement chez le médecin quand ils ne vont pas bien. Les soins de santé qui leur sont octroyés sont bien difficiles à avoir, alors ils n’entreprennent les démarches que lorsque leurs états  se détériorent.

« On ne va pas voir un médecin quand on est à moitié malade, les sans-papiers ne consultent généralement que lorsque c’est grave. »

Stefania Marsella
Assistante Sociale en maison médicale

Etre sans-papiers, c’est être discriminé

Vivre en tant que sans-papiers, est le fait de ne plus avoir ou n’avoir jamais eu de titre de séjour légal. Ne possédant aucun document d’identité, étant en irrégularité dans le pays dans lequel la personne se trouve, c’est être inexistant aux yeux de l’Etat. Très souvent ces personnes sont discriminées dans tous les domaines quels qu’ils soient. Ils ne peuvent se projeter car ils n’ont rien. Ils vivent dans le secret, dans les zones d’ombres sans aucun droit et aucune protection qui leur permettraient de vivre paisiblement. Ils vivent au jour le jour. Ils ne peuvent donc avoir accès à toutes les ressources qu’offre la Belgique de manière convenable. Cela même en ce qui concerne leur santé.

L’aide médicale urgente est malgré tout présente 

L’aide médicale urgente est une aide qui peut être octroyée pour les sans papiers afin qu’ils puissent bénéficier de soins de santé. Pour obtenir cette aide, la personne  doit d’abord introduire une demande au CPAS. Ce qui n’est pas une mince affaire et le délai de réponse peut être très long. A cause de tracas administratifs, cette procédure peut prendre tellement de temps qu’elle peut ne jamais voir le jour. Nombreux sont les clandestins n’arrivant pas à avoir recours à des soins de santé. Selon Stefania Marsella, les sans-papiers prennent également du temps à demander de l’aide car ils ont peur d’être expulser. Quand la situation devient trop grave certains décident par conséquent de passer par les urgences. Ce qui est problématique car l’accès aux soins c’est pouvoir être accueilli en temps réel.

Homme seul mains jointes.
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Un processus long et peu connu 

La demande pour avoir accès à cette aide médicale urgente est un processus assez long et peu connu. La première étape pour une personne sans papiers est de sortir de sa zone d’ombre et de se présenter à un service pour demander de l’aide tout en étant dans la peur de se faire expulser ou renvoyer chez lui. La personne sans papier doit se rendre premièrement au CPAS afin d’introduire une demande d’aide médicale urgente. Stefania Marsella dit également que : » les CPAS ne sont pas des institutions médicales ,c’est ce qui retarde également le processus ». Une fois l’aide accordée et retenue, les institutions doivent trouver un médecin qui accepterait de soigner le/la patient(e).

Les embûches pas seulement administratives

C’est un fait , pour avoir recours aux soins de santé, les sans-papiers ont un chemin chargé  d’embûches.  Premièrement administratives. N’avoir aucun papier d’identification les met déjà dans l’embarras. Les difficultés linguistiques jouent elles aussi un rôle majeur dans l’inaccessibilité des soins de santé. Ces embûches sont également d’ordre social. Étant donné leur situation sociale moindre, les endroits où ces personnes vivent sont souvent insalubres, mal isolés et dévastés. Des conditions de vie médiocres qui laissent  aussi penser que les sans-papiers se laissent  sombrer dans ce qui donne un sentiment d’infériorité. Stefania Marsella assistante sociale en maison médicale affirme aussi que : » Il n’y a également pas de volonté politique d’automatiser ces droits d’accès aux soins ». Ce qui renvoie aux sans-papiers un sentiment de non-existence. La communication est davantage un facteur de cette problématique. Il y a réellement un maque de communication et de fluidité entre les professionnels; qu’ils soient de la santé ou du social , et les sans-papiers. Plusieurs témoignages de ces personnes vivant dans des conditions déplorables racontent qu’il y a un grand manque de considération  et de respect envers eux. Des médecins qui manquent d’empathie, des assistants sociaux parfois non respectueux. Dans les cas où une aide leur est octroyée, ce n’est jamais tout beau tout rose. Il faut encore rechercher un médecin qui serait d’accord d’intervenir et de soigner dans des conditions pareilles. A savoir , être rémunéré plus tard. D’autant plus que cette demande ne dure que 3 mois , le sans-papiers est obligé de refaire une demande.

«J’ai laissé tomber, je me soignais moi-même parce que c’était trop compliqué.»

une personne sans-papiers. 

Au fond , un problème de stigmatisation 

Il n’y a pas de conclusion toute faite, car le réel fond du problème ne pourra jamais faire surface au grand jour mais il y a là un lien avec les stigmatisations. La faille serait d’ordre idéologique. Si l’on accorde les soins de santé aux personnes sans-papiers, ceux-ci profiteront de la société. Il y aurait également  une perte de distinction entre ceux qui ont vraiment besoin de soins de santé et ceux qui veulent simplement tirer profit de cette situation. La peur est un élément qui vient s’ajouter à toutes ces stigmatisations. « Si les personnes sans-papiers d’identification peuvent avoir des soins plus facilement, ne viendront-ils pas plus nombreux ici ? N’y aurait-il pas un afflux migratoire ?  ». Toutes ces pensées sont évidemment erronées , ce sont des femmes , des enfants , des hommes qui partent de chez eux non par plaisir mais parce qu’il y a des problèmes là d’où ils viennent.

La santé des sans-papiers entendue et  dénoncer

Depuis des années, plusieurs organismes se battent pour dénoncer ce fait et trouver des solutions. Selon Stefania Marsella, tout a été énuméré, détaillé et décortiqué. Notamment dans  le « livre vert de l’accès aux soins en Belgique »  où l’on montre tout ce qui ne va pas au niveau des soins mais cela se heurte avec les pensées d’ordre idéologique. Des manifestations ont également eu lieu pour se faire entendre et trouver des solutions pour combattre cette problématique.

Des pistes de solution , un espoir pour le futur

Cette problématique ne se réglera pas du jour au lendemain. Il faut trouver un accord , un terrain d’entente pour espérer une amélioration. L’université catholique de Louvain a émis des pistes de solution comme par exemple :

Simplifier l’enquête sociale , généraliser la carte médicale par ménage c’est à dire permettre à une famille de se faire soigner et pas seulement un membre de la famille ou encore lister de manière précise les soins que peuvent donner l’aide médicale urgente.

L’objectif pour l’université catholique de Louvain et les politiques serait d’accélérer le processus d’accès aux soins de santé et de placer la santé en priorité afin d’aider un maximum de personnes sans papiers en temps normal comme en temps de crise.

Pour en savoir +

Les liens sociaux entre professionnels et sans-papiers

Situation de vie des sans-papiers

Edito sur la réforme de l’AMU

Isabelle-Sarah Mayonga

Etudiante en 1er communication à la Haute-Ecole de L’isfsc.
Passionnée de théâtre et de mode sa devise est : « on a rien sans rien! »

Dans l’ombre de la maladie chronique

Dans le monde, plus de 420 millions de personnes sont diagnostiquées d’une maladie chronique. Mais derrière la santé physique, comment va la santé mentale ? Un sujet peu évoqué, la dépression touche un grand nombre de patients vivant avec une maladie.

© Hilson Lisa 2020

Entre une déprime passagère et une dépression, il y a un monde. Le terme de « dépression » est encore beaucoup utilisé à tort pour exprimer un sentiment de tristesse et de solitude profonde. Alors que dans la majorité des cas, il s’agit souvent d’une déprime de quelques jours à toute fois ne pas négliger. Effectivement, il se peut qu’une déprime s’aggrave en état dépressif, si on en fait abstraction. Même si la dépression est le trouble psychiatrique le plus fréquent, elle reste une maladie dite taboue. Elle a du mal à être reconnue comme une maladie bien réelle.

Pourquoi ? Il semblerait que la société actuelle sensibilise trop peu à ce sujet, pourtant plus de 264 millions de personnes de tous âges dans le monde sont atteintes d’une dépression. Et la dépression ajoutée à la maladie incurable, est encore moins partagée.

Qu’est-ce que la maladie incurable ?

La maladie incurable (chronique), est évoquée dans le cas où elle évolue sur le long terme et nécessite un traitement à prise régulière. L’impact est différent d’une maladie à une autre et variable en fonction de la situation socio-culturelle de chacun. Elle est soit présente tout au long d’une vie ou bien une grande partie. Elle peut toucher tous les systèmes, que ce soit neurologique, cardiovasculaire, hématologique, métabolique, infectieux, et oncologique.

« Les patients atteints du VIH ou une toute autre maladie, passent par une phase de déni par rapport à la maladie. Ils pensent que la maladie n’existe pas, que le traitement lui sera néfaste ou refuser le traitement pour des idées religieuses.« , explique le Dr. Fabrizio Buttafuoco, travaillant à l’hôpital André Vésale dans le service de maladies infectieuses.

Témoignage de Lucie Hovhannessian

Les plus jeunes patients souffrant d’une maladie chronique, ont encore plus de mal à accepter le diagnostic. En effet lorsqu’ils apprennent qu’ils sont atteints du VIH, ils n’acceptent généralement pas leur jugement et se laissent malheureusement aller pour finir dans l’unité de soins intensifs, avec un déficit immunitaire sévère.

De l’annonce à l’acceptation

Pour un patient qui vient d’apprendre qu’il sera probablement malade jusqu’à la fin de sa vie, son monde s’écroule. Il est persuadé que sa vie globale et affective s’arrête au moment où le diagnostic tombe.

Le processus d’acceptation se déroule en 5 étapes :

  1. Le choc initial, le déni : Quand le constat tombe, le patient est totalement perdu. Il peut être totalement désintéressé, surpris ou angoissé. Ensuite c’est une phase où ses émotions le quitteront. Il voit son espérance de vie diminuer et se voit déjà dans la tombe.
  2. La colère : C’est une étape plus positive que la précédente. Il prend conscience de la réalité de la maladie. Il comprend qu’il est bel et bien malade et qu’elle peut l’empêcher de faire certaines choses, il voit ça comme une injustice. Il comprend également qu’il n’y a aucun retour en arrière possible, et qu’il doit commencer son deuil.
  3. Le marchandage : C’est une phase de négociation. « J’accepte ce traitement mais pas cela » ou bien « Je ne trouve pas le temps de faire mon traitement ». Le rôle du médecin sera d’aider son patient à s’exprimer sur ce qu’il vit, et à négocier son traitement sur ce qui est possible.
  4. La tristesse : C’est la grande remise en question après des évènements qui se sont produits suite à des complications. Le patient doit comprendre que sa maladie est bien présente et qu’il faut à présent l’assumer.
  5. L’acceptation : Une nouvelle commence, il retrouve un équilibre émotionnel et reprend le dessus. La réalité est comprise et acceptée.

Les blocages dans le processus du deuil

Tous les patients n’acceptent pas la maladie malgré le soutien du médecin et de son entourage. Ils ne parviennent pas à faire le deuil, certains blocages en sont responsables :

  1. La résignation : Il est possible que le patient stagne à l’étape du déni, et peuvent y rester pendant une longue période. Lorsqu’apparaissent des complications, le patient se réfugiera donc dans la résignation. Il devient alors dépendant des soignants et de son entourage, et est alors très négatif et rempli d’amertume.
  2. La pseudo-acceptation : Le patient ne s’estime pas malade. Il le dissimule donc à ses proches. Il ne laisse passer aucune faiblesse, veut se montrer fort et met son corps à l’épreuve en faisant des performances physiques importantes. Il souhaite à tout prix prendre le dessus sur la maladie.
  3. Les personnes qui s’identifient à leur maladie : Contrairement à la pseudo-acceptation, le patient organise tout autour de sa maladie. Le travail, les relations sociales, les loisirs,… tout est remis en question. Il est possible qu’il y ait des difficultés relationnelles envers les soignants. Le patient exprime des doutes sur leurs capacités à le soigner.

Ressentir une profonde tristesse après son diagnostic est normal, humain et fait partie du processus d’acceptation. Chacun avance à son rythme. Même si le patient se montre réticent à l’accepter, il ne faut pas le brusquer et l’aider à surmonter cette épreuve.

L’annonce d’une maladie grave au patient

« Ce n’est pas une maladie de se sentir triste, désemparé, lorsque l’on pose un diagnostic lourd. »

Fabrizio BUTTAFUOCO, médecin à l’hôpital André Vésale

Comment le patient vit avec sa maladie ?

Au départ, le patient pensera que c’est la fin de sa vie affective, voire même de sa vie tout court. Cela dure un temps, le traitement aide les gens à aller beaucoup mieux, d’après le Dr. Buttafuoco. Il remonte la pente et recommence à vivre une vie normale. Il s’aperçoit qu’il aura une vie tout aussi longue que n’importe qui, une vie affective et peut-être même avoir des enfants.

Il a déjà été remarqué que certains traitements donnaient un état dépressif comme effet secondaire au patient. Il est donc possible de changer le traitement de ce dernier. Il devra prendre des médicaments toute sa vie, il est important qu’il se sente le plus à l’aise possible. Le médecin doit alors être très attentif au bien être de son patient, suite aux effets secondaires de son traitement.

Qu’en est-il de donner un traitement supplémentaire lorsqu’un patient est en détresse psychologique ? Le Dr. Buttafuoco explique :  » Je suis plutôt réticent à donner un traitement antidépresseur car c’est rendre le patient plus malade et ce n’est pas une maladie d’être triste.« 

Le soutien est primordial

Le soutien moral est très important pour le patient. La proximité à l’hôpital est en première ligne. Si le patient le désire, il peut communiquer avec un psychologue de l’hôpital ou bien un privé. Le Dr. Buttafuoco affirme qu’une psychologue passe dans le service de maladies infectieuses toutes les semaines. Docteurs, infirmières et assistants sociaux sont également présents pour lui offrir le meilleur soutien possible.

Les contacts extérieurs à l’hôpital est important pour le patient. Sa famille et ses proches sont une ressource primordiale sur laquelle il doit pouvoir compter. Il faut impliquer la famille du patient dans sa prise en charge.

Il est possible aussi qu’il veuille s’ouvrir à des personnes vivant la même situation que lui. Les groupes de soutien ont un grand succès auprès des patients.

Des associations de patients sont mises en place sur les réseaux sociaux. Elle réunissent l’ensemble des malades pour une journée à thème pour toute la famille, telle que l’a fait l’association IRIS ( association de patients déficits immunitaires primitifs ).

Tout porte à croire que la dépression peut atteindre n’importe qui dans n’importe quelle situation.

« La dépression est dangereuse pour les patients, il faut être attentif aux symptômes affectifs chez les malades, leur montrer qu’on les accompagne aussi pour leur santé mentale et pas que physique« 

Dr. Fabrizio BUTTAFUOCO

Pour en savoir +

Lisa Hilson

Etudiante en 1ère année en communication à l’ISFSC

La dépression, une maladie invisible…

Vaincre cette maladie invisible, une victoire pour soi-même !

Lorsqu’un individu est marqué par un événement marquant, il est possible qu’il soit désorienté et triste. Quand cet état perdure, on en vient à parler de dépression. Comment la détecter, et comment s’en sortir ?

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En cette période COVID, le contact social est très difficile à entretenir. Le confinement a dans certains cas engendré la déprime et une tristesse due à l’isolement, surtout pour les personnes les plus seules. Mais est-ce le début d’une dépression ou une déprime passagère ? Comment faire la différence ?

Tout le monde peut être touché

Le sentiment d’une profonde tristesse persistant plus de 2 semaines est alarmant, mais aussi un manque d’énergie et de plaisir à faire ce que l’on aime, une sensibilité surdéveloppée, le manque d’appétit ou encore un changement d’attitude. On peut alors évoquer la possibilité d’une dépression. Beaucoup de personnes atteintes n’en parlent pas, ce qui peut aggraver leur situation. Mais il ne faut pas perdre espoir, il y a des solutions, comme l’explique la psychosociologue Christèle Albaret :

Une maladie mentale comme une autre ?

Quand on parle de maladies mentales, on évoque tout de suite la dépression. C’est un trouble médical comme un autre et n’importe qui peut y être confronté. Mais certaines personnes sont plus à risque, par exemple les personnes soufrant d’une maladie chronique, ou sujets à un énorme stress.

« La dépression peut empêcher d’aimer,  de travailler… empêcher de vivre. »

Maria Hejnar, Psychologue clinicienne parisienne