La ligne entre la psychose et la névrose

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Un mode de pensée dit en noir et blanc et des émotions beaucoup trop fortes, voilà comment se traduit le trouble de personnalité borderline.

Le trouble de la personnalité limite est plus répandu que ce que l’on croit…
Environ 2% de la population mondiale est touchée dont 75% de femmes à l’heure actuelle.

Le trouble de la personnalité borderline, c’est quoi?

Même si il y a des prédispositions génétiques à la maladie, cela peut arriver à n’importe qui. Les troubles arrivent généralement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte par un dérèglement du taux de sérotonine.
La personne aura souvent d’autres troubles psychiques avant de devenir borderline comme des troubles comportementaux alimentaires, comportements suicidaires ou encore une dépendances.
La maladie a plus de chance de se déclarer si il y a eu des abus, des carences affectives ou une séparation difficile à l’enfance.

Cela peut être interprété comme une forme « extrême » de bipolarité, car dès que l’on touche à un sujet sensible il y a une dégénération des sentiments, mais alors que la personne bipolaire va connaître des phases maniaques et des phases de dépression identifiables et durables, la personne ayant l’état limite va avoir ces mêmes phases plus courtes et plus extrêmes pouvant varier plusieurs fois sur une journée.

Le trouble de la personnalité borderline (TPB) ,appelé aussi « état limite », a été reconnu comme une maladie psychique depuis seulement 1990. La maladie étant un sujet tabou, il est très difficile de la comprendre. Il n’est pas étonnant que les chercheurs aient mit plusieurs décennies à s’accorder sur le sujet.

Le terme Borderline signifie « la ligne frontière » entre la psychose et la névrose.
Les recherches ont permis de comprendre que, lors de l’état de névrose, la personne est consciente de ce qu’elle fait, au contraire de la psychose où elle n’a plus conscience de ses troubles et perd contact avec la réalité.

« Je peux passer une semaine où je vais être très dépressive, puis une autre semaine où ça va totalement aller.
Mais parfois ce sont des périodes d’un ou deux jours, ça varie totalement. »

Corinne, 21 ans, diagnostiquée borderline.
Vidéo de Matière Grise expliquant le trouble de la personnalité borderline

Les 9 critères du trouble de la personnalité borderline

Les psychothérapeutes disent qu’il faut au moins Cinq des neuf critères doivent au moins se manifester pour que le diagnostic de la maladie se fasse. C’est seulement quand on a affaire à plusieurs symptômes simultanés de forte intensité qu’on parle de trouble borderline.

La personne va faire des efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés:
Crainte excessive des ruptures et de l’éloignement des proches.


Instabilité affective due à une réactivité marquée sur l’humeur:
Changements fréquents d’amis, de partenaires, de milieux professionnels, tendance à la manipulation ,etc.

Difficulté à gérer sa colère:
Colère intense et inappropriée ou difficulté à contrôler sa colère et capacité réduite à prévoir les conséquences de ses actes.

Apparition transitoire dans des situations de stress d’une idée persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères:
Impression de sortir de son corps, être victime de complot et de manipulation.

Sentiments chroniques de vide et d’ennui:
Succession de dépression, ennuyée de tout.

Des relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par de l’idéalisation excessive et de dévalorisation extrême:
Tendance à valoriser et à dévaloriser l’autre.

Perturbation de l’identité:
Remise en question des projets et des sentiments, questionnement sur soi et difficulté à analyser son ressenti.

Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dangereux pour le sujet:
Crise de boulimie, tendance aux jeux, consommation abusive d’alcool ou de drogues.

Idées et gestes suicidaires:
Répétition de comportements, de gestes ou menaces suicidaires, ou d’automutilation.

Zoë Hababou, auteure de la saga Borderline,/ Aventurière / Ayahuasquera

Il aura beaucoup d’influence sur son entourage .

Une profonde souffrance peut entraîner la personne à changer radicalement d’humeur en quelques heures. Elle peut passer très aimante à rejetante en peu de temps.
Et cela rend les relations très difficiles à gérer, nous confie la psychologue Anna Argenta.

Si l’intensité émotionnelle contribue à la richesse des relations avec les personnes proches, elle risque également de les amener au bord de l’épuisement et du désespoir.
Ils se sentent souvent responsables des difficultés éprouvées par l’autre et font de leur mieux pour les aider et résoudre le problème. Ça peut souvent à une relation de codépendance, C’est à dire s’oublier et ne vivre plus que pour l’autre.

Les proches auront souvent l’impression que la personne se comporte d’une telle manière pour les manipuler et qu’on se sert d’eux. Ça provoquera alors une réaction de détresse profonde et ils perdront la confiance ou se mettront en colère.
Alors qu’en revanche, les psychologues disent que ce n’est pas voulu.
Cela mettra alors la relation à mal, il faut en parler directement avec la personne concernée.

D’un point de vue familial, dans la plupart des cas l’enfant rencontre un sentiment d’abandon, ils ressentent très fort le parent absent qui ne sait déjà pas s’occuper de lui-même.
L’enfant va alors essayer d’attirer l’attention en commettant un acte de délinquance, c’est le début d’un cercle vicieux.
Mais avec une bonne médication et un bon suivi il n’y a beaucoup moins de soucis, l’humeur et les relations seront stables.

photo anna agento
Anna Argento, 2020






Anna Argento
Psychologue, hypnothérapeute et tabacologue.
Site internet

Comment les soutenir?

Ce qui est important c’est l’écoute.
L’écoute sans jugement et sans l’apport d’une solution va instaurer un climat de confiance dans la relation.
Ce qu’ils ont réellement besoin, c’est de déposer la souffrance, car ils en débordent.
Et le fait d’écouter avec une reformulation montrera que nous sommes là pour l’écouter et le comprendre.
Ça procurera un effet de sécurité et un cadre de bienveillance.

Il faut savoir qu’il y a une limite émotionnelle à instaurer dans la relation.
Cette limite permettra de ne pas devenir codépendant.
Elle permettra aux deux parties de se protéger en cas de débordement émotionnel.

 » La limite c’est une belle distance émotionnelle. »

Anna Argento, psychologue, hypnothérapeute et tabacologue
Aide émotionnelle par les proches
Image par Jackson David de Pixabay

Pour en savoir plus:

Site internet de l’interviewée Anna Argento
Livre Le trouble de la personnalité borderline, comprendre la maladie et trouver de l’aider
Site internet de femme actuelle comment reconnaitre un individu borderline?
Site internet de psychologies Borderline, Trouble de la personnalité limite: des clés pour comprendre

@Lola De Tournay, 2020

Lola
De Tournay

Etudiante en première communication à l’ISFSC.
Photographe et cinéaste à ses heures perdues, j’aimerai devenir photojournaliste.

A

Le trouble de la personnalité borderline, quel traitement?

Des médicaments « assommants » et de longues heures de thérapie …

De Tournay Lola 2020
L’abus et la dépendance des médicaments
Image par Ajale de Pixabay , retouchée par Lola De Tournay 2020
Les médicaments

Le traitement a été mis au point dans les années nonantes et ne cesse d’évoluer.
Il existe aujourd’hui une combinaison de médicaments afin de soulager les symptômes et des thérapies spéciales pour chacun.

On va prescrire ce qui est appelé des psychotropes.
C’est une catégorie de médicaments à prendre quotidiennement,
Il a pour but de réduire le stress, la psychose, le trouble de la concentration, etc.

Les thérapies

Les thérapies sont essentielles pour prendre du recul sur les situations et aider pour les prochains moments difficiles.

La thérapie comportementale dialectique est la plus connue; c’est un mélange de bouddhisme et de philosophie.
Elle aura pour but l’acceptation de la réalité et aider à voir le juste milieu de ses actes.

La thérapie focalisée sur le transfert est à long terme, elle consiste à prendre conscience sur sa manière d’être.

Mais quels sont les effets secondaires?

Bien que les médicaments soient essentiels, le risque de dépendance est très élevé.
Le temps de trouver la bonne dose et le temps d’adaptation est variable mais souvent long,
on verra chez plus de 1% des patients de la somnolence, des éruptions cutanées, de l’anxiété et de la prise de poids.

Prostitution étudiante, un secret bien gardé

Des cours et des travaux le jour, du sexe et des passes la nuit. Quel quotidien pour les étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ?

«Ça me fait mal, je sais pas pourquoi, c’est une question sociale je crois, mais ça me fait mal. Et si un jour mon père, ma mère, ma famille le savent, je suis sûr qu’on ne va plus me parler. J’en suis sûr.» raconte Rodrigo dans un entretien accordé à Alias, un service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des travailleur.euse.s du sexe (TDS) masculins et transgenres en région bruxelloise.

En 2017, en Belgique, on peut estimer le nombre d’étudiant.e.s prostitué.e.s à 16 000. Souvent, iels cachent leur activité à leur famille, ami.e.s, conjoint.e.s, de peur du jugement et du rejet.

Impact sur les relations

Avoir un secret qui concerne une grande partie de la vie quotidienne peut entraîner du stress, de l’angoisse, mais aussi de l’éloignement avec les proches, comme le constate Chloé Leroy dans son mémoire de recherche en sciences sociales. Elle souligne aussi que les fréquentations de ces étudiant.e.s évoluent vers des amitiés où iels peuvent être elleux-mêmes, par exemple avec d’autres TDS.

64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l'aspect le plus négatif de la prostitution.
64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l’aspect le plus négatif de la prostitution.
Photo by Green Chameleon on Unsplash

Une enquête réalisée par Alias met en lumière que 83,8% des étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ne parlent pas de leur travail à leur médecin, alors qu’il pourrait nécessiter des soins spécifiques.

Le tabou autour de la prostitution commence à se briser, mais il faudra encore attendre avant que cela ne soit totalement entré dans les mœurs.

Prostitution : la plus vieille stigmatisation du monde ?

Les travailleur.euse.s du sexe sont les victimes quotidiennes de la stigmatisation. Entre idées reçues et réalités méconnues, iels voient leur activité sans cesse dénigrée.


Le 28 septembre 2020, dans le cadre de la lutte contre la covid-19, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, interdisait l’exercice de la prostitution dans l’ensemble de la capitale. Un coup dur pour les travailleur.euse.s du sexe (TDS) mais également pour les associations présentes sur le terrain. En réaction à cette décision, Médecins du Monde publiait le jour même un article dénonçant la stigmatisation des personnes vivant du travail du sexe et pointant les risques pour elleux  tant au niveau financier qu’au niveau santé.

En 2019, Espace P… a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
En 2019, Espace P a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
Photo : Julica da Costa CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

La crise Covid-19, et surtout les mesures de confinement, ont eu un impact considérable sur ce secteur de travail particulier : prostitution interdite, augmentation de la clandestinité, stigmatisation renforcée, difficulté voire impossibilité de vivre correctement… Les conséquences sont multiples. « Lors de la 1ère crise Covid, celles qui avaient un peu d’argent de côté ont puisé dans leurs réserves, mais maintenant, c’est vraiment la catastrophe car celles qui en avaient au départ n’en n’ont plus. Beaucoup vont reprendre clandestinement des clients. Il en suffit de quelques-uns pour au moins continuer à payer un loyer et manger« , explique Cécile Cheront, coordinatrice générale d’Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des TDS. Cependant, avoir des clients clandestins augmente le risque de violence, d’exploitation, de non-respect des gestes barrières… C’est aussi un facteur de stress important car les amendes sont élevées si iels sont découvert.e.s. Espace P a mis à disposition des TDS du matériel de protection (masques, gants, gel hydroalcoolique…) ainsi que des aides alimentaires. « On les a vraiment fort soutenu.e.s, comme tous les professionnels devraient l’être.« 

Le collectif Utsopi (collectif de TDS en Belgique) a quant à lui lancé un crowdfunding pour pouvoir répondre aux demandes d’aides financières reçues par l’asbl et leurs partenaires. « Nous ne pouvons pour le moment plus aider les travailleur.euses du sexe, qui sont dans des situations de plus en plus dramatiques », indique une publication Facebook de l’association.

La stigmatisation, violence silencieuse

Pandémie ou pas, les TDS ne sont jamais considéré.e.s comme les autres professionnels. Leur activité est sans cesse stigmatisée. Cela peut se refléter par des attitudes de victimisation ou à l’inverse, de banalisation de leur travail mais aussi par des clichés : un.e prostitué.e est forcément un mauvais parent, un.e toxicomane ou a des problèmes psychologiques. Le problème principal reste cependant la généralisation des vécus. Cécile Cheront insiste sur le fait qu’il faut savoir écouter l’histoire de chacun.e.s et laisser les personnes concernées s’exprimer sans nier leur expérience.

« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s. »

Cécile Cheront


La mise à l’écart peut avoir des conséquences sur l’état mental des prostitué.e.s. On peut observer une augmentation de l’isolement mais surtout du stress. Le stress d’être jugé.e, d’être victime d’abus, d’être violenté.e, d’être découvertes par leur entourage pour certaines… Tout cela est difficile à porter et est très spécifique à cette activité.
Il est tout de même important de rappeler que le travail du sexe en lui-même n’a pas d’incidence sur la santé mentale.
« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s, explique Cécile Cheront. Prétendre savoir mieux qu’iels ce qu’il faut penser de leur vie et de leurs motivations est extrêmement violent.« .

Dans une vidéo réalisée par le média français Brut., Valeria, TDS au Bois de Boulogne, déclare que les violences subies par les prostitué.es diminueraient drastiquement si iels recevaient des aides et surtout de la considération de la part du gouvernement français

La stigmatisation administrative est aussi un problème car l’activité prostitutionnelle n’est pas reconnue par la réglementation du travail. Dès lors, iels doivent ou bien mentir sur leur profession ou bien continuer sans aucune déclaration, et donc dans la clandestinité.

Depuis la nuit des temps

Dans un document de l’ICRSE¹ traitant de l’accès à la santé pour les TDS, on apprend qu’ « Au Moyen-Âge, les prostituées étaient considérées comme des créatures diaboliques et étaient rejetées par l’Eglise. Les médecins de l’époque leur attribuaient un tempérament violent (…). A la fin du 19e siècle, un criminologue italien, Cesare Lombroso, pensait que les femmes de la classe ouvrière souffraient d’une dégénérescence mentale, ce qui conduisait la plupart d’entre elles à devenir prostituées. A la même époque en France, Pauline Tarnowski, docteure en médecine, mesurait le crâne de TDS avec des objectifs similaires. » Ces théories préconisant que les TDS font ce métier car iels ont des problèmes mentaux sont toujours à l’ordre du jour et répandues dans la société. Cécile Cheront explique que les troubles mentaux sont partout et que c’est injuste de penser que les prostitué.e.s, plus que d’autres personnes, en sont atteint.e.s. L’arrivée dans le travail du sexe peut être liée à beaucoup de choses et pas spécialement à des problèmes psychologiques.

Risques de santé spécifiques

Les TDS sont plus exposé.e.s à certains risques de santé : risque de contracter une IST (infection sexuellement transmissible), risque de tomber enceinte, risque accru de subir des violences. Iels ont plus de risque de connaître une dépression à cause de l’isolement, du stress, de l’insécurité… La prostitution peut donc être considérée comme un métier à risques, même si certaines pratiques peuvent réduire cette insécurité : travailler de jour, travailler en groupe, travailler avec une personne qui assure la sécurité…
Une des revendications de l’asbl Espace P est que les TDS aient un accès effectif à une aide sociale et psychologique appropriée, à l’information en matière de santé et de droits, à un service de santé préventif, anonyme, gratuit, adapté à leurs besoins, dans le respect du secret médical et sur base volontaire et que les consultations médicales ne servent en aucun cas d’outil de contrôle sanitaire et sécuritaire.
Récemment, Alias, asbl travaillant avec des TDS masculins et transgenres, a publié les résultats d’une enquête concernant les étudiant.e.s TDS de ces catégories. Cette enquête a révélé que 83,8% de ces dernier.ère.s ne parlaient pas de leur activité prostitutionnelle à leur médecin et ne peuvent donc pas recevoir les soins adéquats et spécifiques à leur activité.

« La prostitution est plus souvent perçue par les TDS comme étant une solution plutôt qu’un problème« , rappelle Cécile Cheront. On peut alors espérer une ouverture d’esprit de l’opinion publique quant à ce travail spécifique qu’est celui du sexe.

¹International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe)


Pour en savoir plus :

Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des personnes travailleur.euse.s du sexe.
Utsopi, Union des Travailleur.se.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance, collectif de travailleuses et travailleurs du sexe en Belgique, autogéré et auto-organisé.
ICRSE, International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe), réseau de travailleur.euse.s du sexe représentant 109 organisations par et/ou pour les TDS.
Alias, service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des TDS masculins et transgenres en région bruxelloise.









Rédaction par Lucie Baraduc, étudiante en 1ère année de communication à l’ISFSC depuis septembre 202
0. Engagée et dynamique, j’ai choisi ces études pour partager mes idées, que ce soit grâce à des articles ou à des créations graphiques.