Le métier d’infirmier à domicile à Bruxelles : un métier sous-estimé?

© Pikist

Les infirmiers à domicile, un métier sous-estimé mais essentiel dans le quotidien de quelques citoyens bruxellois. Qui sont-ils et que font-ils? Enquête.

Ils sont 30.026 à pratiquer leur métier dans notre pays en 2016 selon les chiffres de l’INAMI. Leur métier ne se limite pas aux soins, il y a bien plus que ça. En plus de donner des soins à leurs patients ces infirmiers à domicile jouent un rôle social.

Qui sont-ils?

La grande différence avec les infirmiers travaillant dans le milieu hospitalier est que l’infirmier à domicile se rend directement chez le patient, dans son lieu de vie. Le patient est alors maître chez lui, ce qui est très différent quand un patient est hospitalisé et qu’il se soumet aux principes du milieu hospitalier. Quand l’infirmier à domicile est chez son patient, il doit s’adapter aux soins à donner avec le matériel de base et avec l’environnement du patient. Tout ça dans le respect de la personne à soigner.

Être infirmier à domicile, c’est un métier et plus que ça. C’est avec une approche sociale très forte que ces derniers ont avec leur métier. C’est une perception du métier totalement différente, ils sont beaucoup plus impactés dans le fonctionnement quotidien de leurs patients. Ils sont aussi là pour s’assurer et contrôler leur environnement de vie.

Les bons côtés de la profession et le revers de la médaille

Jana Fele – Infirmière à domicile
«J’ai beaucoup de plaisir à exercer mon métier. J’aime mon métier. Même si on travaille seul en général. Sur le terrain on est seul et sommes responsables de ce que l’on fait. Il ne s’agit pas de rater quelque chose d’important.»
© Antoine Demanez, août 2020

Comme dans tous les métiers il y a des points positifs et des points négatifs. Dans les points positifs chez les infirmiers à domicile on note une interaction sociale plus forte et un lien social plus fort avec le patient et sur une longue durée. Contrairement au milieu hospitalier où les infirmiers côtoient durant une période assez courte leurs patients. Le côté de l’utilité à domicile, d’apporter des soins aux patients, le réconfort et un certain équilibre aux patients fait partie intégrante du métier et les praticiens s’en réjouissent.

En 2017 des infirmiers à domicile se plaignaient de certaines prestations faiblement rémunérées et nous nous sommes posés la question de savoir si à l’heure actuelle ces contestations étaient justifiables ou pas. Jana Fele infirmière à domicile depuis de nombreuses années travaillant en région Bruxelles-Capitale essentiellement à Uccle, Forest et Saint-Gilles nous explique : « Oui je pense que c’est justifiable. Une injection revient à 6 euros avec le déplacement, l’acte technique avec le matériel et la seringue usagée que vous devez déposer aux déchets spéciaux. ». Compte tenu de la prestation il y a le déplacement à prendre en compte et au vu de la rémunération faible, on comprend les contestations de ces infirmiers.

Moins de temps consacré aux soins?

Depuis le 1 octobre 2017 la profession doit se munir d’un lecteur de carte d’identité afin de pouvoir vérifier les données des patients pour ensuite les transmettre à l’INAMI et ainsi pouvoir être rémunéré pour les prestations. Mais une poignée d’infirmiers mettaient en évidence que ce lecteur de carte avait un coût ainsi que le logiciel qui va avec : « Moi j’ai démarré en faisant mes papiers manuellement. Je suis de la génération où j’ai commencé par la suite avec les logiciels et les programmes. Tout changement est une certaine adaptation, il faut du temps et de l’énergie. C’était effectivement une charge supplémentaire avec le lecteur de carte d’identité mais après réflexion c’est quand même pratique. C’est pratique parce qu’en fait on introduit la carte, les données du patient, ça se met directement. On a directement la fiche du patient. Ça a été notamment mis en place pour avoir un contrôle des soins prestés. » selon Jana Fele.

Le lecteur de carte donnerait-il moins de temps aux infirmiers à domicile à se consacrer aux soins? Leur vocation première qui est de soigner serait-elle mise à mal et presque remplacée par l’administratif? Jana Fele : « Quand je vois mes collègues qui travaillent dans le milieu hospitalier et qui ont une charge administrative hyper lourde. Ça va de soi. Le lecteur de carte d’identité personnellement je dirai, que c’est presque un avantage, ça se transmet au niveau du logiciel, c’est confortable. Le traçage des soins se fait directement et c’est bien. Non la vocation première de mon métier n’est pas mise de côté. Bien sûr ça prend plus de temps mais partout pour tout le monde. C’est l’évolution technologique sur laquelle on doit faire face et c’est comme ça. Il y a des règles. »

L’ère du développement des nouvelles technologies touche une grande partie de tous les métiers et facilite le travail de certaines professions en dépit d’autres professions.

La vision de la société face au métier d’infirmier à domicile

Socialement parlant le métier n’est pas très estimé, il ne se limite pourtant pas à faire quelques piqures et bandages. Derrière ce métier se cache des personnes qui commencent leurs journées relativement tôt et enchaînent une dizaine de patients par jour, ajouté à cela des trajets plus ou moins longs pour se rendre chez les différentes personnes à soigner. C’est un métier de terrain et à responsabilités qui s’exerce seul. Il n’est pas question de rater quelque chose d’important, donc. Des patients il y en a tout le temps, il faut en soigner tous les jours.

Un métier pour tout le monde?

C’est une profession enrichissante mais se lancer directement après ses études dans les soins à domicile, ce n’est peut-être pas la meilleure des solutions. Il est préférable d’avoir un minimum d’expérience avant au niveau des techniques, observations parce qu’à domicile on se retrouve seul et le champ stérile des hôpitaux n’existe pas. C’est un métier où on est seul face à une situation que l’on doit maitriser.

Alors oui, on peut dire que le métier d’infirmier à domicile est un métier sous-estimé compte tenu des contraintes qui s’immiscent à leur profession. Qu’elles soient administratives ou d’ordre sociales, elles existent mais les infirmiers à domicile passent au dessus de tout ça et exercent leur métier avec une profonde passion et se dévouent au maximum pour leurs patients.

Pour en savoir +

Infirmiers à domicile : quelles sont les spécificités ?

Fiche métier : infirmier à domicile

Tarifs officiels des soins infirmiers

Antoine Demanez
Étudiant en bachelier de communication – ISFSC

De bons soins de santé avec un petit budget, est-ce possible ?

Chaque année, en Belgique, le prix des soins de santé augmente un peu plus. Ça commence par les médicaments, ensuite la consultation chez le médecin, le prix des soins ambulatoire ou encore celui d’une hospitalisation. Comment peut-on éviter de débourser des mille et des cents ? Pour éviter ça, l’État a mis en place toute une série d’aides à la disposition de tous.

Lors de l’année 2019, on a pu constater qu’un bruxellois sur quatre ne se soigne pas ou reporte des soins de santé par manque de moyens financiers et selon Maria employée à la mutuelle libérale du Brabant à Uccle, ce nombre ne va faire qu’augmenter. En Belgique, 7% des personnes de revenu inférieur déclarent des besoins en soins non satisfaits à cause de la distance, des coûts ou des temps d’attente. Mais il faut savoir que beaucoup de choses sont mises en place en Belgique pour aider la population lors des paiements de ses soins de santé.

La mutuelle, l’aide la plus importante.

À partir du moment où on est inscrit dans le registre d’une des nombreuses communes de la Belgique et qu’on a plus de 25 ans ou que l’on travaille, on doit de s’inscrire à la mutuelle. Avant le 1er janvier 2012, on s’inscrivait gratuitement à la mutuelle. Un certain pourcentage (proportionnel au revenu de chacun) était prélevé, pour les salariés sur leurs salaires et pour les chômeurs indemnisés sur leurs indemnités comme cotisation envoyé à l’ONSS pour couvrir les besoins de santé de la population belge. On appelle ça : l’assurance obligatoire.

Mais ces cotisations étant devenues insuffisantes pour subvenir aux besoins de santé de toute la population, chaque membre doit aussi cotiser pour une assurance complémentaire obligatoire (= mutualité). Le montant de la cotisation est fixé par la mutuelle dans laquelle on s’inscrit. Grace à l’assurance complémentaire obligatoire, la personne payant la cotisation ainsi que toutes les personnes domiciliées chez celle-ci qui ont un revenu inférieur à un certain plafond sont couvertes par la mutuelle.

La mutuelle entre-elle en jeu dans toutes les dépenses de santé des belges ?

« Bien sûr, si la personne est en ordre de mutuelle et qu’elle est toujours couverte, la personne est prise en charge. » nous confirme Maria Citrano. Elle ajoute que lors d’une hospitalisation, par exemple, le patient reçoit la facture avec les frais couverts par la mutuelle déjà déduit. Celle-ci rembourse 70% de la somme et les 30% restants sont à charge du patient en plus des frais supplémentaires comme une chambre seule.

C’est bien chouette d’être inscrit dans une mutuelle mais qu’est-ce que ça apporte ?

Calcule des remboursements.
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Celle-ci a différentes missions, la première étant de rembourser en partie ou en totalité les soins de santé comme les consultations chez le médecin généraliste ou spécialiste, la médecine alternative, le prêt de matériel médical (béquille, par exemple) les accouchements, les soins dentaires, infirmiers, de kinésithérapie et hospitaliers.

En cas d’incapacité de travail (ou d’invalidité), de grossesse et de maternité, la mutuelle paie des indemnités. Elle verse aussi une allocation en cas de décès pour les frais funéraires. La mutuelle se doit d’informer ses membres sur la santé et ce qui y touche mais aussi de défendre toute personne étant membre, par exemple en cas de litige. En plus de tout cela, elle propose plusieurs formules payantes d’assurance (non obligatoire) qui, lorsque l’assurance de base n’intervient pas, permettent un remboursement plus important et plus large des soins de santé.

 » Il n’y a absolument aucune limite à ce que la mutuelle rembourse par personne, la mutuelle n’est pas plafonnée tel une assurance privée. » explique madame Citrano. D’ailleurs, elle rembourse jusqu’à 100% des frais avec le MAF.

Le MAF, C’est quoi ?

Le système du maximum à facturer permet de limiter les dépenses au niveau des soins de santé des ménages. Pour chaque ménage, un plafond est calculé par la mutuelle dans laquelle celui-ci est inscrit. Si les frais médicaux à la charge du ménage ( les 30% restants ) atteignent ce plafond alors tous les frais qui s’y ajoutent au cours de la même année sont remboursés en totalité par la mutuelle. Il existe plusieurs types de MAF.

D’autres solutions sont-elles mises en place ?

L’intervention majorée (IM anciennement connu sous « BIM ») permet aux personnes à faible revenu d’avoir accès à de meilleurs remboursements, de payer moins cher leurs médicaments, etc. L’IM fonctionne avec le système du tiers payant, c’est-à-dire, que vous ne devez payer que les frais à votre charge lors d’une consultation chez le médecin et non l’entièreté de la somme et ensuite attendre un remboursement. Pour bénéficier de l’intervention majorée, il faut réponde à différents critères avec ou sans contrôle des revenus.

Lorsque l’on bénéficie de l’intervention majorée et que l’on va consulter un médecin conventionné, la consultation revient à 1 euro (sauf si on n’a pas de dossier médical global chez celui-ci, auquel cas cela ajoutera 50 centimes au prix). Mais il n’y a pas que les bénéficiaires de l’IM qui peuvent en profiter, les personnes ayant un revenu d’intégration (CPAS) et celles bénéficiant d’une allocation aux personnes handicapées peuvent aussi en profiter!

Ce n’est pas tout, il existe aussi des maisons médicales. Il n’y a aucun critère spécifique pour s’inscrire dans une maison médicale. Le principe de ces maisons est assez simple, elle travaille avec un principe de forfait. Le patient, sa mutuelle et la maison médicale passent un contrat qui permet au patient de venir consulter sans rien payer. Comment ? dans le cadre de ce contrat, l’INAMI verse à la maison médicale ce forfait en passant par la mutuelle du patient. Par contre, celui-ci est obligé de se faire soigner dans la maison à laquelle il est affilié, si le patient va ailleurs la mutuelle ne rembourse rien (sauf exception limitée).

L’échappatoire aux prix élevés des médicaments, le générique.

En effet, les médicaments génériques sont 31% moins chers que les marques. Comment est-ce possible ? Si les médicaments génériques ont un coût moins élevé c’est parce que pour les fabriquer, les firmes pharmaceutiques utilisent une formule créée au moins 20 ans plutôt. Elles n’ont donc aucun frais de recherche et ne le facturent donc pas dans le prix du médicament comparé aux marques qui, elles partent de zéro.

Sont-ils pour autant moins performants que les marques ? absolument pas. Les médicaments génériques sont composés des mêmes principes actifs. Ils procurent également les mêmes effets que les médicaments de marque. Parfois, les génériques peuvent se présenter sous d’autres formes que celles de l’originale. Leurs couleurs aussi peut être différente, la seule obligation est de changer de Nom.

« Les médecins devraient être les premiers à en parler aux patients, ce sont eux les mieux informés. Mon médecin généraliste m’en a parlé à plusieurs reprises. » déclare Maria. Elle ajoute ensuite  » mon pharmacien me demande régulièrement si je désire le générique lorsqu’on m’a prescrit la marque. De plus en plus de pharmaciens le font, ils devraient tous le faire. »

Bien que chaque année, les notes de frais médicaux de tous augmentent de plus en plus, des solutions sont mises en place pour nous aider. La mutuelle est d’ailleurs l’une des plus grosse que l’on ait, elle gère tous nos remboursements, paie pour nous si on décide d’aller en maison médicale, calcule le MAF de chacun et avant toute chose elle est la pour répondre à toutes nos questions. Beaucoup de choses sont là pour aider la population, il faut juste savoir bien s’informer !

Pour en savoir +

On enterre les pauvres, l’écart social se creuse.

En Belgique, appartenir à certaines classes sociales influence l’accès aux soins de santé. Alors que les SDF comptent sur les diverses ASBL pour survivre, la classe moyenne peine à s’autoriser tous les soins quand les personnes aisées n’ont, elles, aucune difficulté. Pourquoi un si grand déséquilibre alors que l’accès aux soins de santé est un droit fondamental pour tous ?

Aujourd’hui en Belgique, une personne sur quatre renonce à se soigner et sélectionne les médicaments qui lui sont prescrits pour des raisons financières. D’après l’enquête menée par Solidaris, c’est le report des consultations chez les médecins spécialistes qui a le plus augmenté en 4 ans, passant de 17,7% à 25,6% !

La précarité fait passer les soins de santé à la trappe !

Le minimum vital (revenu minimal que doit posséder une personne pour pouvoir subvenir à ses besoins primaires tels que la nourriture, le logement, l’éducation et les soins de santé) est calculé à partir du contexte socio-économique.

Chez nous, une personne isolée aurait besoin de 1.115 € pour vivre au-dessus du seuil de pauvreté, pourtant le revenu minimum d’allocations d’insertion ne s’élève qu’à 956 €. Cette différence induit une obligation de faire des choix, et ce sont bien souvent les bilans médicaux, particulièrement les soins spécialisés, qui sont abandonnés au profit des besoins vitaux tels que se nourrir, se loger. Si ces choix peuvent s’avérer judicieux sur le court terme, à long terme, ces décisions sont responsables de maladies dépistées trop tard qui finalement aboutissent à des dépenses accrues, voire à une espérance de vie réduite.

Ainsi, les belges les plus pauvres voient leur vie se raccourcir de 14 à 17 ans.

Ces chiffres aberrants s’expliquent notamment par l’origine de la classe sociale et le niveau d’éducation qui entraînent une barrière informationnelle. Ce qui empêche les personnes dans le besoin de savoir à qui s’adresser. 56% des belges vivant dans les quartiers les plus pauvres risquent de mourir dans l’année contrairement à ceux qui vivent dans les quartiers les plus riches, épargnés par ce phénomène. Le manque de revenus entraîne en cascade un manque d’hygiène et encourage les personnes concernées à consommer des produits moins qualitatifs, à abuser de la « malbouffe ». Les difficultés financières obligent aussi certaines familles à résider dans des logements à moindre coûts qui sont parfois insalubres, favorisant le développement de maladies ou d’infections chroniques.

L’enquête Solidaris montre que la précarité force aussi les malades à faire des choix dans les médicaments prescrits par les médecins et dans les consultations chez les spécialistes. L’étude rapporte qu’en 2016, les groupes sociaux les plus faibles se distinguaient par des difficultés financières plus importantes que les autres groupes. Mais 4 ans plus tard, si les groupes sociaux les plus élevés ne sentent aucune différence, et même une amélioration, les classes moyennes, elles, ne peuvent plus faire face au manque de moyens pour se soigner. Ce sont dans les classes faibles et moyennes que les reports de consultations chez les médecins se sont le plus accrus. Les inégalités sociales continuent de se creuser, impactant fortement l’accessibilité aux soins de santé.


©Lara Jacqmin, 2019

Solidaris : « Nous ne laissons personne au bord du chemin. »

C’est par la rencontre de Laurence Lejeune, déléguée à la gestion journalière de Solidaris, que le rôle de la mutualité dans la lutte contre ces inégalités se précise. Elle livre lors d’une interview que Solidaris a pour vocation de ne laisser personne au bord du chemin. 96,9% des affiliés sont satisfaits des services de Solidaris qui représente, à l’échelle Wallonne, 888.223 titulaires et 1.320.702 bénéficiaires. Si ces personnes sont aussi satisfaites de leur mutuelle, c’est qu’elles y trouvent des solutions aux problèmes liés à l’accès aux soins de santé.

Pour les personnes précarisées, la mutuelle applique la pratique du tiers payant, qui dispense le patient d’avancer les frais de santé pris en charge par la mutuelle. Même si la quote part qui reste à leur charge peut s’avérer encore difficile à payer pour certains.

Parallèlement, l’information est un problème majeur dans la difficulté d’accès aux soins de santé. C’est pourquoi Solidaris met en place toute une série d’actions pour faciliter la vulgarisation de l’information. Laurence Lejeune explique que « Les permanences sociales, ainsi que les conseillers, le call center et tout notre réseau de première ligne sont tout à fait disponibles et prêts à aider quiconque les questionne pour un document non compris. Nous avons pleinement conscience que ce n’est pas évident pour tout le monde de se familiariser avec la complexité administrative, c’est pourquoi nous tendons à vulgariser les procédures administratives, afin d’offrir plus d’accessibilité et une meilleure information ». Solidaris organise aussi des conférences thématiques par petits groupes ciblés, pour rappeler l’importance d’être correctement couvert en cas de soucis de santé. Car, Laurence Lejeune le rappelle, les études sociologiques montrent que les personnes les plus précarisées s’isolent et ne demandent pas l’aide dont ils auraient pourtant besoin.

Solidaris privilégie par ailleurs divers moyens de communication, du contact direct au sms, en passant par l’application mobile, afin que chacun puisse retrouver le mode le plus efficient selon ses habitudes de vie.

Solidaris : « Ayons le courage de faire de la sécurité sociale une priorité pour laquelle tout le monde cotise, en ce compris les multinationales ! » 

Si la Belgique peut se vanter de disposer d’une bonne protection sociale et d’un système de santé de qualité, force est de constater que des efforts restent à faire pour « contribuer à un système de santé qui fonctionne encore mieux et qui n’exclut personne. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons garantir que les soins de santé soient un réel droit fondamental pour tout le monde », comme le précisait Maggie De Block (Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, à l’Intégration Sociale et la Lutte contre la Pauvreté) dans la préface du « Livre Vert sur l’accès aux soins en Belgique »(PDF). En réponse à quoi Solidaris, en sa qualité d’acteur social et politique, revendique une croissance des soins de santé qui corresponde à l’évolution des besoins de la population.  « Faire une projection budgétaire avec une croissance de 1,5% alors que l’on sait que la croissance naturelle est de 2,5%, est une utopie et ne laisse place à aucune marge pour les traitements nouveaux.  La sécurité sociale est un pilier essentiel au fondement d’une société plus juste et nous ne pouvons que démontrer la nécessité des besoins en soins de santé et revendiquer haut et fort pour nos affiliés les besoins objectivés en matière de soins de santé. » précise encore Laurence Lejeune, déplorant certaines décisions gouvernementales relatives, par exemple, à l’augmentation du prix des médicaments dont les objectifs initiaux visaient à en diminuer la consommation pour le bien-être de la population, mais qui finalement ne l’a réduite que de 0,1% mais a conduit les patients à payer 7,5 fois plus cher le médicament que le médecin lui a prescrit. 

Et Laurence Lejeune de conclure : « Cessons de culpabiliser les gens, qu’ils soient malades ou sans emploi, et accompagnons-les à mieux prendre soin de leur santé en donnant accès aux soins préventifs sans devoir trier les soins et les médicaments qui, de ce fait perdront en efficience.  Ayons le courage de faire de la sécurité sociale une priorité pour laquelle tout le monde cotise, en ce compris les multinationales. »

Si les solutions ne sont certes pas immédiatement évidentes, le travail conjoint des mutuelles, des pouvoirs décisionnaires et des organisations sociales vise continuellement à apporter une réponse efficace à l’inégalité dans l’accès aux soins de santé pour l’ensemble des citoyens belges.

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Des maladies sans traitement en 2019

Un manque flagrant de nouveau médicament en Belgique. C’est une des problématiques que rencontre le marché médical depuis de nombreuses années. L’inquiétante augmentation de patients atteints de plus en plus jeunes ne cesse de croître et ce sans nouveau traitement à leurs proposé.

Test en laboratoire de l’UCL sur des vessie en plastique. El Khatabbi Nisrine 19-12-2019

Dix miliard d’euros et des années pour un médicament

Cela fait près de 30 ans qu’un nouvel antibiotique n’a pas vu le jour en Europe, pourtant des infections causant plus de 12500 décès par an en France. Comment peut-il avoir une telle absence de découverte médicale sur plusieurs décennies ? Est-ce que les méthodes de recherche sont efficaces ?

Selon Pierre Clopaert un ancien chercheur en laboratoire, ce n’est pas un travail de tout repos d’imaginer des assemblages inédits pour la création d’un médicament miracle. Cela demande énormément de temps des dizaines d’années, voire le double. Parfois, ils peuvent voir tout leur travail tomber à l’eau au bout de quelques années d’acharnement.

Les firmes pharmaceutiques regroupent chaque jour différents produits naturels comme chimiques afin d’en sortir une découverte révolutionnaire. Mais tout cela n’est pas si simple. La création d’un médicament ne dépend pas seulement de la performance des chercheurs. Cela va beaucoup plus loin. Dès la manifestation d’une nouvelle maladie ou encore d’une maladie dont l’importance de trouver un nouveau médicament ne peut plus attendre, les laboratoires se mettent au boulot. Analyse, expérience, recherche, etc. Il se démène pour trouver un mélange exceptionnel qui pourrait les faire avancer.

Avant même de commencer à tester le produit, la firme doit demander une autorisation et justifier exactement la raison pour laquelle elle souhaite entamer la recherche auprès de L’OMS (organisation mondiale de la santé). Les médicaments sont les résultats de longue année de recherche qui demandent près de 1 milliard d’euro d’investissements. Ni le département de la santé qui finance les laboratoires ou encore l’Etat ne veut prendre le risque de perdre une telle somme. Alors il faut un certain niveau de certitude de l’efficacité du produit avant de travailler dessus. Et surtout afin de recevoir les subsides pour entamer les essais.

Des recherches laissées à l’abandon

« Souvent, on trouve un remède incroyable pour une maladie fraîchement découverte, on sue jour et nuit pour aboutir à quelque chose. Mais tout cela demande du temps et quand une maladie se fait connaître le temps, ce n’est pas ce qu’on a. il faut trouver un traitement et vite ! Car une maladie, ça évolue, des complications apparaissent, des aggravation surtout. Alors j’ai vu tout au long de ma carrière dans les laboratoires des médicaments qui auraient pu soigner certaines maladies comme la thyroïde sans intervention chirurgicale, mais cette saleté a tellement vite évolué que le temps de pouvoir mettre en ventre le traitement que notre trouvaille n’était plus assez efficace. » Nous révèle Monsieur Colpaert, ancien chercheur en laboratoire pharmaceutique chez Abbott à Diegem, dont les domaines d’expertise sont : Diabète, Diagnostique, Biologie moléculaire, Médical Optique, Pharmaceutique Vasculaire.

Abbott laboratoire pharmaceutique d’aide à la recherche Julien Hétri 05-04-2017 CC BY SA 4.0

Toutes les étapes qui sont nécessaires au développement d’un nouveau médicament sont surveillées de très près. De la naissance de l’idée trouvée entre les murs blancs qui enferment les chercheurs à sa mise en vente sur le marché.

L’étape la plus sensible sont les essais de ces différentes conceptions. Cela correspondra à l’évaluation du niveau de la toxicité et de la tolérance du traitement chez le patient. Les tests sont d’abord exercés sur certaines espèces animales afin d’avoir une idée sur les potentielles doses injectables à l’Homme. Ensuite, l’étude est faite sur des patients volontaires. Afin de pouvoir être « un candidat médicament », il faut absolument n’avoir aucun problème de santé. Les testeurs injectent des doses croissantes de médicaments aux patients et détectent tout signe d’anomalie ; de régression comment le médicament va se dissoudre dans le corps, son absorption, son métabolisme, son élimination ou encore s’il provoque des effets secondaires. Tout au long du processus, le patient est sous haute surveillance. Les résultats requis permettent de vérifier, comparer et calculer les doses tolérées par l’homme aux tests faits sur les animaux. Une fois que tous les aspects négatifs et / ou positifs du produit sont révélés, les chercheurs peuvent organiser la production du médicament.

« Ce n’est pas si simple que ça de trouver des volontaires, les chercheurs préféreraient faire leurs tests sur des jeunes adultes comme vous encore en forme, en bonne santé, etc. Mais quand on a votre âgé aidé à l’avancée de la médecine, n’est pas une de vos priorités, du moins pas moins que de savoir qui a quitté, je ne sais quelle aventure de télé réalité (petit rire). Après, il y a aussi la peur de savoir que l’on va nous injecter un produit encore jamais testé. Ça peut prendre des années de trouver des volontaires qui ont les critères requis. Mais on y arrive doucement, mais sûrement » ajoute notre professionnel de la santé.

Un médicament en cache parfois un autre

Si la difficulté de parvenir à mettre en vente un médicament est de plus en plus grande, la chance tourne parfois du côté des chercheurs. Le Viagra est un médicament conçu pour des problèmes artériels. Alors que des hommes touchés par des troubles érectiles et qui ont eu recours à ce médicament pour des problèmes artériels se sont vu avoir deux problèmes guérir plutôt qu’un.

« Je pense qu’aujourd’hui, le premier frein qui peut nous arrêter, c’est malheureusement devenu l’argent. Je ne peux pas te donner de nom de médicament car ils n’ont jamais vu le jour puisque la demande financière afin de pouvoir le concevoir était beaucoup trop haute et elle n’aura jamais été rentable. Les projets ont donc dû être annulés et remplacés par des moins coûteux. »

Il faut que chaque citoyen sache tout le travail qui se cache derrière ces boîtes délivré par nos médecins. Il faut aider à l’évolution, à la découverte. Personne n’est passif, chacun pourrait contribuer à la recherche en étant volontaire pour des tests ou encore donateur pour des associations qui poussent à le recherche telle que Télé vit.

On estime finalement que sur 10 000 molécules criblées, 100 seulement sont testées pour aboutir à 10 médicaments candidats, dont 1 seul est finalement commercialisé. Alors ne perdons pas de temps et investissons nous d’avantage.

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Les soins de santé Belge au top 5 de l’Europe !

Frais médicaux Creative Commons CC0.

En 2019, le rapport annuel du think thank suédois, Health Consumer Powerhouse a classé la Belgique en 5ème position des pays d’Europe possédant les meilleurs soins de santé, néanmoins une partie importante de la population n’arrive pas à avoir accès aux services de soins de santé pour des raisons majoritairement financières.

 Depuis la crise de 2008 l’inégalité d’accès aux soins de santé n’a fait que qu’augmenter en Belgique. Même si le pays couvre 99% de sa population par une sécurité sociale couvert ou pas, il y a encore des personnes qui ne bénéficient pas des soins dont ils ont besoin.

Médecins du monde estiment que 600.000 Belges vivent actuellement dans la pauvreté. Une personne sur quatre reporte ou annule ses soins pour des raisons financières. La situation a empiré chez les personnes disposant de faibles revenus. En 2011 les chiffres indiquaient que 4,3% de ces personnes n’avaient pas accès aux soins alors qu’aujourd’hui ce chiffre a doublé et a atteint les 8%. « Nous fessons toujours des choix économiques parce que nous sommes dans des cellules familiales. Il y a des personnes qui véritablement ont pris la décision de repousser leurs soins de santé à cause de leur coût. Vous avez des gens qui se disent je ne vais pas pouvoir boucler la fin du mois. Donc J’irai chez le médecin le mois d’après. Et ça ce sont des choix qui sont injustes dans notre société égalitaire. Mais s’il y a bien quelque chose sur lequel on en est très ferme, c’est que la santé n’est pas un bien comme les autres. C’est un droit. » déclare François Fille des médecins du monde.

Des soins de santé trop cher ?

Les coûts des soins de santé sont très élevés en Belgique. La part des dépenses à la charge des patients est parmi la plus haute d’Europe. Selon une étude de l’ONG Médecins du monde. Un ménage dépense 1.100 euros par an en moyenne en soins non remboursés.

Alors que 99% les belges sont couverts par une sécurité sociale le nombre de personnes qui report ses soins pour des raisons financières est de 12% en Flandre 23% à Bruxelles ce qui veut dire près d’un Bruxellois sur quatre reportes ses soins par manque de moyens. 19% des belges ne peuvent pas se payer une simple visite chez le dentiste. « La diminution du coût exorbitant de certains médicaments aidera à allégées les frais qui pèsent sur ces personnes fragiles. Les entreprises pharmaceutiques continuent pour certaines maladies orphelines ou certaines pathologies a demandé des traitements spéciaux et coûteux. Alors que leur client principal c’est la sécurité sociale. L’exclusion des soins de santé de ces populations à un coût. Il faudrait que ces entreprises pharmaceutiques baissaient le coût des médicaments.  Nous pourrions alors investir plus dans la prévention qui coûte énormément moins cher que les soins curatifs. » explique François fille

Notre pays a la qualité de procurer aux patients un rendez-vous avec un médecin très rapidement. Malgré cette accessibilité pratique, certains ne prend même pas la peine d’aller en consultation car il n’arrive pas à se procurer le montant nécessaire. La mutuelle devrait remboursé directement la moitié de la somme, à la place du patient qui doit payer tout le montant. Le montant des allocations de famille fournies par le CPAS devrait être rehaussé parce qu’il reste très minime.

La Belgique un système qui exclut ?

Outre le problème financier, il faut acquérir ces deux conditions pour accéder aux soins de santé en Belgique.

•         Avoir un statut administratif (être inscrit au registre national)

•         Le domicile (avoir une adresse de référence).

Remplir ces deux conditions est très difficile pour certaines, telles que les sans-abris, les demandeurs d’asile et les primo-arrivants. C’est que la Belgique a un système qui exclut. Selon le rapport de l’OMS campagne reporter il semblerait que 1% de la population soit exclue des soins. La population qui vit dans la précarité non pas à cause de leur faible revenu mais à cause de leur statut administratif. Ils ne sont pas couverts socialement ils n’ont droit qu’à des mesures d’exception qu’on appelle la nuit d’aide médicale urgente qui est très compliquée à obtenir. Ils doivent faire face à un ensemble de contraintes administratives et bureaucratiques qui prennent du temps.

Une bonne santé passe par la communication ?

Communication entre un médecin et sons patient : Creative Commons CC0

Des facteurs tels qu’un problème de communication, le manque de connaissances du système de santé, des déférences culturelles rend aussi l’accès aux soins de santé difficile. « Il y a une barrière culturelle qu’il faut savoir détruire. Les soins doivent être appropriés en fonction des besoins de la personne, elle doit pouvoir être communiquée au patient qui comprend un traître mot de ce qu’on leur raconte. Pour cela Il faut des interprètes auprès du personnel de soins et notamment dans les structures publiques. Il faut donner les moyens en ressources humaines de pouvoir justement constituer un filtre positif et de communication entre le patient et le docteur. » indique François fille.

Les soins de santé en Belgique satisfaisants ?

En 2018 une étude montre que 77% des belges se trouvent en bonne santé. Seulement les personnes à faible revenu, les migrants, les primo arrivent et les sans abris qui n’ont pas pu payer ses soins de santé préventivement perdent 10 années d’espérance de vie en bonne santé, ce qui nous pousse à réfléchir aux systèmes de santé.

Il y a aussi l’impact psychologique de cette inégalité d’accès aux soins de santé sur ces patients. Comme la dépression, le Burn out, une lutte quotidienne à un impact psycho-social sur votre vie, votre mentale sur ceux de vos proches et sur ceux de vos enfants, les personnes qui en ont assez de moyens peuvent bénéficier d’une prise en charge psychologique appropriée. Mais imaginez ceux qui n’ont pas les moyens. Les soins de santé mentaux sont des soins qui sont chers et pas entièrement recouverts par la Sécurité sociale on parle alors d’exclusion. On n’a l’impression que nos systèmes de soins ne s’adressent pas aux besoins de ces populations fragiles.

Les dépenses de santé par personne par ans en Belgique sont énormes. Et on n’arrive toujours pas à couvrir la totalité de la population dans ce pays. Nous avons les moyens de faire beaucoup mieux.

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Les prix des médicaments sont de plus en plus élevés : est-ce grave, Docteur ?

Les prix des médicaments

Les prix des médicaments en Belgique sont trop élevés et cette tendance ne fait que se confirmer. Ces prix sont-ils vraiment justifiés ? Devons-nous nous inquiéter de savoir si nos médicaments pourront encore être remboursés ? C’est ce que nous avons cherché à savoir.

Chacun le constate, les prix des médicaments en Belgique sont trop chers et même de plus en plus chers, notamment par rapport à nos voisins, au point que certains Belges n’hésitent pas à aller les acheter en France ou aux Pays-Bas.

Pour de nombreux experts, les conséquences à terme sont très inquiétantes. Pour Mme Julie Frère, porte-parole francophone de Test-Achats, magazine de défense des droits des consommateurs que nous avons rencontrée, ce prix trop élevé des médicaments risque de poser à terme un grave problème de santé publique. En raison des coûts de plus en plus élevés des médicaments, le budget de l’assurance maladie est en train d’exploser et on devra peut-être refuser de rembourser certains médicaments ou n’autoriser leur remboursement que pour certaines catégories de personnes comme les malades les plus atteints. D’après Mme Martine Van Hecke, experte Santé à Test-Achats, c’est déjà le cas, par exemple, pour le Sovaldi, un médicament très efficace contre l’Hépatite C.

Mais au fait : qui fixe les prix ?

Mme Van Hecke nous rappelle quant à elle que « c’est le SPF Economie qui détermine le prix des médicaments, et il consulte pour cela une commission « prix-médicaments » où sont présents différents partenaires ». La fixation des prix se fait donc par une négociation entre les firmes pharmaceutiques, l’INAMI (l’Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité, qui se charge du remboursement des soins de santé) et l’Etat. L’Etat intervient donc bel et bien dans la négociation, et c’est même le ministre qui a le dernier mot sur le prix final, mais d’après Mme Van Hecke, « L’Etat n’a pas assez de données pour décider si le prix est juste ou non », notamment en raison du manque de transparence des sociétés pharmaceutiques.

En effet, les sociétés pharmaceutiques utilisent toujours l’argument du coût de la recherche pour justifier le prix élevé des médicaments, mais il est très difficile de vérifier leurs informations car elles refusent de donner les détails sur leurs procédures de Recherche et Développement (R&D). Elles essaient évidemment toujours d’obtenir le prix de vente le plus élevé possible pour leurs nouveaux médicaments mis sur le marché, et ces derniers temps ces prix ont atteint des sommes ahurissantes, en particulier pour les médicaments contre le cancer ou contre les maladies orphelines. On se souvient de la petite Pia, atteinte d’amyotrophie spinale, une maladie héréditaire mortelle dont le traitement fourni par un laboratoire américain coûtait 1,9 million d’euros.

Publiée par TeamPia sur Vendredi 11 octobre 2019
La petite Pia et sa maman, atteinte d’une maladie mortelle dont le traitement, non remboursable, coûtait la somme ahurissante de 1,9 million d’euros.

Une course folle au profit

Test-Achats dénonce cette course au profit extrême menée par les sociétés pharmaceutiques, dont une autre pratique pose question : il s’agit du procédé par lequel une firme pharmaceutique rachète un ancien médicament qui a fait ses preuves et qui est vendu à très bas prix, puis le relance sur le marché en l’ayant à peine modifié, mais en demandant un prix exorbitant. Comme le souligne la journaliste Anne Liesse dans une note parue sur le site de l’Institut Emile Vandervelde, cette pratique conduit à un rapport de force asymétrique entre les autorités et les firmes pharmaceutiques et influence considérablement la fixation du prix des médicaments. Liesse donne également l’exemple d’une firme italienne qui « a abusé de son monopole sans aucun scrupule en multipliant par plus de 300 fois le prix d’un médicament traitant une maladie génétique rare mortelle, passant de 38 euros à 12.750 euros. » Test-Achats a d’ailleurs déjà déposé cinq plaintes auprès de l’autorité belge de la concurrence contre ce genre de pratiques permises par le monopole des firmes pharmaceutiques sur certains médicaments.

Une autre pratique de cette industrie pose question : certaines firmes pharmaceutiques bénéficient de soutiens financiers publics pour la Recherche et le Développement des aides, qui peuvent se chiffrer en millions d’euros. Anne Liesse explique ainsi que « ces recherches fondamentales qui aboutissent à la découverte de nouveaux médicaments sont financées en grande partie par les contribuables. Pourtant, ces fonds publics, investis dans une recherche visant à produire un bien collectif (de nouvelles connaissances), se retrouvent privatisés lors de la phase de développement des médicaments. Le contribuable paie donc doublement : d’abord, pour financer une grande partie de la recherche qui participe au développement des médicaments (via l’impôt), ensuite en payant des prix exorbitants lorsque ces nouveaux médicaments sont mis sur le marché (via les cotisations sociales et en tickets modérateurs). »

Enfin, les experts dénoncent le manque de transparence dans la négociation entre l’Etat et les firmes pharmaceutiques, qui empêche un véritable contrôle démocratique sur ces pratiques. Ici est notamment pointé le rôle des lobbys pharmaceutiques qui sont extrêmement influents en Belgique…

Que peut-on faire ?

Des solutions existent pourtant. C’est d’abord au niveau européen que les Etats devraient s’allier pour négocier un prix « normal » avec les firmes pharmaceutiques, car celles-ci n’hésitent pas à jouer un Etat contre l’autre dans un secteur pourvoyeur d’emplois hautement qualifiés.

La deuxième priorité serait de mettre fin aux négociations secrètes entre les Etats et les firmes pharmaceutiques afin de permettre aux citoyens d’exercer un véritable contrôle démocratique sur l’ensemble des systèmes. Plus de transparence de la part des sociétés pharmaceutiques sur les véritables coûts de la Recherche serait nécessaire.

Par ailleurs, l’Autorité de la Concurrence doit beaucoup plus jouer son rôle, notamment au niveau européen, pour mettre fin aux abus des situations de monopole.

Une autre solution proposée par les experts serait que les investissements et les aides des Etats dans la Recherche et le Développement soient conditionnés à la fin du processus par une commercialisation du produit à un prix raisonnable, c’est-à-dire abordable pour les assurances maladie.

À plus long terme, il faudra peut-être revoir le modèle de développement du secteur avec une meilleure coordination public-privé, avec plus d’investissements des services publics, et une recherche de nouveaux médicaments fondés sur les besoins réels de la société et des citoyens.

Pouvons-nous être optimistes quant à la résolution de ce problème de plus en plus aigu ? Pas vraiment. L’experte Santé de Test-Achats se dit même franchement pessimiste à court terme tant les intérêts financiers sont élevés : « Le problème est à l’agenda politique, des propositions de lois sont en préparation, notamment sur le contrôle démocratique de l’ensemble du processus, mais pour le moment, il n’y a rien de vraiment concret. » Mais cela n’empêche pas que des actions de sensibilisation soient menées, telle cette campagne lancée par Test-Achats en partenariat avec Médecins du Monde, qui a récolté plus de 9.000 signatures en Belgique et plus de 250.000 en France.

C’est le signe que le citoyen est conscient du danger et est prêt à se mobiliser pour éviter un jour de se retrouver dans une situation où certains médicaments seraient réservés à une élite financière, tandis qu’ils resteraient inaccessibles pour le commun des mortels…

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Être en bonne santé, une histoire d’argent ?

Pixabay Licence . Image libre de droit

Le dicton dit que « Un homme pauvre en bonne santé est déjà à moitié riche », mais ! En Belgique, est-ce qu’un homme pauvre sait être en bonne santé ?

L’étude réalisée par Solidaris révèle que le nombre de décès avant 65 ans est deux fois plus élevé pour les personnes issues d’un milieu précaire que celles issues d’un milieu plus aisé. En effet pour une population de 150.000 personnes, il y a 402 décès parmi les personnes les plus pauvres contre 174 décès parmi les personnes les plus riches . Comment expliquer ces inégalités de santé ?

Plus vulnérables depuis la naissance

L’inégalité sociale de santé commence déjà depuis la naissance. L’étude de Solidaris a découvert aussi que dès la naissance, le pourcentage de personnes en situation de handicap est déjà deux fois plus élevé parmi les personnes plus précaires. Plus on descend dans l’échelle sociale, plus le pourcentage de personnes en situation de handicap augmente. Les maladies chroniques sont aussi plus fréquentes et causent plus de problèmes chez les plus précaires. Le nombre de personnes portant le diabète est plus élevé dans le groupe social le plus bas. Solidaris estime qu’il y a 43 % de personnes diabétiques en plus parmi les personnes précarisées par rapport à la moyenne de la population. Les diabétiques sont donc deux fois plus nombreux chez les pauvres que chez les riches.

« Prévenir ça coûte moins cher que guérir »

Ensuite, il y a un problème de conscientisation dû au manque de prévention. En effet, le mode de vie et le comportement préventif pourraient atténuer les effets néfastes pour la santé. L’alcool, le tabac et le sucre, par exemple, sont des maladies non transmissibles qui tuent des millions de personnes dans le monde. Chaque année, 16 millions de personnes sont décédées prématurément des suites de maladies non transmissibles, faute de prévention énonce une étude de l’OMS ( L’Organisation Mondiale de la Santé). Les décès prématurés dus à des maladies non transmissibles pourraient être évités par des politiques anti-tabac, anti-alcool et en faveur d’activités sportives. Les plus pauvres, passent outre également des campagnes de dépistage, par exemple pour le cancer du sein, les femmes précarisées sont respectivement 14% moins dépistées que celles qui ont les moyens. Les campagnes de sensibilisation à la contraception ont également du mal à toucher les adolescentes dans les milieux plus défavorisés. On compte jusqu’à 7,5 fois plus de mères adolescentes parmi les plus précaires. « Prévenir ça coûte moins cher que guérir, à condition qu’on en ait les moyens » à énoncé lors d’une interview le docteur Assya Guermit .Médecin généraliste au centre de soins Santé Sans Frontière, un centre qui soigne des patients allant de la très basse classe à la classe moyenne . Selon elle les plus précaires ,certes, ne sont pas assez préventifs, mais que ça va à leur avantage de ne pas l’être .Parce que manger équilibré, faire des dépistages ou pratiquer un sport ça coûte de l’argent.

Plus de prévention médicale sauverait des millions de personnes . Pixabay Lience. Image libre de droit.

Aussi ,comme l’approuve le Dr. Guermit , il s’avère que les personnes pauvres ont tendance à avoir une certaine réticence à l’idée de se soigner ou de se faire simplement consulter. Soit ils minimisent la gravité de la douleur qu’ils ressentent et du coup ne font rien. Soit ils se réfèrent à des remèdes de grand-mère parfois plus efficaces que certains médicaments certes . Et la plupart du temps, ces personnes réticentes s’auto-consultent sur Internet via des sites « santé », qui s’annonce être une mauvaise idée pour cause de leur fiabilité négligente.

Les intellectuels vivent plus longtemps.

Plus le niveau d’étude est élevé, plus l’espérance de vie sera longue. Voici quelques chiffres : les personnes diplômées de l’enseignement supérieur de type long vivent en moyenne 3 à 5 ans de plus que les personnes sans diplôme, ces diplômés vivent en bonne santé en moyenne 18 à 25 années de plus et « seulement » un tiers des personnes diplômées sont entre surpoids contre plus de la moitié des personnes sans diplôme ou diplômées de l’enseignement primaire.

D’après le Dr. Guermit ,le fait de ne pas parler la langue du pays handicape aussi les personnes les plus précaires à accéder aux soins de santé. Un bon nombre de personnes n’ont pas accès aux soins du au fait qu’ils ne sont pas en ordre administrativement. Un système d’aide appelé le kit de communication a été inventé par la mission handicap de l’AP-HP et mis à disposition dans certains hôpitaux français qui ne devrait pas tarder à arriver chez nous en Belgique :

Le kit de communication visant à aider les personnes ne parlant pas la langue du pays

Les différences de conditions de vie entre les riches et les pauvres ? (En chiffres)

 « Les individus les plus avantagés du point de vue socio-économique ont par exemple un meilleur accès aux soins de santé, aux services de prévention, aux installations sportives, à une alimentation saine ou une meilleure salubrité des milieux locaux de vie comme le quartier, l’école, le travail ou le logement » énonce la recherche TAHIB (Tackling Health Inequalities in Belgium)

Les chercheurs ont aussi remarqué que le stress généré par des « situations sociales hostiles » peut se traduire par une plus grande consommation de produits néfastes pour la santé, comme le tabac par exemple. Mais aussi et surtout le stress en lui-même a des effets pathogènes et cause une plus grande vulnérabilité à la maladie de façon générale.

« Moins tu es riche moins tu paieras pour ta santé »

De plus en plus de centres d’aide sont créés pour les personnes en difficulté. Les maisons médicales où les soins sont gratuits, les centres de soins de santé et le CPAS par exemple, sont des aides spécialement dédiées pour les personnes précaires. « Et c’est là que l’on remarque qu’au final les personnes précaires ne sont pas plus dérangées financièrement que la classe juste au dessus «  énonce le Dr.Guermit pour expliquer ce qu’elle entend par « Moins tu es riche moins tu paieras pour ta santé ».

Finalement, les inégalités de santé ne s’expliquent pas seulement par les ressources financières mais sont associées à d’autres facteurs liés aux inégalités. Si l’on veut réduire les inégalités de santé, c’est donc aussi aux causes de la pauvreté elle-même qu’il faut s’attaquer.

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