La femme marginalisée

Plus vulnérables et sujettes aux agressions sexuelles, les grossesses indésirées, avortements, accouchements, menstruations. Les besoins du corps de la femme sont différents de ceux de l’homme. Si, en Belgique en principe, recevoir des soins de santé est un droit, les femmes qui se retrouvent à la rue n’ont pas toujours connaissance de ce droit.

Le nombre absolu des femmes mal logées à Bruxelles a augmenté depuis 2016. Sur les 4.187 personnes sans-abri et mal logés, 939 sont des femmes. Soit 22,4%. Dans les différents centres de crise, les chiffres suivent. Par exemple au Samu Social, où le nombre de femmes accueillies a presque quadruplé en 8 ans. Il est passé de 40 femmes à 146. Toutes ces femmes ne passent pas leurs nuits dans les rues. Une grande majorité d’entre-elles sont hébergées dans ces centres ou des hôtels payés par des ASBL. Mais le matin, c’est le retour à la réalité.

« Dans un monde où les richesses peuvent être mieux partagées, où tout le monde pourrait recevoir de l’aide, ça me choque. Je ne suis à l’aise avec l’idée qu’il y ait autant de précarité.« 

Binta Liebmann Diallo

Les problèmes de santé

Pour les personnes itinérantes, le maintien de bonnes pratiques hygiéniques est difficile. Il n’y a pas un accès direct à des douches ou des machines à laver. Forcées de dormir sales dans des vêtements non-lavés ainsi se manifestent des maladies et des infections types eczéma champignons ou mycoses. Mais aussi les problèmes de peau comme l’impétigo, la stase, la gale et les poux. Quand ils dorment, ils forment souvent des groupes. Surtout pendant les périodes un peu plus froides dans le but de se réchauffer, favorisant ainsi la propagation de ces infections.

Spécifique aux femmes, il y a le manque de protection intime. Contraintes de réutiliser les mêmes protections ou des bouts de tissus trouvés. Beaucoup de ces femmes sont aussi victimes d’agressions sexuelles. Elles en contractent des IST et MST. Mais de plus, l’accès à la contraception étant souvent compliqué, il résulte des viols, des grossesses non désirées. Telle est la réalité de ces femmes.

Détresse psychologique

Il y a énormément de détresse psychologique dans les rues. « Certaines femmes viennent simplement parce qu’elles ont besoin de parler « , confie Binta Liebmann Diallo infirmière chez DoucheFLUX. Vivre à la rue est une expérience stressante, effrayante, drainante. « Les problèmes de santé ce n’est pas seulement une plaie ou une maladie, continue Mme Liebmann Diallo. C’est aussi dire je ne me sens pas bien je n’arrive pas à manger je ne sais pas où dormir.« 

Un tiers des personnes SDF souffrent de troubles psychiatriques sévères, psychoses, troubles de l’humeur, dépression et/ou troubles anxieux sévères. Les troubles psychotiques majoritairement des schizophrénies représentent la pathologie la plus grave et la plus fréquente. Les troubles dépressifs sévères sont comparables à ceux de la population générale. Le risque suicidaire, les troubles de la personnalité et du comportement sont plus élevés.

Ont-elles droit aux soins ?

En Belgique tout le monde a droit à des soins de santé. Avec ou sans papiers. Lors d’une visite dans un centre de crise, l’aide-soignant qui prend la consultation peut faire une demande d’aide médicale urgente pour les patients. Ils sont ensuite redirigés vers le CPAS dans la commune dans laquelle ils dorment. Par exemple, ceux qui dorment sous le pont du midi sont redirigés vers le CPAS de la commune de 1000 Bruxelles.

Suite à la demande, le délai d’attente est de 3 semaines. Au bout de 3 semaines, les patients reçoivent une carte médicale fournie par le CPAS. Celle-ci donne accès à un médecin et une pharmacie spécifique.

Étant donné un délai d’attente relativement long, d’autres alternatives sont possibles. Comme le centre médical Athéna. Où tout le monde est le bien bienvenu.

Dans une crainte constante

Nombreuses sont les femmes SDF qui n’osent pas aller consulter des médecins par peur de se voir refuser les soins. « Dans la rue, on peut parfois être vite repoussé par toutes les barrières de la société ». Constamment confrontées à l’échec, certaines ont baissé les bras.

« Je propose mes services, en général le vendredi après-midi sur rdv. Mais certaines femmes n’osent pas venir quand il y a des hommes. »

Binta Liebmann Diallo

D’autres ont peur de fréquenter les lieux où il y a une forte présence masculine. Dans la rue, elles peuvent voir comment les hommes tombent dans la drogue, l’alcool et adoptent des comportements violents. Dans la société actuelle, la femme en général n’est pas assez considérée. L’homme occupe beaucoup de place. C’est pourquoi il est important de créer des espaces où elles pourront se sentir en sécurité.

homeless- by Jackie_Chance from Pixabay Free for commercial use

Où se procurer des soins?

DoucheFLUX est un centre de jour pour les personnes en situation de grande précarité, avec ou sans logement, avec ou sans papiers.

Le mercredi est un jour consacré 100 % aux femmes. Ce jour-là, le personnel en service est principalement composé de femmes. Il y est possible de voir une infirmière. L’infirmerie est chapeautée par Médecins du Monde et travaille en collaboration avec tout un réseau de maisons médicales, de médecins, de services d’urgence, services dentaires, services spécialisés en santé sexuelle ou encore mentale.

DoucheFLUX offre des services de première nécessité. Prendre sa douche, laver son linge, recevoir une pédicure médicale, faire de la kinésithérapie, voir une opticienne, un soutien psychologique et plus.

Bien évidemment, il s’agit d’un centre parmi tant d’autres. Pour prendre connaissance des autres centre voir la rubrique pour en savoir plus.

Et COVID dans tout ça ?

Durant la première vague, le milieu social a pu bénéficier de plus d’aide pour le sans-abrisme lié aux COVID. Il y a eu plus de financement des régions de la communauté française et de la ville de Bruxelles. Des hôtels ont été ouverts. Des bâtiments de la Commission européenne qui ont été transformés en chambres d’hôtel étant donné que les employés étaient en télétravail. Les personnes sans-abri ont été bien accueillies et ont pu y passer le confinement. Spécialement pour les femmes, pour qui c’était une grande sécurité de savoir qu’elles auraient un toit sous lequel dormir pendant cette période. Et cela n’aurait peut-être pas été possible sans COVID.

Depuis, les centres de crise prenant en charge les sans-abri comme DoucheFLUX ont mis en place des dispositifs pour continuer à apporter leur aide tout en respectant les directives du gouvernement. Se désinfecter les mains à l’entrée. Des masques propres à disposition avec possibilité de laver ces masques en tissu également. La température est prise et si jamais quelqu’un avec une forte fièvre se présente, il y a un protocole à suivre. Un service spécifique qui accueille les personnes sans-abri est contacté pour mettre cette personne en quarantaine. Si la personne présente plusieurs symptômes, il est possible de faire un test qui est gratuit pour les sans-abri.

Selon Mme Liebmann Diallo ce n’est pas à nous citoyens de venir en aide aux personnes en précarité mais au gouvernement.

« Cela relève d’une politique plus sociale et humaine. Cela dépend des personnes que nous choisissons pour diriger le pays. Choisir des personnes humaines permettrait de mettre plus d’argent dans le social et aider ces personnes. Ce n’est pas aux citoyens de s’occuper de ce que l’état doit faire. »

Binta Liebmann Diallo

Pour en savoir plus

  • Qu’est-ce qu’une personne sans-abri ? Ce n’est pas toujours clair. AMA a tenté donner une définition plus complète.
  • Le guide social propose 158 adresses, logements et centres d’aide pour les personnes sans-abri.
  • Consultez Bruss’help pour toutes les informations supplémentaires.

Noella Tshilombo Muyeji

23 ans, étudiante en communication à l’ISFSC.

Vivre dans la rue et se soigner, un vrai parcours du combattant

Un sans-abri emmitouflé dans un duvet dans le centre de Lausanne (Suisse) Benoît Prieur-CC-BY-SA

Être confronté au manque d’hygiène, aux carences alimentaires, aux intempéries, à l’insécurité… Voici le dur quotidien que vivent des milliers de sans-abri dans nos rues. Quel impact ce mode de vie rudimentaire a-t-il sur leur santé ? Et quelles sont les répercussions liées au coronavirus pour les personnes sans domicile fixe ?

Entre le 3 et le 26 mai dernier, des chercheurs du CHU Saint-Pierre de Bruxelles ont réalisé une étude pour voir dans quelle mesure les sans-abri seraient plus vulnérables face au coronavirus que la population générale. Il en est ressorti qu’une personne vivant dehors à trois fois plus de risques d’être hospitalisé des suites d’une infection lié à la COVID-19 qu’une personne ayant un toit.

Des personnes fragilisées

Ils seraient entre 4000 et 4500. Voici le nombre estimé de personnes sans domicile fixe qui vivent dans notre capitale. Pour beaucoup d’entre eux, leur santé n’est pas perçue comme étant une priorité.

Entre la recherche d’un repas et d’un endroit où passer la nuit, se soigner devient secondaire et cette négligence se voit : « je constate beaucoup de sans-abris avec des mycoses au niveau des pieds, elles sont très souvent le résultat d’avoir marché pendant un long moment dans des chaussures abimées où encore des infections parasitaires telles que des poux et la gale», explique Isabelle Verreckt, infirmière au sein de l’ASBL bruxelloise La Fontaine.

Isabelle Verreckt ©Lecluyse Nicolas 2020

Mais il y a aussi des personnes qui souffrent de divers problèmes mentaux. Ceux-ci sont malheureusement encore trop souvent oubliés ou jugés comme n’étant pas assez importants. Pourtant, parmi ces troubles on retrouve parfois des pathologies psychiatriques graves, comme : la schizophrénie, des troubles bipolaires et des dépressions majeures. Selon Isabelle Verreckt : «Certaines personnes ont eu un suivi psychiatrique par le passé, mais depuis qu’ils sont à la rue ils n’ont plus eu de traitement ce qui aggrave leur état mental».

De plus, « beaucoup de sans-abri qui ne vont pas bien se tournent vers l’alcool et la drogue pour oublier leurs problèmes. Résultat? Cette consommation devient plus régulière et donc petit à petit ils peuvent développer un comportement addictif. Cette problématique s’ajoute à leur longue liste de problèmes, ce qui ne les aide pas à avancer » explique Isabelle Verreckt.

Le coronavirus, la goutte de trop ?

L’hiver est là. Températures négatives et journées plus courtes rythment désormais le quotidien des habitants de la rue. Une situation qui en temps normal est déjà compliquée, mais cette année ça l’est encore plus particulièrement. Le couvre-feu à partir de 22h qui a été instauré sur l’ensemble du territoire de la capitale oblige parfois les sans-abri à se cacher pour éviter de croiser la police. Depuis le début de cette pandémie, le message est clair : garder minimum 1,5m de distance entre les personnes, porter un masque à partir du moment où la distance sociale ne peut être garantie ainsi que se laver régulièrement les mains. Mais qu’en est-il lorsqu’une personne n’a pas les moyens de s’acheter des masques?

Le CPAS de la Ville de Bruxelles distribue désormais depuis plusieurs semaines des masques en tissus aux sans-abri. Un moyen pour eux d’être en règle, certes, mais pas forcément efficace. Le mauvais usage du masque compromet parfois son efficacité, car nombreux sont ceux qui gardent le même masque pendant plusieurs jours, ce qui évidemment peut impacter lourdement leur santé déjà fragile. Interrogée sur la question, une assistante sociale du CPAS de 1000 Bruxelles explique : « il y aurait aux alentours de 30% de sans-abris qui seraient infectés, où étés contact COVID et placés en isolement».

Un toit temporaire

L’accès aux tests n’est pas toujours évident pour les sans domicile fixe. Souvent le fait de ne pas posséder une carte médicale peut sévèrement compliquer les choses. En effet cette carte, délivrée par le CPAS aux personnes nécessiteuses, permet la gratuité des frais médicaux et pharmaceutiques pour les personnes en grande précarité. Lorsqu’un sans-abri possède cette carte, il peut se faire tester auprès d’un médecin généraliste agrée par le CPAS où une maison médicale. Dans le cas il où il n’est pas titulaire de ce genre de carte, l’accès aux tests est plus compliqué.« A ce moment là, le sans-abri peut se faire tester via Bruss’Help, l’organe de la coordination des personnes sans-abris à Bruxelles, mais évidemment cela prendra plus temps», explique Isabelle Verreckt.

Ensuite, si le test se révèle positif, la personne peut être mise à l’abri afin d’éviter que son état de santé s’aggrave et faire en sorte qu’elle ne contamine pas d’autres personnes. La Ville de Bruxelles a donc mis certains endroits très spécifiques à disposition des habitants de la rue, comme par exemple l’hôtel Galia. Cet hôtel accueille les personnes qui seraient positives à la covid-19 en leur proposant un hébergement et des soins durant la quarantaine.

Une porte de sortie?

Si pour la plupart des sans-abri l’espoir de retrouver un jour un toit et une vie autonome les aide à tenir le coup, pour d’autres ce n’est pas forcément le cas. En effet, une minorité de ces personnes préfèrent la vie dehors, qui leur convient mieux. Ils estiment qu’il y’a plus besoin de payer les frais du quotidien, pas d’obligations, pas de travail, pas de comptes à rendre… une liberté totale donc. Selon madame Verreckt : « La porte vers la sortie peut être ouverte par le CPAS où le Samusocial, mais encore là il faudra s’armer de patience car le chemin peut être long. La persévérance sera indispensable ».

Plus mourir dans l’anonymat

Chaque année plusieurs dizaines de personnes sdf meurent dans les rues de Bruxelles. En 2019, 62 personnes y ont perdu la vie, ce qui représente une diminution comparée à l’année précédente, où 68 décès ont étés enregistrés. Pour l’année 2020 il n’y pas encore de chiffres de disponible, mais il est quasi sûr que ceux-ci seront plus élevés à cause de la pandémie. Pour rendre un dernier hommage à ces personnes, il existe un collectif spécial, nommé « Morts de la rue ». Ce réseau d’associations organise chaque année un hommage, en collant un nom et un visage sur les chiffres de ceux qui ont perdu la bataille contre l’extérieure. L’espérance de vie en rue est que de 48 ans.

Pour en savoir plus…

Nicolas Lecluyse, 21 ans. Étudiant en bachelier de Communication à l’ISFSC depuis septembre 2020.

Sans-papiers , une santé délaissée

L’accès aux soins de santé pour une personne sans-papiers est compliqué. C’est un chemin semé d’embûches pour y accéder de manière régulière et correcte.

En Belgique les personnes sans-papiers vivent dans un climat difficile. Leurs conditions sanitaires sont déplorables, ce qui affecte considérablement leur santé. En effet un sans-papiers n’aura pas facilement recours aux soins médicaux, mais préférera attendre d’être gravement malade avant de faire appel aux soins de santé. Qu’est-ce qui motive ces personnes à attendre si longtemps ? Est-ce une question de procédure ? De discrimination? De relations? Ou autre? Il ne s’agit pas que de ça.

Attendre de mourir pour se soigner

Attendre de mourir pour se soigner, une vérité qui blesse.

En effet ,ces personnes vivant clandestinement ne vont généralement qu’en consultation lorsque c’est très grave. Ils ne peuvent comme tout le monde se rendre régulièrement chez le médecin quand ils ne vont pas bien. Les soins de santé qui leur sont octroyés sont bien difficiles à avoir, alors ils n’entreprennent les démarches que lorsque leurs états  se détériorent.

« On ne va pas voir un médecin quand on est à moitié malade, les sans-papiers ne consultent généralement que lorsque c’est grave. »

Stefania Marsella
Assistante Sociale en maison médicale

Etre sans-papiers, c’est être discriminé

Vivre en tant que sans-papiers, est le fait de ne plus avoir ou n’avoir jamais eu de titre de séjour légal. Ne possédant aucun document d’identité, étant en irrégularité dans le pays dans lequel la personne se trouve, c’est être inexistant aux yeux de l’Etat. Très souvent ces personnes sont discriminées dans tous les domaines quels qu’ils soient. Ils ne peuvent se projeter car ils n’ont rien. Ils vivent dans le secret, dans les zones d’ombres sans aucun droit et aucune protection qui leur permettraient de vivre paisiblement. Ils vivent au jour le jour. Ils ne peuvent donc avoir accès à toutes les ressources qu’offre la Belgique de manière convenable. Cela même en ce qui concerne leur santé.

L’aide médicale urgente est malgré tout présente 

L’aide médicale urgente est une aide qui peut être octroyée pour les sans papiers afin qu’ils puissent bénéficier de soins de santé. Pour obtenir cette aide, la personne  doit d’abord introduire une demande au CPAS. Ce qui n’est pas une mince affaire et le délai de réponse peut être très long. A cause de tracas administratifs, cette procédure peut prendre tellement de temps qu’elle peut ne jamais voir le jour. Nombreux sont les clandestins n’arrivant pas à avoir recours à des soins de santé. Selon Stefania Marsella, les sans-papiers prennent également du temps à demander de l’aide car ils ont peur d’être expulser. Quand la situation devient trop grave certains décident par conséquent de passer par les urgences. Ce qui est problématique car l’accès aux soins c’est pouvoir être accueilli en temps réel.

Homme seul mains jointes.
© Pixabay License Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise. Image de Leroy_Skalstad

Un processus long et peu connu 

La demande pour avoir accès à cette aide médicale urgente est un processus assez long et peu connu. La première étape pour une personne sans papiers est de sortir de sa zone d’ombre et de se présenter à un service pour demander de l’aide tout en étant dans la peur de se faire expulser ou renvoyer chez lui. La personne sans papier doit se rendre premièrement au CPAS afin d’introduire une demande d’aide médicale urgente. Stefania Marsella dit également que : » les CPAS ne sont pas des institutions médicales ,c’est ce qui retarde également le processus ». Une fois l’aide accordée et retenue, les institutions doivent trouver un médecin qui accepterait de soigner le/la patient(e).

Les embûches pas seulement administratives

C’est un fait , pour avoir recours aux soins de santé, les sans-papiers ont un chemin chargé  d’embûches.  Premièrement administratives. N’avoir aucun papier d’identification les met déjà dans l’embarras. Les difficultés linguistiques jouent elles aussi un rôle majeur dans l’inaccessibilité des soins de santé. Ces embûches sont également d’ordre social. Étant donné leur situation sociale moindre, les endroits où ces personnes vivent sont souvent insalubres, mal isolés et dévastés. Des conditions de vie médiocres qui laissent  aussi penser que les sans-papiers se laissent  sombrer dans ce qui donne un sentiment d’infériorité. Stefania Marsella assistante sociale en maison médicale affirme aussi que : » Il n’y a également pas de volonté politique d’automatiser ces droits d’accès aux soins ». Ce qui renvoie aux sans-papiers un sentiment de non-existence. La communication est davantage un facteur de cette problématique. Il y a réellement un maque de communication et de fluidité entre les professionnels; qu’ils soient de la santé ou du social , et les sans-papiers. Plusieurs témoignages de ces personnes vivant dans des conditions déplorables racontent qu’il y a un grand manque de considération  et de respect envers eux. Des médecins qui manquent d’empathie, des assistants sociaux parfois non respectueux. Dans les cas où une aide leur est octroyée, ce n’est jamais tout beau tout rose. Il faut encore rechercher un médecin qui serait d’accord d’intervenir et de soigner dans des conditions pareilles. A savoir , être rémunéré plus tard. D’autant plus que cette demande ne dure que 3 mois , le sans-papiers est obligé de refaire une demande.

«J’ai laissé tomber, je me soignais moi-même parce que c’était trop compliqué.»

une personne sans-papiers. 

Au fond , un problème de stigmatisation 

Il n’y a pas de conclusion toute faite, car le réel fond du problème ne pourra jamais faire surface au grand jour mais il y a là un lien avec les stigmatisations. La faille serait d’ordre idéologique. Si l’on accorde les soins de santé aux personnes sans-papiers, ceux-ci profiteront de la société. Il y aurait également  une perte de distinction entre ceux qui ont vraiment besoin de soins de santé et ceux qui veulent simplement tirer profit de cette situation. La peur est un élément qui vient s’ajouter à toutes ces stigmatisations. « Si les personnes sans-papiers d’identification peuvent avoir des soins plus facilement, ne viendront-ils pas plus nombreux ici ? N’y aurait-il pas un afflux migratoire ?  ». Toutes ces pensées sont évidemment erronées , ce sont des femmes , des enfants , des hommes qui partent de chez eux non par plaisir mais parce qu’il y a des problèmes là d’où ils viennent.

La santé des sans-papiers entendue et  dénoncer

Depuis des années, plusieurs organismes se battent pour dénoncer ce fait et trouver des solutions. Selon Stefania Marsella, tout a été énuméré, détaillé et décortiqué. Notamment dans  le « livre vert de l’accès aux soins en Belgique »  où l’on montre tout ce qui ne va pas au niveau des soins mais cela se heurte avec les pensées d’ordre idéologique. Des manifestations ont également eu lieu pour se faire entendre et trouver des solutions pour combattre cette problématique.

Des pistes de solution , un espoir pour le futur

Cette problématique ne se réglera pas du jour au lendemain. Il faut trouver un accord , un terrain d’entente pour espérer une amélioration. L’université catholique de Louvain a émis des pistes de solution comme par exemple :

Simplifier l’enquête sociale , généraliser la carte médicale par ménage c’est à dire permettre à une famille de se faire soigner et pas seulement un membre de la famille ou encore lister de manière précise les soins que peuvent donner l’aide médicale urgente.

L’objectif pour l’université catholique de Louvain et les politiques serait d’accélérer le processus d’accès aux soins de santé et de placer la santé en priorité afin d’aider un maximum de personnes sans papiers en temps normal comme en temps de crise.

Pour en savoir +

Les liens sociaux entre professionnels et sans-papiers

Situation de vie des sans-papiers

Edito sur la réforme de l’AMU

Isabelle-Sarah Mayonga

Etudiante en 1er communication à la Haute-Ecole de L’isfsc.
Passionnée de théâtre et de mode sa devise est : « on a rien sans rien! »

Prostitution étudiante, un secret bien gardé

Des cours et des travaux le jour, du sexe et des passes la nuit. Quel quotidien pour les étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ?

«Ça me fait mal, je sais pas pourquoi, c’est une question sociale je crois, mais ça me fait mal. Et si un jour mon père, ma mère, ma famille le savent, je suis sûr qu’on ne va plus me parler. J’en suis sûr.» raconte Rodrigo dans un entretien accordé à Alias, un service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des travailleur.euse.s du sexe (TDS) masculins et transgenres en région bruxelloise.

En 2017, en Belgique, on peut estimer le nombre d’étudiant.e.s prostitué.e.s à 16 000. Souvent, iels cachent leur activité à leur famille, ami.e.s, conjoint.e.s, de peur du jugement et du rejet.

Impact sur les relations

Avoir un secret qui concerne une grande partie de la vie quotidienne peut entraîner du stress, de l’angoisse, mais aussi de l’éloignement avec les proches, comme le constate Chloé Leroy dans son mémoire de recherche en sciences sociales. Elle souligne aussi que les fréquentations de ces étudiant.e.s évoluent vers des amitiés où iels peuvent être elleux-mêmes, par exemple avec d’autres TDS.

64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l'aspect le plus négatif de la prostitution.
64,7% des étudiant.e.s interrogé.e.s par Alias placent le secret comme étant l’aspect le plus négatif de la prostitution.
Photo by Green Chameleon on Unsplash

Une enquête réalisée par Alias met en lumière que 83,8% des étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe ne parlent pas de leur travail à leur médecin, alors qu’il pourrait nécessiter des soins spécifiques.

Le tabou autour de la prostitution commence à se briser, mais il faudra encore attendre avant que cela ne soit totalement entré dans les mœurs.

Prostitution : la plus vieille stigmatisation du monde ?

Les travailleur.euse.s du sexe sont les victimes quotidiennes de la stigmatisation. Entre idées reçues et réalités méconnues, iels voient leur activité sans cesse dénigrée.


Le 28 septembre 2020, dans le cadre de la lutte contre la covid-19, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, interdisait l’exercice de la prostitution dans l’ensemble de la capitale. Un coup dur pour les travailleur.euse.s du sexe (TDS) mais également pour les associations présentes sur le terrain. En réaction à cette décision, Médecins du Monde publiait le jour même un article dénonçant la stigmatisation des personnes vivant du travail du sexe et pointant les risques pour elleux  tant au niveau financier qu’au niveau santé.

En 2019, Espace P… a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
En 2019, Espace P a suivi 1076 TDS reparti.e.s sur sept antennes différentes en Communauté française.
Photo : Julica da Costa CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

La crise Covid-19, et surtout les mesures de confinement, ont eu un impact considérable sur ce secteur de travail particulier : prostitution interdite, augmentation de la clandestinité, stigmatisation renforcée, difficulté voire impossibilité de vivre correctement… Les conséquences sont multiples. « Lors de la 1ère crise Covid, celles qui avaient un peu d’argent de côté ont puisé dans leurs réserves, mais maintenant, c’est vraiment la catastrophe car celles qui en avaient au départ n’en n’ont plus. Beaucoup vont reprendre clandestinement des clients. Il en suffit de quelques-uns pour au moins continuer à payer un loyer et manger« , explique Cécile Cheront, coordinatrice générale d’Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des TDS. Cependant, avoir des clients clandestins augmente le risque de violence, d’exploitation, de non-respect des gestes barrières… C’est aussi un facteur de stress important car les amendes sont élevées si iels sont découvert.e.s. Espace P a mis à disposition des TDS du matériel de protection (masques, gants, gel hydroalcoolique…) ainsi que des aides alimentaires. « On les a vraiment fort soutenu.e.s, comme tous les professionnels devraient l’être.« 

Le collectif Utsopi (collectif de TDS en Belgique) a quant à lui lancé un crowdfunding pour pouvoir répondre aux demandes d’aides financières reçues par l’asbl et leurs partenaires. « Nous ne pouvons pour le moment plus aider les travailleur.euses du sexe, qui sont dans des situations de plus en plus dramatiques », indique une publication Facebook de l’association.

La stigmatisation, violence silencieuse

Pandémie ou pas, les TDS ne sont jamais considéré.e.s comme les autres professionnels. Leur activité est sans cesse stigmatisée. Cela peut se refléter par des attitudes de victimisation ou à l’inverse, de banalisation de leur travail mais aussi par des clichés : un.e prostitué.e est forcément un mauvais parent, un.e toxicomane ou a des problèmes psychologiques. Le problème principal reste cependant la généralisation des vécus. Cécile Cheront insiste sur le fait qu’il faut savoir écouter l’histoire de chacun.e.s et laisser les personnes concernées s’exprimer sans nier leur expérience.

« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s. »

Cécile Cheront


La mise à l’écart peut avoir des conséquences sur l’état mental des prostitué.e.s. On peut observer une augmentation de l’isolement mais surtout du stress. Le stress d’être jugé.e, d’être victime d’abus, d’être violenté.e, d’être découvertes par leur entourage pour certaines… Tout cela est difficile à porter et est très spécifique à cette activité.
Il est tout de même important de rappeler que le travail du sexe en lui-même n’a pas d’incidence sur la santé mentale.
« La stigmatisation est vécue comme une violence par tous.tes les prostitué.e.s, explique Cécile Cheront. Prétendre savoir mieux qu’iels ce qu’il faut penser de leur vie et de leurs motivations est extrêmement violent.« .

Dans une vidéo réalisée par le média français Brut., Valeria, TDS au Bois de Boulogne, déclare que les violences subies par les prostitué.es diminueraient drastiquement si iels recevaient des aides et surtout de la considération de la part du gouvernement français

La stigmatisation administrative est aussi un problème car l’activité prostitutionnelle n’est pas reconnue par la réglementation du travail. Dès lors, iels doivent ou bien mentir sur leur profession ou bien continuer sans aucune déclaration, et donc dans la clandestinité.

Depuis la nuit des temps

Dans un document de l’ICRSE¹ traitant de l’accès à la santé pour les TDS, on apprend qu’ « Au Moyen-Âge, les prostituées étaient considérées comme des créatures diaboliques et étaient rejetées par l’Eglise. Les médecins de l’époque leur attribuaient un tempérament violent (…). A la fin du 19e siècle, un criminologue italien, Cesare Lombroso, pensait que les femmes de la classe ouvrière souffraient d’une dégénérescence mentale, ce qui conduisait la plupart d’entre elles à devenir prostituées. A la même époque en France, Pauline Tarnowski, docteure en médecine, mesurait le crâne de TDS avec des objectifs similaires. » Ces théories préconisant que les TDS font ce métier car iels ont des problèmes mentaux sont toujours à l’ordre du jour et répandues dans la société. Cécile Cheront explique que les troubles mentaux sont partout et que c’est injuste de penser que les prostitué.e.s, plus que d’autres personnes, en sont atteint.e.s. L’arrivée dans le travail du sexe peut être liée à beaucoup de choses et pas spécialement à des problèmes psychologiques.

Risques de santé spécifiques

Les TDS sont plus exposé.e.s à certains risques de santé : risque de contracter une IST (infection sexuellement transmissible), risque de tomber enceinte, risque accru de subir des violences. Iels ont plus de risque de connaître une dépression à cause de l’isolement, du stress, de l’insécurité… La prostitution peut donc être considérée comme un métier à risques, même si certaines pratiques peuvent réduire cette insécurité : travailler de jour, travailler en groupe, travailler avec une personne qui assure la sécurité…
Une des revendications de l’asbl Espace P est que les TDS aient un accès effectif à une aide sociale et psychologique appropriée, à l’information en matière de santé et de droits, à un service de santé préventif, anonyme, gratuit, adapté à leurs besoins, dans le respect du secret médical et sur base volontaire et que les consultations médicales ne servent en aucun cas d’outil de contrôle sanitaire et sécuritaire.
Récemment, Alias, asbl travaillant avec des TDS masculins et transgenres, a publié les résultats d’une enquête concernant les étudiant.e.s TDS de ces catégories. Cette enquête a révélé que 83,8% de ces dernier.ère.s ne parlaient pas de leur activité prostitutionnelle à leur médecin et ne peuvent donc pas recevoir les soins adéquats et spécifiques à leur activité.

« La prostitution est plus souvent perçue par les TDS comme étant une solution plutôt qu’un problème« , rappelle Cécile Cheront. On peut alors espérer une ouverture d’esprit de l’opinion publique quant à ce travail spécifique qu’est celui du sexe.

¹International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe)


Pour en savoir plus :

Espace P, asbl qui travaille dans le domaine de la promotion de la santé et de l’accompagnement social en faveur des personnes travailleur.euse.s du sexe.
Utsopi, Union des Travailleur.se.s du Sexe Organisé.e.s pour l’Indépendance, collectif de travailleuses et travailleurs du sexe en Belgique, autogéré et auto-organisé.
ICRSE, International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe (Comité international des droits des travailleur.euse.s du sexe en Europe), réseau de travailleur.euse.s du sexe représentant 109 organisations par et/ou pour les TDS.
Alias, service psycho-médico-social et de promotion de la santé à destination des TDS masculins et transgenres en région bruxelloise.









Rédaction par Lucie Baraduc, étudiante en 1ère année de communication à l’ISFSC depuis septembre 202
0. Engagée et dynamique, j’ai choisi ces études pour partager mes idées, que ce soit grâce à des articles ou à des créations graphiques.

Santé : Appartenir à une certaine classe sociale influence-t-il le processus d’accès aux soins de santé ?

L’accès aux soins de santé des SDF en Belgique ne cesse de diminué d’année en année. Pourtant beaucoup d’associations , organismes luttent contre ce fléau. Appartenir à une certaine classe sociale influence-t-il le processus d’accès aux soins ?

Credit photo : thinkstock

Les médicaments, les consultations chez le médecin et même l’accès aux soins sont trop cher pour cette partie de la population.

“Ces prix exorbitants reflètent de nouveau la financiarisation extrême du marché pharmaceutique, aux dépends de l’accès aux soins” s’exprime Médecins du Monde dans un communiqué. Cette affirmation reflète bien le problème qui existe au niveau de l’accès aux soins de santé dans les différentes classes sociales. 27% des ménages dans le quintile des revenus les plus faibles déclarent avoir postposé des soins par manque d’argent, 24% des “ayant-droit” bénéficie réellement du statut préférentiel OMNIO. Cela prouve que l’accessibilité aux soins est restreinte et particulièrement pour les défavorisés.
Ce post datant de 2013 du président des MdM montrent que cela fait des années que ce sujet est sur la table

Les barrières d’accès

Plusieurs notions alimentent le fait qu’il est difficile pour un sdf d’accéder à la santé. On appelle ça des “barrières” , elles sont de différents types et ce sont elles qui jouent un rôle assez important dans la difficulté d’accès. On a par exemple , la barrière de l’accueil c’est à dire la présence du personnel et des ressources nécessaires, la capacité du patient à pouvoir payer. Nous avons également une barrière géographique qui montre la difficulté du patient à atteindre son médecin au sens physique du terme. La plus connue est sans aucun doute la barrière d’acceptabilité à savoir la langue , le manque de confiance de la part du personnel de santé mais aussi la peur d’être dénoncé pour les personnes qui ne sont pas en règle. “En tant que secrétaire, il m’est souvent arrivé de rédiger des rapports sur des clients indésirables…De plus je suis de temps en temps en contact avec les infirmières, aide soignant ,.. Et c’est clair qu’on est souvent jugé avant même d’exposer son problème” s’exprimait Anne Collet lors de notre interview. La dernière barrière et non des moindre est celle de la disponibilité, qui lié à la démotivation des professionnels par l’excès de lourdeur administrative et financière, qu’il faut prendre en charge pour les populations en situation précaire.

Credits : Anne Collet
Utilisation autorisée
Anne Collet , secrétaire médicale au CHU Mont-Godinne, prise en photo chez elle lors de notre entrevue.



Et les associations dans tout ça ?


Le centre d’accueil de soins et d’orientation (CASO) de l’organisation non gouvernementale Médecin du Monde offre la possibilité d’être informé sur les soins de santé et à n’importe quelle personne, qui a du mal à se faire soigner, sur leur droits et obligations. La grande majorité des personnes qui sollicitaient cette aide étaient sans papier. Madame Collet aime particulièrement Médecins du Monde “ je pense qu’en ce qui concerne l’aide pour les personnes qui sont sdf , les Médecins du Monde font preuve d’une énorme générosité et d’un bon professionnalisme..” Il y a également Mighealthnet un réseau d’information sur les bonnes “pratiques” au niveau de la santé pour les migrants et minorités en Europe. L’ASBL AT D Quart Monde Wallonie-Bruxelles est un mouvement qui lutte contre la grande pauvreté et l’exclusion sociale. Et pour finir, le groupe de travail “hospitalisation de la concertation des sans-abri” est un groupe de professionnels qui ont pour sujet précis : les barrières à l’accès aux soins pour la population spécifique des sans-abris.
Ici on peut remarquer sur ce post l’engagement des Médecins du Monde qui chaque hiver consulte une grosse majorité des sdf de Bruxelles gratuitement

La consultation “sans sous”

La Belgique est encore un de ces rares pays européens où la consultation chez le médecin généraliste est payante. Elle se classe même 20e sur 31 pays européen dans le classement relatif à l’accès aux soins primaire de la Commission européenne.
La consultation << sans argent chez les généralistes >> consiste au tiers payant obligatoire et à la suppression du ticket modérateur. Le tiers payant c’est à dire, le remboursement des prestations des médecins par les organismes, assureurs et le ticket modérateur est une partie des dépenses de santé qui restent à la charge du patient après remboursement de l’assurance maladie. Le système de la consultation “gratuite” : Système de paiement forfaitaire, les mutuelles versent chaque mois un montant fixe par patient directement à la pratique de médecine générale. Du coup , les médecins seront directement rémunérés via les caisses maladies. Ces dernières paient les médecins généralistes directement par voie électronique celui-ci n’a plus besoin de remplir une attestation nécessaire, cette consultation est également rentable, possible et améliore l’accès aux soins.
Malheureusement , l’Association belge des syndicats médicaux n’est pas du même avis en particulier ce qui concerne l’obligation du tiers payant pour les patients moins nantis. Selon eux seuls les médecins ont le droit de décider qui peut ou ne peut pas bénéficier du tiers payant. L’association a peur que ceci entraîne une surconsommation de soins, une augmentation de la charge administrative pour les médecins et à des retards de remboursement. De plus, si le ticket modérateur disparaît qui va le payer? l’INAMI ? Car pour un comptable, les économies à venir sont une pure hypothèse et en plus certains médecins ne sont pas très à l’aise avec l’informatique, seule une poignée arrive à s’en sortir. Et si l’INAMI ne les finance pas, les médecins généralistes ne les sacrifieront pas.
Et pourtant , le fait de ne pas payer n’entraînera pas forcément une surconsommation. Une étude comparative entre les pratiques financées par ceux qui ont un système forfaitaire et ceux qui en sont aux pratiques classiques à démontré que ceux qui sont soumis à un système forfaitaire ne consultaient pas plus que ça leur médecin. L’étude de la Commission européenne a bien montré que le problème de la sous-consommation des soins est clairement plus importante que celui de la surconsommation. Cette consultation est aussi efficace car elle coûte peu, elle est avantageuse et diminue les inégalités sociales. Elle diminue les inégalités sociales du moins pour les soins primaires et permet de retrouver la solidarité pour les assurances maladies. Par exemple, M.Collet affirmait qu’elle ne connaissait pas de système comme celui là peut être que le fait qu’il ne soit pas appliqué ici explique cela.

L’accessibilité aux soins est bel et bien très compliquée pour les citoyens en situation précaire. Si le système ne change pas, il sera encore plus compliqué pour un SDF de se soigner. Oui, c’est bien la gratuité des soins, mais est-ce la réelle solution ?

Pour en savoir plus

Ngenyi Vincent, 21 ans , élève en communication à l’ISFSC


Santé : conséquences de l’inflation belge

Annuler un rendez-vous chez un médecin alors qu’on en avait besoin par manque de moyens, c’est la réalité de quatre Belges sur dix en Wallonie et à Bruxelles. Pour cause : des prix de consultations trop élevés, un remboursement insuffisant, une inflation générale du coût de la vie. Les inégalités sociales pour l’accès aux soins de santé sont de plus en plus grandes.

Aujourd’hui le lien entre la classe sociale d’un individu et son accès aux soins de santé est clairement fait. Les études l’ont prouvé. Malgré tout, les soins de santé sont en recul par rapport aux besoins vitaux. Même la classe moyenne belge a plus de mal. L’explication ? L’inflation du coût de la vie de tous les jours. « Il n’est pas devenu plus cher pour les gens de payer les soins de santé. Mais il y a effectivement une inflation du coût de la vie courante. Les soins passeront après les besoins primaires », commente Jérôme Vrancken, data-analyst au Service Etudes de Solidaris.

Les Belges avec des revenus bas sont plus susceptibles de se déclarer en mauvaise santé contrairement aux personnes plus riches. Cette différence économique n’a pourtant pas de rapport direct avec le budget annuel belge en soins de santé qui s’élève à 10,3% du Produit intérieur brut (PIB) et qui n’a pas beaucoup bougé depuis 2017. Par ce pourcentage élevé du budget de l’Etat, les Belges sont considérés comme les plus généreux de l’Union Européenne en soins de santé. Et malgré cela et une moyenne d’espérance de vie augmentée de quatre ans depuis 2000, il reste une différence de cinq ans de vie entre les groupes sociaux instruits et non-instruits.

L’instruction, une différence ?

L’instruction de la personne ainsi que l’accès à la prévention sont deux éléments importants des différences dans l’accès aux soins de santé. Nos seniors sont parmi les plus touchés par cette inégalité. Les personnes les mieux instruites, les mieux au courant, vivent jusqu’à cinq ans de plus que les personnes en précarité. Malgré tout, la santé de nos seniors recule depuis 2015. Entre départs anticipés pour réduire le stress ou encore pour cause de maladie, 15,6% des retraités regrettent de ne pas être partis plus tôt. Alors que l’âge légal de la pension recule ! Et pourtant selon une étude Solidaris, un quart des francophones belges auraient souhaité partir plus tard. Pour ceux en précarité, pour des raisons économiques. Les seniors avec le plus de diplômes ont tendance aussi à vouloir quitter plus tardivement leur travail.

La prévention trouve aussi une place moindre dans la population défavorisée. Un exemple simple : le nombre de mères adolescentes. Elles sont jusqu’à 7,5 fois plus présentes dans les groupes en précarité. Pour cause : une pratique de la contraception très différenciée d’un groupe à un autre. Un autre type de prévention avec une différence fortement présente : le dépistage du cancer du sein chez les femmes ainsi que du cancer du col de l’utérus. Cette couverture est inférieure jusqu’à 14% et 11% dans les populations précarisées. De plus,il y a 25% de dépistage en moins pour le cancer du col de l’utérus en 10 ans!

La précarité étudiante ne peut être mise de côté !

Entre 2012 et 2018, le coût des études a augmenté de 21% selon la Fédération des étudiants francophones. PHOTO/ Andrew Tan / Pixabay

Un autre type de personne pouvant être touchée par la précarité sont les étudiants. Nous le voyons actuellement en France avec cet étudiant immolé à Lyon. La période des études représente un coût certain pour les parents ou bien les étudiants eux-mêmes. En 2017, la Fédération des étudiants francophones (FEF) sortait une enquête qui fait le lien entre la prostitution de certains et le payement des études. Si les élèves du supérieur ont du mal à payer la vie au quotidien, les soins passeront au second plan. « Les étudiants sont effectivement des profils plus à risque », intervient également Jérôme Vrancken. Entre 2012 et 2018, le coût des études a augmenté de 21% laisse savoir la FEF dans un communiqué de presse de 2018.

#LaPrécaritéTue. Un étudiant français s’immole devant le crous à Lyon – France Info / l’Actu.

Plus on descend sur l’échelle sociale, plus on fait face à des décès avant l’âge de la pension, aux maladies chroniques, graves et invalidantes. Un exemple : il y a deux fois plus de personnes diabétiques et trois fois plus de personnes handicapées parmi la population défavorisée que parmi les riches. Les personnes précarisées se retrouvent étonnamment plus souvent hospitalisées et pour des périodes plus longues que les personnes qui ne sont pas ou moins en difficultés financières. La raison : l’état de santé souvent plus dégradé et une prévention moindre.

La Belgique a une couverture de soins de santé à 99,8%. Elle dépense un peu plus de 10,3% de son PIB aux soins de santé. Ce qui est plus que dans les pays voisins. Selon Jérôme Vrancken, l’appartenance à un groupe social définit l’impact socio-économique sur la santé et l’état de santé d’une personne. L’Etat prend en charge jusqu’à 80% des dépenses dans le domaine de la santé. Les 20% qui restent peuvent représenter un énorme budget pour les personnes en difficulté financière. Chez Solidaris, l’utilisation d’un tiers-payant permet un accès plus ‘simple’ aux soins de base comprenant les visites chez le généraliste ainsi que celles chez le gynécologue. Ce tiers-payant signifie que le patient ne paiera que le ticket modérateur à la place de la totalité du prix, le reste passant directement de la mutualité au prestataire de soin. Généraliser le tiers-payant serait un premier pas vers la santé pour tous.

Remboursement mutuel, une solution ?

Toujours selon J. Vrancken, la Belgique a une couverture quasi universelle à 99,99% grâce à l’assurance maladie obligatoire. Dans la catégorie des gens en difficulté pour cet accès aux mutuelles, les migrants et les sans-abris sont en première place. Le remboursement belge se fait selon une convention signée entre les représentants des professionnels de la santé, des mutualités et des pouvoirs publics. Dans ce document se trouve le prix officiel. Celui-ci se décompose en deux ou trois parties : l’honoraire officiel, à charge de la mutualité, le ticket modérateur, à charge du patient, et les suppléments d’honoraires s’il y en a, également à charge du patient. Il est aussi important de mentionner que les médecins ne sont pas obligés de suivre la convention et peuvent toujours demander le prix qu’ils veulent. Aujourd’hui, certaines mutualités telles que Solidaris, proposent un remboursement total après l’ouverture d’un Dossier médical global (DMG) chez son médecin traitant. Cela signifie qu’elle remboursera aussi le ticket modérateur qui était jusque-là à charge du patient. « Malgré tout, si vous avez des suppléments d’honoraire car votre généraliste n’est pas conventionné, ils resteront à votre charge », confirme Mr. Vrancken.

Si la Belgique est bonne élève en soins de santé, elle ne dépense que 2,2% des 10% du PIB pour les soins en santé publique et prévention des maladies. Ce chiffre se trouve en dessous de la moyenne européenne. Par ce chiffre, il est possible d’affirmer que le nombre d’hospitalisations potentiellement évitable est plus élevé dans notre pays que dans nombre d’autres pays de l’EU. Ne serait-ce pas le prochain pas vers des soins plus accessibles ?

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