La femme marginalisée

Plus vulnérables et sujettes aux agressions sexuelles, les grossesses indésirées, avortements, accouchements, menstruations. Les besoins du corps de la femme sont différents de ceux de l’homme. Si, en Belgique en principe, recevoir des soins de santé est un droit, les femmes qui se retrouvent à la rue n’ont pas toujours connaissance de ce droit.

Le nombre absolu des femmes mal logées à Bruxelles a augmenté depuis 2016. Sur les 4.187 personnes sans-abri et mal logés, 939 sont des femmes. Soit 22,4%. Dans les différents centres de crise, les chiffres suivent. Par exemple au Samu Social, où le nombre de femmes accueillies a presque quadruplé en 8 ans. Il est passé de 40 femmes à 146. Toutes ces femmes ne passent pas leurs nuits dans les rues. Une grande majorité d’entre-elles sont hébergées dans ces centres ou des hôtels payés par des ASBL. Mais le matin, c’est le retour à la réalité.

« Dans un monde où les richesses peuvent être mieux partagées, où tout le monde pourrait recevoir de l’aide, ça me choque. Je ne suis à l’aise avec l’idée qu’il y ait autant de précarité.« 

Binta Liebmann Diallo

Les problèmes de santé

Pour les personnes itinérantes, le maintien de bonnes pratiques hygiéniques est difficile. Il n’y a pas un accès direct à des douches ou des machines à laver. Forcées de dormir sales dans des vêtements non-lavés ainsi se manifestent des maladies et des infections types eczéma champignons ou mycoses. Mais aussi les problèmes de peau comme l’impétigo, la stase, la gale et les poux. Quand ils dorment, ils forment souvent des groupes. Surtout pendant les périodes un peu plus froides dans le but de se réchauffer, favorisant ainsi la propagation de ces infections.

Spécifique aux femmes, il y a le manque de protection intime. Contraintes de réutiliser les mêmes protections ou des bouts de tissus trouvés. Beaucoup de ces femmes sont aussi victimes d’agressions sexuelles. Elles en contractent des IST et MST. Mais de plus, l’accès à la contraception étant souvent compliqué, il résulte des viols, des grossesses non désirées. Telle est la réalité de ces femmes.

Détresse psychologique

Il y a énormément de détresse psychologique dans les rues. « Certaines femmes viennent simplement parce qu’elles ont besoin de parler « , confie Binta Liebmann Diallo infirmière chez DoucheFLUX. Vivre à la rue est une expérience stressante, effrayante, drainante. « Les problèmes de santé ce n’est pas seulement une plaie ou une maladie, continue Mme Liebmann Diallo. C’est aussi dire je ne me sens pas bien je n’arrive pas à manger je ne sais pas où dormir.« 

Un tiers des personnes SDF souffrent de troubles psychiatriques sévères, psychoses, troubles de l’humeur, dépression et/ou troubles anxieux sévères. Les troubles psychotiques majoritairement des schizophrénies représentent la pathologie la plus grave et la plus fréquente. Les troubles dépressifs sévères sont comparables à ceux de la population générale. Le risque suicidaire, les troubles de la personnalité et du comportement sont plus élevés.

Ont-elles droit aux soins ?

En Belgique tout le monde a droit à des soins de santé. Avec ou sans papiers. Lors d’une visite dans un centre de crise, l’aide-soignant qui prend la consultation peut faire une demande d’aide médicale urgente pour les patients. Ils sont ensuite redirigés vers le CPAS dans la commune dans laquelle ils dorment. Par exemple, ceux qui dorment sous le pont du midi sont redirigés vers le CPAS de la commune de 1000 Bruxelles.

Suite à la demande, le délai d’attente est de 3 semaines. Au bout de 3 semaines, les patients reçoivent une carte médicale fournie par le CPAS. Celle-ci donne accès à un médecin et une pharmacie spécifique.

Étant donné un délai d’attente relativement long, d’autres alternatives sont possibles. Comme le centre médical Athéna. Où tout le monde est le bien bienvenu.

Dans une crainte constante

Nombreuses sont les femmes SDF qui n’osent pas aller consulter des médecins par peur de se voir refuser les soins. « Dans la rue, on peut parfois être vite repoussé par toutes les barrières de la société ». Constamment confrontées à l’échec, certaines ont baissé les bras.

« Je propose mes services, en général le vendredi après-midi sur rdv. Mais certaines femmes n’osent pas venir quand il y a des hommes. »

Binta Liebmann Diallo

D’autres ont peur de fréquenter les lieux où il y a une forte présence masculine. Dans la rue, elles peuvent voir comment les hommes tombent dans la drogue, l’alcool et adoptent des comportements violents. Dans la société actuelle, la femme en général n’est pas assez considérée. L’homme occupe beaucoup de place. C’est pourquoi il est important de créer des espaces où elles pourront se sentir en sécurité.

homeless- by Jackie_Chance from Pixabay Free for commercial use

Où se procurer des soins?

DoucheFLUX est un centre de jour pour les personnes en situation de grande précarité, avec ou sans logement, avec ou sans papiers.

Le mercredi est un jour consacré 100 % aux femmes. Ce jour-là, le personnel en service est principalement composé de femmes. Il y est possible de voir une infirmière. L’infirmerie est chapeautée par Médecins du Monde et travaille en collaboration avec tout un réseau de maisons médicales, de médecins, de services d’urgence, services dentaires, services spécialisés en santé sexuelle ou encore mentale.

DoucheFLUX offre des services de première nécessité. Prendre sa douche, laver son linge, recevoir une pédicure médicale, faire de la kinésithérapie, voir une opticienne, un soutien psychologique et plus.

Bien évidemment, il s’agit d’un centre parmi tant d’autres. Pour prendre connaissance des autres centre voir la rubrique pour en savoir plus.

Et COVID dans tout ça ?

Durant la première vague, le milieu social a pu bénéficier de plus d’aide pour le sans-abrisme lié aux COVID. Il y a eu plus de financement des régions de la communauté française et de la ville de Bruxelles. Des hôtels ont été ouverts. Des bâtiments de la Commission européenne qui ont été transformés en chambres d’hôtel étant donné que les employés étaient en télétravail. Les personnes sans-abri ont été bien accueillies et ont pu y passer le confinement. Spécialement pour les femmes, pour qui c’était une grande sécurité de savoir qu’elles auraient un toit sous lequel dormir pendant cette période. Et cela n’aurait peut-être pas été possible sans COVID.

Depuis, les centres de crise prenant en charge les sans-abri comme DoucheFLUX ont mis en place des dispositifs pour continuer à apporter leur aide tout en respectant les directives du gouvernement. Se désinfecter les mains à l’entrée. Des masques propres à disposition avec possibilité de laver ces masques en tissu également. La température est prise et si jamais quelqu’un avec une forte fièvre se présente, il y a un protocole à suivre. Un service spécifique qui accueille les personnes sans-abri est contacté pour mettre cette personne en quarantaine. Si la personne présente plusieurs symptômes, il est possible de faire un test qui est gratuit pour les sans-abri.

Selon Mme Liebmann Diallo ce n’est pas à nous citoyens de venir en aide aux personnes en précarité mais au gouvernement.

« Cela relève d’une politique plus sociale et humaine. Cela dépend des personnes que nous choisissons pour diriger le pays. Choisir des personnes humaines permettrait de mettre plus d’argent dans le social et aider ces personnes. Ce n’est pas aux citoyens de s’occuper de ce que l’état doit faire. »

Binta Liebmann Diallo

Pour en savoir plus

  • Qu’est-ce qu’une personne sans-abri ? Ce n’est pas toujours clair. AMA a tenté donner une définition plus complète.
  • Le guide social propose 158 adresses, logements et centres d’aide pour les personnes sans-abri.
  • Consultez Bruss’help pour toutes les informations supplémentaires.

Noella Tshilombo Muyeji

23 ans, étudiante en communication à l’ISFSC.

Vivre dans la rue et se soigner, un vrai parcours du combattant

Un sans-abri emmitouflé dans un duvet dans le centre de Lausanne (Suisse) Benoît Prieur-CC-BY-SA

Être confronté au manque d’hygiène, aux carences alimentaires, aux intempéries, à l’insécurité… Voici le dur quotidien que vivent des milliers de sans-abri dans nos rues. Quel impact ce mode de vie rudimentaire a-t-il sur leur santé ? Et quelles sont les répercussions liées au coronavirus pour les personnes sans domicile fixe ?

Entre le 3 et le 26 mai dernier, des chercheurs du CHU Saint-Pierre de Bruxelles ont réalisé une étude pour voir dans quelle mesure les sans-abri seraient plus vulnérables face au coronavirus que la population générale. Il en est ressorti qu’une personne vivant dehors à trois fois plus de risques d’être hospitalisé des suites d’une infection lié à la COVID-19 qu’une personne ayant un toit.

Des personnes fragilisées

Ils seraient entre 4000 et 4500. Voici le nombre estimé de personnes sans domicile fixe qui vivent dans notre capitale. Pour beaucoup d’entre eux, leur santé n’est pas perçue comme étant une priorité.

Entre la recherche d’un repas et d’un endroit où passer la nuit, se soigner devient secondaire et cette négligence se voit : « je constate beaucoup de sans-abris avec des mycoses au niveau des pieds, elles sont très souvent le résultat d’avoir marché pendant un long moment dans des chaussures abimées où encore des infections parasitaires telles que des poux et la gale», explique Isabelle Verreckt, infirmière au sein de l’ASBL bruxelloise La Fontaine.

Isabelle Verreckt ©Lecluyse Nicolas 2020

Mais il y a aussi des personnes qui souffrent de divers problèmes mentaux. Ceux-ci sont malheureusement encore trop souvent oubliés ou jugés comme n’étant pas assez importants. Pourtant, parmi ces troubles on retrouve parfois des pathologies psychiatriques graves, comme : la schizophrénie, des troubles bipolaires et des dépressions majeures. Selon Isabelle Verreckt : «Certaines personnes ont eu un suivi psychiatrique par le passé, mais depuis qu’ils sont à la rue ils n’ont plus eu de traitement ce qui aggrave leur état mental».

De plus, « beaucoup de sans-abri qui ne vont pas bien se tournent vers l’alcool et la drogue pour oublier leurs problèmes. Résultat? Cette consommation devient plus régulière et donc petit à petit ils peuvent développer un comportement addictif. Cette problématique s’ajoute à leur longue liste de problèmes, ce qui ne les aide pas à avancer » explique Isabelle Verreckt.

Le coronavirus, la goutte de trop ?

L’hiver est là. Températures négatives et journées plus courtes rythment désormais le quotidien des habitants de la rue. Une situation qui en temps normal est déjà compliquée, mais cette année ça l’est encore plus particulièrement. Le couvre-feu à partir de 22h qui a été instauré sur l’ensemble du territoire de la capitale oblige parfois les sans-abri à se cacher pour éviter de croiser la police. Depuis le début de cette pandémie, le message est clair : garder minimum 1,5m de distance entre les personnes, porter un masque à partir du moment où la distance sociale ne peut être garantie ainsi que se laver régulièrement les mains. Mais qu’en est-il lorsqu’une personne n’a pas les moyens de s’acheter des masques?

Le CPAS de la Ville de Bruxelles distribue désormais depuis plusieurs semaines des masques en tissus aux sans-abri. Un moyen pour eux d’être en règle, certes, mais pas forcément efficace. Le mauvais usage du masque compromet parfois son efficacité, car nombreux sont ceux qui gardent le même masque pendant plusieurs jours, ce qui évidemment peut impacter lourdement leur santé déjà fragile. Interrogée sur la question, une assistante sociale du CPAS de 1000 Bruxelles explique : « il y aurait aux alentours de 30% de sans-abris qui seraient infectés, où étés contact COVID et placés en isolement».

Un toit temporaire

L’accès aux tests n’est pas toujours évident pour les sans domicile fixe. Souvent le fait de ne pas posséder une carte médicale peut sévèrement compliquer les choses. En effet cette carte, délivrée par le CPAS aux personnes nécessiteuses, permet la gratuité des frais médicaux et pharmaceutiques pour les personnes en grande précarité. Lorsqu’un sans-abri possède cette carte, il peut se faire tester auprès d’un médecin généraliste agrée par le CPAS où une maison médicale. Dans le cas il où il n’est pas titulaire de ce genre de carte, l’accès aux tests est plus compliqué.« A ce moment là, le sans-abri peut se faire tester via Bruss’Help, l’organe de la coordination des personnes sans-abris à Bruxelles, mais évidemment cela prendra plus temps», explique Isabelle Verreckt.

Ensuite, si le test se révèle positif, la personne peut être mise à l’abri afin d’éviter que son état de santé s’aggrave et faire en sorte qu’elle ne contamine pas d’autres personnes. La Ville de Bruxelles a donc mis certains endroits très spécifiques à disposition des habitants de la rue, comme par exemple l’hôtel Galia. Cet hôtel accueille les personnes qui seraient positives à la covid-19 en leur proposant un hébergement et des soins durant la quarantaine.

Une porte de sortie?

Si pour la plupart des sans-abri l’espoir de retrouver un jour un toit et une vie autonome les aide à tenir le coup, pour d’autres ce n’est pas forcément le cas. En effet, une minorité de ces personnes préfèrent la vie dehors, qui leur convient mieux. Ils estiment qu’il y’a plus besoin de payer les frais du quotidien, pas d’obligations, pas de travail, pas de comptes à rendre… une liberté totale donc. Selon madame Verreckt : « La porte vers la sortie peut être ouverte par le CPAS où le Samusocial, mais encore là il faudra s’armer de patience car le chemin peut être long. La persévérance sera indispensable ».

Plus mourir dans l’anonymat

Chaque année plusieurs dizaines de personnes sdf meurent dans les rues de Bruxelles. En 2019, 62 personnes y ont perdu la vie, ce qui représente une diminution comparée à l’année précédente, où 68 décès ont étés enregistrés. Pour l’année 2020 il n’y pas encore de chiffres de disponible, mais il est quasi sûr que ceux-ci seront plus élevés à cause de la pandémie. Pour rendre un dernier hommage à ces personnes, il existe un collectif spécial, nommé « Morts de la rue ». Ce réseau d’associations organise chaque année un hommage, en collant un nom et un visage sur les chiffres de ceux qui ont perdu la bataille contre l’extérieure. L’espérance de vie en rue est que de 48 ans.

Pour en savoir plus…

Nicolas Lecluyse, 21 ans. Étudiant en bachelier de Communication à l’ISFSC depuis septembre 2020.

Covid-19 : accès aux soins pour les SDF.

Pour protéger les personnes sans domicile fixe, le gouvernement et plusieurs organisations ont mis en place des dispositifs pour mettre ces derniers à l’abri durant cette crise sanitaire du coronavirus.  Quelles sont-elles ? 

Le 13 mars a eût lieu un comité de concertation qui traitait comme sujet le coronavirus. Dans ce comité de concertation a été prise la décision de faire un confinement total . Mais quand est-il des SDF ? En août dernier, le CHU Saint-Pierre a fait une étude. D’après eux, sur 100 000 habitants, 650 personnes atteintes de la covid-19 seraient des personnes sans-abris contre 194 non SDF. 

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La Belgique compte aujourd’hui, plus de 17 000 personnes décédées du virus présent depuis le début de l’année. Le nombre de SDF morts parmi ces 17 000 personnes décédées reste encore inconnu. De plus, parmi ces 17 000 personnes, les personnes sans domicile fixe restent les personnes les plus vulnérables à attraper le coronavirus. Ils n’ont pas d’hébergement où se confiner en plus de leur hygiène de vie qui n’est pas favorable. Il est donc important de trouver des endroits où les loger durant cette période de crise sanitaire. 

La meilleure défense contre la covid-19, c’est d’avoir un toit.

Mustapha Akouz

Les dernières solutions d’hébergements pour les sans-abris

Pour pouvoir protéger les personnes sans-abris, plusieurs mesures ont été mises en place. Le Samu social a mis à disposition des lits dans des hôtels pouvant accueillir un certain nombre de sans-abris à l’aide de la croix rouge. D’après monsieur Mustapha Akouz, président du CPAS d’Anderlecht, en plus des hôtels qui ont été ouverts pour les SDF, les centres d’hiver ont également ouvert leurs portes pour ces derniers. Cependant, les centres d’hivers peuvent accueillir 50 % de leur capacité en cause, la distanciation sociale. « Il y a à ce jour, plus ou moins 3000 places d’hébergement saturées à Bruxelles », a confirmé Nathalie Abascal Toca, responsable dans le domaine des SDF du CPAS d’Anderlecht.

Le CPAS d’Anderlecht collabore avec la COCOM et sa commune pour venir en aide aux SDF

« Il y a un projet qui commence en janvier prochain, pour l’hiver, on vient de conclure avec la COCOM et la commune d’Anderlecht une collaboration. On a une structure où on peut accueillir 35 résidents » a confirmé le président du CPAS d’Anderlecht, Mustapha Akouz. 

Pour certaines personnes, il est impossible de respecter le couvre-feu

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Depuis l’annonce du deuxième confinement, les personnes sans domicile fixe doivent, elles aussi, respecter le couvre-feu dans la commune dans laquelle ces derniers se trouvent. La capacité d’accueil dans les centres d’hébergement étant saturée, certaines personnes restent dans la rue et sont dans l’incapacité de respecter le couvre-feu imposé par le gouvernement.

Dix organisations se mobilisent

Pour y remédier dix organisations ont décidé de distribuer aux personnes se trouvant dans la rue, 2 500 « attestations de non-hébergement » afin que ces derniers puissent rester dans la rue sans avoir de problèmes. Des organisations telles que, le Samu social, les Médecins du Monde, Médecins sans Frontières et pleins d’autres encore. 

Les SDF présentent des symptôme de la covid-19 dans les hôpitaux

Les hôpitaux sont ouverts pour tout le monde, mais qu’en est-il des SDF qui viennent aux urgences avec des symptômes de la covid-19 ? Et bien, les personnes sans-abris sont prises en charge par les médecins et la facture des soins sera envoyée au CPAS qui eux, se chargeront de payer les soins de santés. 

Les solutions de la fondation Roi Baudouin

Dans les hôpitaux, on retrouve beaucoup de SDF atteints du coronavirus, c’est pour cela que la Fondation Roi Baudouin a mis deux dispositifs d’urgence pour soutenir ces derniers en cette période de crise sanitaire. Le premier dispositif est de distribuer des repas aux personnes sans domicile fixe et le deuxième est de mettre en place des lieux d’accueil pour ces derniers afin qu’ils ne manquent de rien pendant cette période compliquée. 

Nouveau Centre de dépistage à Bizet  

D’après le président du CPAS d’Anderlecht, un centre de dépistage a ouvert ses portes le 6 novembre dernier dans la commune d’Anderlecht à Bizet.

Un bus de dépistage viendra aux sans-abris

Bruno De Meue, directeur des secours de la Croix-Rouge de Belgique, a confirmé qu’un bus de dépistage sillonnera les rues de la capitale pour tester les personnes précarisées.  

Le vaccin pour les SDF ?

Le vaccin de la covid-19 est quant à lui attendu en début de l’année 2021, il sera réservé dans un premier temps, pour le personnel soignant ainsi que pour les personnes jugées à risques. Parmi ces personnes à risque nous ne retrouvons pas les personnes sans domicile fixe.

Aspects positifs du premier confinement

Malgré les aspects négatifs du coronavirus pour les personnes sans-abris, en plus des hôtels qui ont été disponibles pour ces derniers, 16 personnes sans domicile fixe ont obtenu un hébergement permanent dans la commune de Gand.

Lors du premier confinement des tentes ont été mises à disposition pour les sans-abris dans les parcs de la ville de Liège. 

Des ambulances mises à disposition pour les personnes précarisées

En mars dernier, le Samu social a mis en place un dispositif d’enregistrement par ambulances des personnes sans domicile fixe. La transportation des personnes sans-abris suspectées d’avoir le coronavirus est très délicate, ce dispositif a permis d’isoler ces derniers dans des centres d’isolations pour ne pas prendre le risque de contaminer d’autres personnes. 

Les prochains projets à venir pour les personnes sans domicile fixe pour leurs soins de santés en général ? 

Un des projets qui est en cours est celui-ci, au printemps prochain un centre de jour ouvrira ses portes à Bruxelles pour accueillir les  jeunes personnes sans-abris âgées entre 13 ans et 26 ans. 

Comme l’a dit l’échevin d’Anderlecht, monsieur Mustapha Akouz, « La meilleure défense contre le covid-19, c’est d’avoir un toit. »


Pour en savoir plus :

  • https://www.rtbf.be/info/regions/liege/detail_sm-ile-un-sourire-pour-encourager-les-sdf-liegeois-a-se-soigner?id=10654697

Alexia Carbone

Étudiante en communication à l’ISFSC, passionnée de littérature et de montage vidéo

Covid-19 : Le Samu social et la Croix-Rouge amènent des solutions pour héberger les sans-abris

Depuis mars dernier, la Belgique connaît une crise sanitaire nationale qui touche toutes les personnes, sans exception, sur le territoire belge. Mais quand est-il des personnes sans domicile fixe ? Y a-t-il des solutions pour ces personnes dans la difficulté ? 

Le Samu social a la solution !

Le Samu social avec l’aide de la Croix-Rouge a mis en place plusieurs solutions pour venir en aide aux personnes n’ayant aucun endroit où se loger durant cette crise sanitaire. En commençant par ouvrir un centre temporaire de 70 places dans un hôtel de Schaerbeek en collaboration avec Bruss’help. 

Une personne sans domicile fixe dormant sur un banc. Image par planet_fox de Pixabay

D’autres hôtels sont prêts à accueillir les sans domicile fixe

Ce n’est pas tous, d’autres hôtels ont également ouvert leurs portes pour accueillir des personnes dans le besoin, un hôtel bruxellois a libéré 400 lits pour les familles nombreuses qui n’ont pas d’endroit où se confiner. D’autres hôtels ont également ouvert leurs portes pour accueillir des personnes dans le besoin. Le parlement européen a également mis à disposition un bâtiment pouvant accueillir 100 femmes seules. 

En espérant que cela suffisent pour mettre un maximum de personnes précarisées à l’abris

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Filles de joie… chronique d’un secteur en détresse?

CC BY-SA 2.0 / Photo de Charles LeBlanc

On parle peu des travailleurs/euses du sexe (TDS), pourtant nombreuses sont les personnes qui vivent de ce qu’on appelle « le plus vieux métier du monde ». Tour d’horizon du quotidien de ces personnes aujourd’hui dans notre pays, en termes de soins de santé

En 2020, aborder le thème de la prostitution fait encore polémique. Pour beaucoup de TDS, discrimination, stigmatisation et rejet font partie du quotidien, notamment lors de demandes d’aide en termes de soins de santé. La formation des professionnels est donc essentielle, afin de traiter ces personnes avec respect et compassion. La vulnérabilité de ces travailleurs/euses exigerait même que les agents de la santé aillent au-delà des normes minimales, pour leur assurer sécurité, confidentialité, fourniture de soins et appui. Les établissements de santé devraient quant à eux être en mesure de fournir à chaque demandeur/euse, des informations claires sur leurs droits, sur les services auxquels ils/elles peuvent s’adresser (par exemple en cas de problème de violence …).

Lorsqu’un(e) TDS nécessite un suivi médical, il/elle peut faire appel à l’aide médicale urgente (AMU). Cette aide émane d’un service offert par le CPAS, sur base de certains critères. Mais il arrive encore fréquemment aujourd’hui que des CPAS refusent l’accès à l’AMU à des personnes dont l’activité est le travail du sexe. Dans ce cas, c’est à la personne (parfois soutenue par un travailleur social) d’aller contester la décision du CPAS. Cet état de fait montre à quel point la stigmatisation persiste.

Informer pour mieux aider

Ces préjugés vécus par les TDS sont parfois visibles « jusque dans l’attitude non-verbale de leurs interlocuteurs », déclare Isabelle Jaramillo, coordinatrice et travailleuse sociale à l’Espace P*. Selon elle, un seul mot d’ordre pour y remédier: informer.

« Aujourd’hui, parler du sans-abrisme ou de toxicomanie est plus accessible pour l’ensemble de la population. Mais quand il s’agit de prostitution, cela engendre des réactions parfois particulières, fort éloignées de l’empathie. » /© Julia Vercauteren, Novembre 2020

« Il y a tout un travail d’information à faire, que ce soit au niveau de l’aide sociale, de l’aide médicale, de la police, mais aussi du tout public. L’information permettrait déjà d’attirer l’attention sur les réalités que vivent ces personnes »

Isabelle Jaramillo











Un nombre important de ces travailleurs/euses ne parlent pas le français. Comment dès lors les informer des structures existantes au niveau de la protection de la santé? Certaines A.S.B.L emploient des personnes polyglottes, ce qui permet de toucher un maximum de public. Lorsque cela s’avère impossible, c’est la technologie qui prend le relais, via une application « translate vocal » sur le smartphone. Cela permet de transmettre les informations, voire d’accompagner la personne. Certaines brochures de prévention et d’information sont traduites dans de nombreuses langues, mais parfois les personnes sont analphabètes dans leur propre langue.

« Les pictogrammes prennent alors le relais pour transmettre des informations claires, précises et assez courtes »

Isabelle Jaramillo
*L'Espace P à Bruxelles est une A.S.B.L qui accompagne les travailleurs/euses du sexe et soutient leurs choix tout en leur apportant de l’aide.

La prostitution à l’ère du covid

Il est légitime de se demander quelles stratégies de communication mettre en place en période d’épidémie. Pierrette Pape, directrice de l’A.S.B.L Isala* précise: « Pour garder le contact, nous avons mis en place une permanence téléphonique. Nous avons aussi développé un visuel en 7 langues avec tous les numéros d’urgence utiles dans cette crise, pour aider les personnes à trouver de l’aide ou des informations à propos de la santé, des violences, etc. C’est difficile, surtout que les femmes avec lesquelles nous travaillons ne parlent pas toutes le français et ne maîtrisent pas l’outil informatique ». Durant le confinement, certaines d’entre elles ont dû faire le choix de rentrer au pays, ne sachant plus payer le loyer et les charges, suite à l’interdiction des activités de prostitution.

*L'A.S.B.L Isala agit sur le terrain en soutien des personnes en situation de prostitution ou de celles qui souhaitent quitter cette activité

Un rapport au corps mal connu

À défaut d’utilisation de moyens contraceptifs fiables, une partie importante de travailleuses du sexe tombent encore enceintes et/ou malades, par manque d’éducation au corps ou par croyances culturelles /Photo by Reproductive Health Supplies Coalition on Unsplash

Pour ces travailleurs/euses dont le corps est un moyen de subsistance, il y a également un gros travail à réaliser en matière d’éducation à la santé. Par exemple, un nombre important d’IVG est réalisé chaque année. Certaines femmes ne comprennent pas le système menstruel et se retrouvent enceintes, le plus souvent d’un compagnon ou d’un proxénète avec lequel elles ne se protègent pas. Dans la majorité des cas, une grande difficulté d’acceptation du moyen contraceptif a été observée. Pour Isabelle Jaramillo, cela vient principalement de croyances liées à la culture de leur pays d’origine (la pilule rend stérile, fait grossir, coupe toute libido …). Il y a donc tout un travail de déconstruction à réaliser.

Pour une partie de la société, il existe un lien évident entre prostitution et propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les personnes prostituées sont souvent mises au banc des accusés, alors qu’il s’agit d’une responsabilité partagée. « Plus de 50% des clients souhaitent ne pas utiliser le préservatif, nous explique Isabelle Jaramillo, cela pose question sur la prise de risques que ces personnes sont prêtes à prendre… Dans la majorité des cas, les travailleurs/euses refusent, mais dans des situations de violence, d’exploitation ou de précarité financière, ils/elles peuvent accepter de prendre un risque pour leur santé. » À ce jour, il n’y a pas d’augmentation du VIH constatée auprès de ce type de travailleurs.

Lorsque l’on parle de soins de santé, la première pensée va vers la santé physique, pourtant la santé psychologique de ces travailleurs/euses reste souvent malmenée… /Image par Free-Photos de Pixabay

Selon le docteur Judith Trinquart (Ordre des Médecins de France), le premier facteur de mortalité des personnes prostituées est la violence physique et psychologique, et ses conséquences directes et indirectes (suicides, angoisses, alcoolisme, etc). Pour elle, ces personnes ne recourent pas aux soins de santé du fait de la dissociation psycho-corporelle, qu’elle met en lien avec le fait de subir des rapports non désirés à répétition. De fait, la question de la prise en charge psychologique de ces travailleurs/euses se pose urgemment.

Crise économique et code pénal inadéquat…

Quand on parle de difficultés d’accès aux soins de santé, difficile de passer à côté de l’aspect économique. « Aujourd’hui dans notre pays, il y a une concurrence importante des filles de l’Est qui a fortement fait baisser les prix », témoigne Sonia Verstappen, prostituée pendant 36 ans. De plus, la crise économique a fait chuter le nombre de clients prêts à laisser une partie de leur salaire dans ce secteur, participant ainsi à la paupérisation de ces travailleurs/euses.

Pour obtenir un statut social clair leur donnant un accès direct à la sécurité sociale, il faudrait en tout premier lieu un accord entre les différents partis politiques. C’est toute la législation autour de ce secteur qui devrait être revue (droit du travail, statut d’indépendant …). Isabelle Jaramillo parle du fait qu’à l’heure actuelle, si plusieurs TDS se mettent ensemble et créent leur propre maison de travail, ils/elles seraient considéré(e)s comme proxénètes l’un(e) envers l’autre (dans le code pénal, ce n’est pas autorisé). La prostitution n’est pas un sujet porteur… « Où est la volonté politique pour stopper ce système, qui profite aux propriétaires de vitrines, de bordels, mais aussi aux communes qui taxent les établissements et augmentent leur budget? », interroge Pierrette Pape.

Sonia Verstappen – prostituée à Bruxelles depuis 36 ans, nous parle des 3 différents statuts en vigueur dans le système prostitutionnel.| Les Travailleurs/euses du sexe | Extrait 1 | Roomantic  – 14 février 2010

Le rôle d’un État « de droit » n’est-il pas de veiller à la sécurité morale, mentale et physique de tous ses citoyens? Dans d’autres pays du monde, la politique est bien différente. En Nouvelle-Zélande et en Australie, les TDS peuvent s’organiser en coopérative et travailler dans une seule maison. Ils/elles peuvent avoir le statut d’indépendant et jouissent d’une certaine acceptation dans la société. Où donc est la fracture? À quand une politique véritablement basée sur l’humain ?


Pour en savoir +

La Nouvelle-Zélande: pionnière en matière de protection pour les travailleurs/euses du sexe.

Espace P: un manifeste qui se veut explicatif, mais pas seulement…

Lettre ouverte des travailleurs/euses du sexe à Sophie Wilmes: quand les « oubliés » montent au créneau face à une attitude politique indifférente.

C’est ma nature…

Julia Vercauteren, 19 ans, étudiante en 1ère communication à l’ISFSC. Je suis une personne ouverte, curieuse, j’aime beaucoup aller à la rencontre des autres, communiquer, partager, voyager, chanter. J’aimerais que ces études me mènent à une meilleure communication et j’attends de voir quels « possibles » vont s’ouvrir devant moi.

Le Covid-19 , une épreuve de plus pour la santé des sans-papiers

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L’accès aux soins de santé des sans-papiers n’est pas facile en temps normal. C’est un chemin semé d’embûches et l’épidémie du Covid-19 n’arrange pas la situation. La santé des sans-papiers se voit se fragiliser de plus en plus néanmoins il y a un petit changement.

En effet l’accès aux soins de santé pour une personne sans-papiers ou une personne dans une situation précaire est un vrai casse-tête.

Elle se constitue de demandes et de processus à n’en plus finir. De longs jours , semaines et mois pour parfois n’acquérir aucun soin de santé.

En cette période de crise sanitaire la santé des sans papiers se dégrade tout de même. Certains sans-papiers travaillant de manière clandestine. Ceux-ci  n’ont pas tous les moyens pour se protéger de la pandémie. Travaillant parfois sans gel hydroalcoolique ou encore sans masque ces personnes restent dans l’ombre et mettent à risque leur santé.

Une pandémie qui a changé malgré tout les choses :

Lors de cette pandémie , certaines restrictions ont été prises. L’une des plus grandes est évidement le confinement. Cette situation s’appliquait à toute la population en situation normale et aux personnes en situation précaire notamment les sans-papiers.

Cette crise a démontré que lors de situations inattendues comme celle du Covid-19 des engagements au niveau de santé peuvent être pris de manière rapide et efficace. Selon Stefania Marsella assistante sociale en maison médicale, des aides pour permettre d’avoir des masques et du gel hydroalcoolique ont été données aux sans-papiers. Certains organismes ont même trouvé des endroits  où loger les sans-papiers durant le confinement.

Cette pandémie a généré un rabaissement de la santé des sans-papiers en raison des conditions médiocres que ces personnes vivent mais elle a aussi démontré qu’en temps de crise, des solutions peuvent être trouvées très vite pour répondre aux restrictions des autorités.

Sans-papiers , une santé délaissée

L’accès aux soins de santé pour une personne sans-papiers est compliqué. C’est un chemin semé d’embûches pour y accéder de manière régulière et correcte.

En Belgique les personnes sans-papiers vivent dans un climat difficile. Leurs conditions sanitaires sont déplorables, ce qui affecte considérablement leur santé. En effet un sans-papiers n’aura pas facilement recours aux soins médicaux, mais préférera attendre d’être gravement malade avant de faire appel aux soins de santé. Qu’est-ce qui motive ces personnes à attendre si longtemps ? Est-ce une question de procédure ? De discrimination? De relations? Ou autre? Il ne s’agit pas que de ça.

Attendre de mourir pour se soigner

Attendre de mourir pour se soigner, une vérité qui blesse.

En effet ,ces personnes vivant clandestinement ne vont généralement qu’en consultation lorsque c’est très grave. Ils ne peuvent comme tout le monde se rendre régulièrement chez le médecin quand ils ne vont pas bien. Les soins de santé qui leur sont octroyés sont bien difficiles à avoir, alors ils n’entreprennent les démarches que lorsque leurs états  se détériorent.

« On ne va pas voir un médecin quand on est à moitié malade, les sans-papiers ne consultent généralement que lorsque c’est grave. »

Stefania Marsella
Assistante Sociale en maison médicale

Etre sans-papiers, c’est être discriminé

Vivre en tant que sans-papiers, est le fait de ne plus avoir ou n’avoir jamais eu de titre de séjour légal. Ne possédant aucun document d’identité, étant en irrégularité dans le pays dans lequel la personne se trouve, c’est être inexistant aux yeux de l’Etat. Très souvent ces personnes sont discriminées dans tous les domaines quels qu’ils soient. Ils ne peuvent se projeter car ils n’ont rien. Ils vivent dans le secret, dans les zones d’ombres sans aucun droit et aucune protection qui leur permettraient de vivre paisiblement. Ils vivent au jour le jour. Ils ne peuvent donc avoir accès à toutes les ressources qu’offre la Belgique de manière convenable. Cela même en ce qui concerne leur santé.

L’aide médicale urgente est malgré tout présente 

L’aide médicale urgente est une aide qui peut être octroyée pour les sans papiers afin qu’ils puissent bénéficier de soins de santé. Pour obtenir cette aide, la personne  doit d’abord introduire une demande au CPAS. Ce qui n’est pas une mince affaire et le délai de réponse peut être très long. A cause de tracas administratifs, cette procédure peut prendre tellement de temps qu’elle peut ne jamais voir le jour. Nombreux sont les clandestins n’arrivant pas à avoir recours à des soins de santé. Selon Stefania Marsella, les sans-papiers prennent également du temps à demander de l’aide car ils ont peur d’être expulser. Quand la situation devient trop grave certains décident par conséquent de passer par les urgences. Ce qui est problématique car l’accès aux soins c’est pouvoir être accueilli en temps réel.

Homme seul mains jointes.
© Pixabay License Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise. Image de Leroy_Skalstad

Un processus long et peu connu 

La demande pour avoir accès à cette aide médicale urgente est un processus assez long et peu connu. La première étape pour une personne sans papiers est de sortir de sa zone d’ombre et de se présenter à un service pour demander de l’aide tout en étant dans la peur de se faire expulser ou renvoyer chez lui. La personne sans papier doit se rendre premièrement au CPAS afin d’introduire une demande d’aide médicale urgente. Stefania Marsella dit également que : » les CPAS ne sont pas des institutions médicales ,c’est ce qui retarde également le processus ». Une fois l’aide accordée et retenue, les institutions doivent trouver un médecin qui accepterait de soigner le/la patient(e).

Les embûches pas seulement administratives

C’est un fait , pour avoir recours aux soins de santé, les sans-papiers ont un chemin chargé  d’embûches.  Premièrement administratives. N’avoir aucun papier d’identification les met déjà dans l’embarras. Les difficultés linguistiques jouent elles aussi un rôle majeur dans l’inaccessibilité des soins de santé. Ces embûches sont également d’ordre social. Étant donné leur situation sociale moindre, les endroits où ces personnes vivent sont souvent insalubres, mal isolés et dévastés. Des conditions de vie médiocres qui laissent  aussi penser que les sans-papiers se laissent  sombrer dans ce qui donne un sentiment d’infériorité. Stefania Marsella assistante sociale en maison médicale affirme aussi que : » Il n’y a également pas de volonté politique d’automatiser ces droits d’accès aux soins ». Ce qui renvoie aux sans-papiers un sentiment de non-existence. La communication est davantage un facteur de cette problématique. Il y a réellement un maque de communication et de fluidité entre les professionnels; qu’ils soient de la santé ou du social , et les sans-papiers. Plusieurs témoignages de ces personnes vivant dans des conditions déplorables racontent qu’il y a un grand manque de considération  et de respect envers eux. Des médecins qui manquent d’empathie, des assistants sociaux parfois non respectueux. Dans les cas où une aide leur est octroyée, ce n’est jamais tout beau tout rose. Il faut encore rechercher un médecin qui serait d’accord d’intervenir et de soigner dans des conditions pareilles. A savoir , être rémunéré plus tard. D’autant plus que cette demande ne dure que 3 mois , le sans-papiers est obligé de refaire une demande.

«J’ai laissé tomber, je me soignais moi-même parce que c’était trop compliqué.»

une personne sans-papiers. 

Au fond , un problème de stigmatisation 

Il n’y a pas de conclusion toute faite, car le réel fond du problème ne pourra jamais faire surface au grand jour mais il y a là un lien avec les stigmatisations. La faille serait d’ordre idéologique. Si l’on accorde les soins de santé aux personnes sans-papiers, ceux-ci profiteront de la société. Il y aurait également  une perte de distinction entre ceux qui ont vraiment besoin de soins de santé et ceux qui veulent simplement tirer profit de cette situation. La peur est un élément qui vient s’ajouter à toutes ces stigmatisations. « Si les personnes sans-papiers d’identification peuvent avoir des soins plus facilement, ne viendront-ils pas plus nombreux ici ? N’y aurait-il pas un afflux migratoire ?  ». Toutes ces pensées sont évidemment erronées , ce sont des femmes , des enfants , des hommes qui partent de chez eux non par plaisir mais parce qu’il y a des problèmes là d’où ils viennent.

La santé des sans-papiers entendue et  dénoncer

Depuis des années, plusieurs organismes se battent pour dénoncer ce fait et trouver des solutions. Selon Stefania Marsella, tout a été énuméré, détaillé et décortiqué. Notamment dans  le « livre vert de l’accès aux soins en Belgique »  où l’on montre tout ce qui ne va pas au niveau des soins mais cela se heurte avec les pensées d’ordre idéologique. Des manifestations ont également eu lieu pour se faire entendre et trouver des solutions pour combattre cette problématique.

Des pistes de solution , un espoir pour le futur

Cette problématique ne se réglera pas du jour au lendemain. Il faut trouver un accord , un terrain d’entente pour espérer une amélioration. L’université catholique de Louvain a émis des pistes de solution comme par exemple :

Simplifier l’enquête sociale , généraliser la carte médicale par ménage c’est à dire permettre à une famille de se faire soigner et pas seulement un membre de la famille ou encore lister de manière précise les soins que peuvent donner l’aide médicale urgente.

L’objectif pour l’université catholique de Louvain et les politiques serait d’accélérer le processus d’accès aux soins de santé et de placer la santé en priorité afin d’aider un maximum de personnes sans papiers en temps normal comme en temps de crise.

Pour en savoir +

Les liens sociaux entre professionnels et sans-papiers

Situation de vie des sans-papiers

Edito sur la réforme de l’AMU

Isabelle-Sarah Mayonga

Etudiante en 1er communication à la Haute-Ecole de L’isfsc.
Passionnée de théâtre et de mode sa devise est : « on a rien sans rien! »

Prostitution étudiante, un secret bien gardé

Des cours et des travaux le jour, du sexe et des passes la nuit. Quel quotidien pour les étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ?

«Ça me fait mal, je sais pas pourquoi, c’est une question sociale je crois, mais ça me fait mal. Et si un jour mon père, ma mère, ma famille le savent, je suis sûr qu’on ne va plus me parler. J’en suis sûr.» raconte Rodrigo dans un entretien accordé à Alias, un service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des travailleur.euse.s du sexe (TDS) masculins et transgenres en région bruxelloise.

En 2017, en Belgique, on peut estimer le nombre d’étudiant.e.s prostitué.e.s à 16 000. Souvent, iels cachent leur activité à leur famille, ami.e.s, conjoint.e.s, de peur du jugement et du rejet.

Impact sur les relations

Avoir un secret qui concerne une grande partie de la vie quotidienne peut entraîner du stress, de l’angoisse, mais aussi de l’éloignement avec les proches, comme le constate Chloé Leroy dans son mémoire de recherche en sciences sociales. Elle souligne aussi que les fréquentations de ces étudiant.e.s évoluent vers des amitiés où iels peuvent être elleux-mêmes, par exemple avec d’autres TDS.

64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l'aspect le plus négatif de la prostitution.
64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l’aspect le plus négatif de la prostitution.
Photo by Green Chameleon on Unsplash

Une enquête réalisée par Alias met en lumière que 83,8% des étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ne parlent pas de leur travail à leur médecin, alors qu’il pourrait nécessiter des soins spécifiques.

Le tabou autour de la prostitution commence à se briser, mais il faudra encore attendre avant que cela ne soit totalement entré dans les mœurs.

Les femmes migrantes, doublement défavorisées face à l’accès à la santé ?

Migrant

En Belgique seulement certains étrangers, dans des situations précises, ont la chance de bénéficier du système de santé. Les femmes étant déjà défavorisées, qu’en est-il des femmes migrantes ?

Selon le Centre Fédéral de Migration (Myria) en 2019, parmi les 40.588 étrangers ayant obtenu la nationalité Belge, environ la moitié était des femmes (PDF). C’est une augmentation pertinente étant donné que l’écart entre hommes et femmes était plus important au début des années 2000.

L’accès de tous à des soins essentiels

Une immigrante peut accéder à différents services de soins médicaux durant la procédure d’asile. Seul celle qui détient un titre de séjour régularisé peut soit bénéficier des prestations de l’assurance maladie de son pays d’origine, soit faire une demande d’aide au CPAS. Cette dernière est appelée l’Aide Médicale Urgente (AMU). Elle consiste en la procédure suivante : la demande est introduite, le CPAS prendra maximum 30 jours pour y répondre et les frais des soins de santé pourront, en cas de réponse affirmative, être pris en charge par le CPAS.
Quand une demande d’asile est refusée, l’accès aux soins de santé devient plus difficile. Durant les démarches de régularisation de séjour, le CPAS et/ou d’autres associations peuvent venir en aide à ces personnes.

Mme. Prémont (psychoclinicienne chez Woman’Do, collègue de mon interviewé) explique : « Les demandeuses d’asile ont l’aide de Fedasil ou de la Croix Rouge, donc chaque consultation chez le médecin est normalement remboursée en fonction d’où (à quelle étape) elles se situent dans la procédure. Celles qui sont en situation illégale dépendent de centres (d’accueil et d’orientation) pour avoir accès à une carte AMU leur permettant d’accéder aux soins urgents ou de se tourner vers le Hub humanitaire. »

Le besoin d’un suivi médical

Ayant souvent fui des violences physiques, sexuelles et psychologiques, les migrantes peuvent avoir besoin, selon la psychoclinicienne Mathilde Légaz, d’un soutien (psychologique) spécifique contenu des épreuves qu’elles ont traversées. Les médecins non spécialisés en trauma ne sont pas toujours en mesure d’offrir cet accompagnement.

Mathilde Légaz travaille actuellement dans le centre Woman’Do, un « Planning familial, spécialisé dans l’accompagnement post-traumatique de femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences ». Elle ajoute : « Nous avons des psychologues, des spécialistes du socio-juridique et du médico-psychiatrique. Nous sommes toutes formées pour tout ce qui est du psycho-traumas ».

Consultation psychologique pour les patientes ayant subi des traumas, l’une des propositions principales du centre Woman’Do
© Mathilde Légaz

Le passé souvent traumatique des migrantes

Les réfugiées quittent leur pays d’origine pour chercher une vie meilleure ailleurs. Les femmes peuvent fuir des situations traumatisantes telles des viols, des mariages forcés et des mutilations génitales etc. Selon UNICEF : plus de quatre millions de filles sont exposées au risque de subir des mutilations génitales féminines.

Parmi ces femmes, nombreuses sont celles qui subissent des violences conjugales. Les migrantes quant à elles sont encore plus défavorisées étant donné qu’elles ne connaissent souvent pas leurs droits vis-à-vis de leur conjoint violent. En raison des mesures sanitaires actuelles liées à la pandémie du Covid-19, cette situation est aggravée.
Des associations existent pour les écouter, les informer et les aider en leur proposant des pistes de solution. Le centre Woman’Do propose, par exemple, des consultations en fonction de leurs besoins.

L’Etat belge pas accueillant ?

Force est de constater que les migrants ne sont pas accueillis à bras ouverts par le gouvernement belge. Des propos tenus par certains politiciens belges, tels que ceux de Théo Francken (membre de la N-VA et ancien Secrétaire d’État belge à l’Asile et à la Migration), sont jugés problématiques. Sur les réseaux sociaux, ses comptes laissent apparaître des publications disant qu’il souhaite interdire la burqa ou utilisant l’hashtag #opkuisen (nettoyage), quand des migrants illégaux se sont fait arrêter à Bruxelles.

Mme. Légaz révèle: « Ce n’est pas l’Etat belge qui met l’aide nécessaire en place (pour les migrants) mais plutôt des associations et ONG, telles que Médecin du Monde ou Médecins sans frontières. Nous ici, on voit qu’on ne reçoit pas beaucoup de soutien de l’Etat pour ce genre d’initiative. »
A cela s’ajoute la complexité de la législation propre aux associations humanitaires belges. L’asbl Woman’Do doit manœuvrer habilement parmi toutes ces procédures et textes de loi.

Mme. Légaz conclut que la procédure d’accès aux soins de santé belges est très complexe et ceci d’autant plus pour les personnes ne maîtrisant pas une des langues officielles belges.

Qu’en est-il de nos pays voisins ?

L’Italie fait face à des accusations d’avoir repoussé des migrants et demandeurs d’asile vers la Slovénie. L’objectif des autorités italiennes était de refouler ces réfugiés hors de la zone de l’Union Européenne en direction de la Bosnie-Herzégovine.

La Grèce est, elle aussi, pointée du doigt. Une vidéo, prise par un drone, des forces de sécurité turques montre des garde-côtes grecs abandonnant des exilés sur un petit bateau pneumatique, à plus de 30 kilomètres de la côte turque. La garde côtière turque les a sauvés alors qu’ils étaient « au bord de la mort ».

« Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois, perdus. »

Déclaration d’Emmanuel Macron lors d’une cérémonie de naturalisation à Orléan en juillet 2017 en parlant des demandeurs d’asile vivant dans à la rue.

Trois ans après sa déclaration, de nombreuses personnes se trouvent encore sans logement ou sans papiers en France. Le 23 novembre 2020, les forces de l’ordre françaises ont évacué plusieurs centaines de migrants par la force. Leslie Carretero (journaliste spécialisée sur les questions migratoires chez InfoMigrants) explique, lors de son invitation dans l’émission Décryptage de rfi (Radio France internationale), que la situation de ces personnes n’a pas évolué depuis 2017.
Dans le pays des Droits de l’Homme, Le Monde déclare que depuis 2019 le gouvernement français « rabote les droits à l’assurance-maladie et l’accès aux soins des personnes étrangères ».

Ceci témoigne des situations que les migrantes peuvent avoir vécues et justifie la nécessité d’un encadrement psychologique à leur arrivée en Belgique.

Besoin d’une amélioration


Médecins du monde a reçu 4 063 personnes réfugiées (hommes, femmes et enfants) en consultation médicale durant l’année 2019. Ils leur ont proposé des soins médicaux ainsi que de l’aide psychologique. Pour les femmes et jeunes filles, ils ont organisé des consultations spéciales avec une équipe de sages-femmes
Pour que toute personne, vivant en Belgique, ait accès aux soins de santé de base, les associations actives dans le domaine ont un besoin crucial de subventions supplémentaires de l’Etat.


Pour en savoir plus

Définition, des Nations Unies, de « migrant » :  « toute personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires, du mouvement, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer ». Définition venant de Réfugiés et Migrants

Fedasil : L’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile

La Croix-Rouge : Acteur de référence dans le domaine de l’action humanitaire

Le Hub humanitaire : « Aux côtés des migrant.e.s en Belgique »

Titre de séjour régularisé: les migrants qui soit ont trouvé un travail dans leurs trois premiers mois en Belgique soit pour lesquelles « des circonstances exceptionnelles rendent impossible ou très difficile un retour dans le pays d’origine », article 9 bis de la loi du 15 décembre 1980


Moïra Brigandí
Etudiante en communication, activiste contre toute forme de discrimination

Prostitution : la plus vieille stigmatisation du monde ?

Les travailleur.euse.s du sexe sont les victimes quotidiennes de la stigmatisation. Entre idées reçues et réalités méconnues, iels voient leur activité sans cesse dénigrée.


Le 28 septembre 2020, dans le cadre de la lutte contre la covid-19, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, interdisait l’exercice de la prostitution dans l’ensemble de la capitale. Un coup dur pour les travailleur.euse.s du sexe (TDS) mais également pour les associations présentes sur le terrain. En réaction à cette décision, Médecins du Monde publiait le jour même un article dénonçant la stigmatisation des personnes vivant du travail du sexe et pointant les risques pour elleux  tant au niveau financier qu’au niveau santé.

En 2019, Espace P… a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
En 2019, Espace P a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
Photo : Julica da Costa CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

La crise Covid-19, et surtout les mesures de confinement, ont eu un impact considérable sur ce secteur de travail particulier : prostitution interdite, augmentation de la clandestinité, stigmatisation renforcée, difficulté voire impossibilité de vivre correctement… Les conséquences sont multiples. « Lors de la 1ère crise Covid, celles qui avaient un peu d’argent de côté ont puisé dans leurs réserves, mais maintenant, c’est vraiment la catastrophe car celles qui en avaient au départ n’en n’ont plus. Beaucoup vont reprendre clandestinement des clients. Il en suffit de quelques-uns pour au moins continuer à payer un loyer et manger« , explique Cécile Cheront, coordinatrice générale d’Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des TDS. Cependant, avoir des clients clandestins augmente le risque de violence, d’exploitation, de non-respect des gestes barrières… C’est aussi un facteur de stress important car les amendes sont élevées si iels sont découvert.e.s. Espace P a mis à disposition des TDS du matériel de protection (masques, gants, gel hydroalcoolique…) ainsi que des aides alimentaires. « On les a vraiment fort soutenu.e.s, comme tous les professionnels devraient l’être.« 

Le collectif Utsopi (collectif de TDS en Belgique) a quant à lui lancé un crowdfunding pour pouvoir répondre aux demandes d’aides financières reçues par l’asbl et leurs partenaires. « Nous ne pouvons pour le moment plus aider les travailleur.euses du sexe, qui sont dans des situations de plus en plus dramatiques », indique une publication Facebook de l’association.

La stigmatisation, violence silencieuse

Pandémie ou pas, les TDS ne sont jamais considéré.e.s comme les autres professionnels. Leur activité est sans cesse stigmatisée. Cela peut se refléter par des attitudes de victimisation ou à l’inverse, de banalisation de leur travail mais aussi par des clichés : un.e prostitué.e est forcément un mauvais parent, un.e toxicomane ou a des problèmes psychologiques. Le problème principal reste cependant la généralisation des vécus. Cécile Cheront insiste sur le fait qu’il faut savoir écouter l’histoire de chacun.e.s et laisser les personnes concernées s’exprimer sans nier leur expérience.

« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s. »

Cécile Cheront


La mise à l’écart peut avoir des conséquences sur l’état mental des prostitué.e.s. On peut observer une augmentation de l’isolement mais surtout du stress. Le stress d’être jugé.e, d’être victime d’abus, d’être violenté.e, d’être découvertes par leur entourage pour certaines… Tout cela est difficile à porter et est très spécifique à cette activité.
Il est tout de même important de rappeler que le travail du sexe en lui-même n’a pas d’incidence sur la santé mentale.
« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s, explique Cécile Cheront. Prétendre savoir mieux qu’iels ce qu’il faut penser de leur vie et de leurs motivations est extrêmement violent.« .

Dans une vidéo réalisée par le média français Brut., Valeria, TDS au Bois de Boulogne, déclare que les violences subies par les prostitué.es diminueraient drastiquement si iels recevaient des aides et surtout de la considération de la part du gouvernement français

La stigmatisation administrative est aussi un problème car l’activité prostitutionnelle n’est pas reconnue par la réglementation du travail. Dès lors, iels doivent ou bien mentir sur leur profession ou bien continuer sans aucune déclaration, et donc dans la clandestinité.

Depuis la nuit des temps

Dans un document de l’ICRSE¹ traitant de l’accès à la santé pour les TDS, on apprend qu’ « Au Moyen-Âge, les prostituées étaient considérées comme des créatures diaboliques et étaient rejetées par l’Eglise. Les médecins de l’époque leur attribuaient un tempérament violent (…). A la fin du 19e siècle, un criminologue italien, Cesare Lombroso, pensait que les femmes de la classe ouvrière souffraient d’une dégénérescence mentale, ce qui conduisait la plupart d’entre elles à devenir prostituées. A la même époque en France, Pauline Tarnowski, docteure en médecine, mesurait le crâne de TDS avec des objectifs similaires. » Ces théories préconisant que les TDS font ce métier car iels ont des problèmes mentaux sont toujours à l’ordre du jour et répandues dans la société. Cécile Cheront explique que les troubles mentaux sont partout et que c’est injuste de penser que les prostitué.e.s, plus que d’autres personnes, en sont atteint.e.s. L’arrivée dans le travail du sexe peut être liée à beaucoup de choses et pas spécialement à des problèmes psychologiques.

Risques de santé spécifiques

Les TDS sont plus exposé.e.s à certains risques de santé : risque de contracter une IST (infection sexuellement transmissible), risque de tomber enceinte, risque accru de subir des violences. Iels ont plus de risque de connaître une dépression à cause de l’isolement, du stress, de l’insécurité… La prostitution peut donc être considérée comme un métier à risques, même si certaines pratiques peuvent réduire cette insécurité : travailler de jour, travailler en groupe, travailler avec une personne qui assure la sécurité…
Une des revendications de l’asbl Espace P est que les TDS aient un accès effectif à une aide sociale et psychologique appropriée, à l’information en matière de santé et de droits, à un service de santé préventif, anonyme, gratuit, adapté à leurs besoins, dans le respect du secret médical et sur base volontaire et que les consultations médicales ne servent en aucun cas d’outil de contrôle sanitaire et sécuritaire.
Récemment, Alias, asbl travaillant avec des TDS masculins et transgenres, a publié les résultats d’une enquête concernant les étudiant.e.s TDS de ces catégories. Cette enquête a révélé que 83,8% de ces dernier.ère.s ne parlaient pas de leur activité prostitutionnelle à leur médecin et ne peuvent donc pas recevoir les soins adéquats et spécifiques à leur activité.

« La prostitution est plus souvent perçue par les TDS comme étant une solution plutôt qu’un problème« , rappelle Cécile Cheront. On peut alors espérer une ouverture d’esprit de l’opinion publique quant à ce travail spécifique qu’est celui du sexe.

¹International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe)


Pour en savoir plus :

Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des personnes travailleur.euse.s du sexe.
Utsopi, Union des Travailleur.se.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance, collectif de travailleuses et travailleurs du sexe en Belgique, autogéré et auto-organisé.
ICRSE, International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe), réseau de travailleur.euse.s du sexe représentant 109 organisations par et/ou pour les TDS.
Alias, service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des TDS masculins et transgenres en région bruxelloise.









Rédaction par Lucie Baraduc, étudiante en 1ère année de communication à l’ISFSC depuis septembre 202
0. Engagée et dynamique, j’ai choisi ces études pour partager mes idées, que ce soit grâce à des articles ou à des créations graphiques.