Faut-il souffrir pour être mannequin ?

Certains mannequins luttent chaque jour contre des problèmes de santé.
Image par Ahmad Ardity de Pixabay

Pression psychologique, déséquilibre alimentaire, dépression et même suicide … La santé physique et mentale de nos mannequins est mise à rude épreuve. Être la star des grands créateurs en gardant une vie saine : possible ou impossible ?  Mais qui est responsable des problèmes de santé que rencontrent bon nombre de modèles ?

qu’elles soient mentales ou physiques, nous ne sommes pas sans savoir que nos mannequins souffrent d’affections diverses pouvant mettre leur santé en péril. Les créateurs dessinent des tenues afin qu’elles soient portées par des femmes à la silhouette parfaite, mettant leur collection en valeur. Par conséquent, régime à répétition, boulimie ou même anorexie peuvent devenir le quotidien de ces mannequins si elles ne sont pas correctement encadrées. Des études ont démontré qu’un mannequin sur quatre de l’âge de 16 ans s’inflige des restrictions alimentaires menant à des carences importantes. De même, 40% des mannequins souffrent de troubles de l’alimentation.

Marie Guérin, rédactrice en chef du magazine ELLE, nous informe sur la santé des mannequins qu’elle a pu fréquenter durant ses shootings. La boulimie et/ou l’anorexie sont des sujets hyper personnels, comme l’explique la jeune trentenaire. Il lui est arrivé de voir des mannequins se goinfrer de Mc Donald’s et être fines comme des fils de fer, d’en voir certaines manger seulement deux pommes sur la journée ou encore d’autres qui étaient totalement en équilibre, qui faisaient du sport, mangeaient sainement, etc. Chacun son rythme de vie.

Règlement respecté ?

Par conséquent, plusieurs lois ont été créées afin d’améliorer le suivi des mannequins. Premièrement, la « loi santé », promulguée le 26 janvier 2016 et aujourd’hui plus connue sous le nom de « loi mannequin » comprend deux conditions : la première est que tous les mannequins devront être accompagnées d’un certificat médical. Et pour les photographes, ceux-ci devront mentionner « Photoshop » sous toutes les photos qui auront été retouchées. Deux autres maisons, LVMH et Kering, se sont également réunies pour établir une charte favorisant les relations de travail avec les modèles. La première règle reprend celle de la loi mannequin à condition que le certificat ait été obtenu six mois avant la séance photo ou le défilé. Toutes les maisons LVMH et Kering se sont engagées à supprimer la taille féminine 32 et la taille masculine 42 (française) de leurs exigences. Aucun mannequin de moins de 16 ans ne sera autorisé a poser ou à défiler pour une marque dédiée aux adultes. Enfin, pour accompagner les mannequins exprimant leurs besoins, les Maisons devront mettre à leur disposition un psychologue et/ou un psychothérapeute.

Notre talentueuse rédactrice en chef pense cependant que ces chartes ne sont pas toujours respectées : « Si je choisis un mannequin pour un shooting, que j’aime ce qu’elle dégage et sa personnalité, je ne fais pas attention à sa taille de pantalon ( si je vois qu’elle n’est pas maigre ). Quand je dois aller chercher les pièces échantillons qui sont disponibles pour la presse, je me rends bien compte que les vêtements sont en taille 34 et non en 38-40. »

Des inégalités au niveau des salaires

Pour un mannequin fin tel que Bella Hadid, le salaire serait plus élevé que pour Ashley Agraham, mannequin grande taille. D’après le site Votresalaire, Ashley gagnerait annuellement plus de 4,5 millions d’euros. Hors, le salaire de Bella s’élèverait lui à près de 11 millions, soit plus du double que celui de la mannequin XL. Mais pourquoi une telle différence ? « Tout simplement parce que le salaire d’une mannequin ne se traduit pas seulement en cachet par défilé mais aussi avec toutes les collaborations et sponsorings de publicité » , exprime Marie Guérin. Il est donc évident que la mannequin dite classique est bien plus demandée que la mannequin « plus size », ce qui explique le salaire plus élevé.

Un témoignage qui choque

« Les gens me disaient souvent que je menais une vie de rêve mais si vous regardez un peu plus loin que les apparences, vous pouvez voir que l’industrie de la mode est beaucoup moins glamour qu’elle n’en a l’air. »

On pourrait se demander si les créateurs ont conscience que les filles qui portent leur créations ne sont pas toujours au top, niveau santé. Certains ne s’en préoccupent peut-être pas, pour d’autres, c’est presque une priorité. Prenons l’exemple de « Pasarela Cibeles ». Alors qu’elle fête son 44ème événement principal de la mode de Madrid en 2006, Mercedes-Benz Fashion Week Madrid rejette cinq modèles en raison d’un poids insuffisant. La masse corporelle des mannequins souhaitant défiler ne pouvant pas être en dessous de 18, soit 56 kg pour 1,75 mètre. Il existe donc des créateurs qui se soucient de leurs collaborateurs. D’autres fermeront peut-être les yeux sur cet aspect pour toujours.

Un changement progressif

Alors que l’industrie de la mode prône la jeunesse et les corps fins, l’agence russe Oldushka n’a pas décidé de suivre cette idée. En effet, cette agence créée par Igor Gavar chamboule et heurte beaucoup d’esprits. Cette agence a pour particularité de n’engager que des seniors. « Oldushka » vient de « old » et « babouchka » ce qui signifie : vieille grand-mère . Mettant en avant les cheveux blancs et les rides, le photographe et créateur de l’agence, a pour objectif de montrer la beauté de l’humain, quel que soit son âge ou son physique. Ce n’est pas parce qu’on a 80 ans que la beauté ne fait plus partie de nous !

Les différences physiques sont de plus en plus acceptées dans l’industrie de la mode.

Photo de Anna Shvets provenant de Pexels

Cela fait quelques années qu’on constate également une évolution dans les campagnes publicitaires. On accentue la diversité des corps, les différentes couleurs de peau, les particularités physiques, etc… Marie confirme et nous confie sa pensée : « A un moment donné, on a mis en valeur les lectrices, les clientes et on a simplement décidé de refléter la société. Je pense que c’est une démarche qui est venue d’abord des vraies femmes qui, via les réseaux sociaux et via leurs actes d’achats, ont montré qu’elles voulaient être représentées par de vraies femmes. L’industrie a donc dû s’adapter à la demande de leurs consommateurs et j’en suis ravie. » Marie continue donc chaque jour de faire partager cette façon de penser à travers ses articles.

En 2009, le grand Karl Lagarfeld a dit : « Personne n’a envie de voir des femmes rondes sur le podium. Ce sont les grosses bonnes femmes assises avec leur paquet de chips devant la télévision qui disent que les mannequins minces sont hideuses.  » Marie Guérin ne perd pas espoir et dit :  » La sortie de la collection automne-hiver de Chanel avait fait tout un foin parce que la première mannequin body positive faisait une taille 40. Pareil pour le dernier défilé Versace ! Certaines mannequins avaient une taille bien plus élevée que 40 mais elles n’étaient que deux. Ça arrive petit à petit mais c’est encore compliqué. Néanmoins, c’est super que ces grandes marques qui étaient plutôt reticentes à la diversité des corps y adhèrent de plus en plus.  » On peut donc constater un début d’évolution des mentalités de la part de certaines grandes marques. Mais seul l’avenir nous dira si cet état d’esprit perdurera ou non.


Pour en savoir plus

Approfondir le sujet de la loi mannequin

Témoignage d’une mannequin indispensable aux yeux des grandes marques.

La relève des mannequins grande taille

Julie van Lierde

Je suis étudiante en communication à la Haute Ecole ISFSC. Si j’ai choisi cette école c’est parce qu’elle favorise la pratique à la théorie. Pour moi il est très important de pratiquer dès le début, c’est comme ça qu’on apprend le mieux. Passionnée de mode, je compte tout faire pour atteindre mes objectifs d’organisation de défilés. Un master est donc prévu pour l’événementiel !

Fashion VS Covid 19

Mais où sont passés nos mannequins durant cette pandémie de la Covid 19 ?

Un défilé de la fashion week pas comme les autres… Le masque est au rendez-vous ! Photo de nappy provenant de Pexels

C’est un fait ! L’industrie de la mode n’a pas été privilégiée durant cette mystérieuse période. Alors qu’une centaine de marques défilent habituellement lors de la Fashion week, cette année elles n’étaient que 83. De plus, les castings et shootings photos ont été supprimés ! Mais les grandes marques ainsi que nos mannequins ne s’arrêteront pas de poursuivre leurs objectifs pour autant.

Prenons l’exemple du créateur Jacquemus. Lui qui a créé sa marque en 2010 suite au décès de sa maman, ne s’arrête plus d’inventer et excelle dans son domaine. Alors que sa marque connaît un grand succès, il ne se permet pas de rater une Fashion week et cumule les idées originales.

Le confinement est arrivé et le jeune français a opté pour un shooting en FaceTime afin de montrer sa collection printemps-été 2020 ! N’est-ce pas une bonne idée ? Et pour ce faire, qui de mieux que la fabuleuse Bella Hadid !

« La mode doit être une forme d’échappatoire, et non une forme d’emprisonnement. »

Alexander Mc Queen, créateur de mode anglais

Des idées plus innovantes que jamais !

On peut donc conclure que la mode a vaincu ce virus ! Non seulement certains défilés ont pu avoir lieu, le masque est devenu presque un accessoire de mode et en plus, nos modèles ne se sont pas gênés pour faire leur promotion sur les réseaux sociaux. Nos mannequins ont brillé plus que jamais ces derniers mois et leur santé a pu être protégée de la Covid 19 grâce à leur téléwork.

Les mannequins essoufflés par les dictats de la haute couture

Le monde de la mode, les dictats de beauté, les médias poussent-ils mannequins et adolescents à tomber dans les méandres du perfectionnisme ?

 «Dans le monde de la couture, il est question de rêves et d’illusions. Personne ne veut y voir des femmes rondes », ainsi s’exprimait Karl Lagerfeld en 2010. Comment une personne aussi influente, une icône de la mode peut-elle autant exercer une pression qui conduit beaucoup de mannequins à tomber dans l’anorexie ? Selon L’UFAPEC, l’Organisation mondiale de la santé indique que les adolescents de 15 à 19 ans sont les plus touchés par l’anorexie.

Se regarder dans le miroir mais ne
Se regarder dans le miroir mais ne pas se voir réellement. Image par Tumisu de Pixabay

À tout juste 14 ans, Vlada Dzyuba, mannequin russe, est partie rejoindre les anges. Après avoir gagné un concours, l’adolescente a fait un voyage en Chine pour participer à des défilés. Elle se plaignait souvent de fatigue et avait des vertiges. Sa température ayant grimpé considérablement, Vlada a dû être hospitalisée et n’est alors jamais ressortie de l’hôpital. Elle nous a quittés en 2017 et serait décédée d’une méningite. Dans la même année, Consoglobe, publie que deux décrets seront d’application. Le premier obligeant à indiquer la mention “photographie retouchée” en-dessous d’une photo publiée. “Cela va peut-être sensibiliser les gens que certaines photos sont retouchées. Maintenant, pour les jeunes, leur influence de l’image de soi est principalement influencée par les réseaux sociaux. À force de modifier ses propres photos, on se décale de nous, on va chercher des liens à égaliser notre propre image et donc on va se différencier de ce qui est notre image réellement”, explique Antony Knott, nutritionniste et diététicien. Le second décret dit que les mannequins devront obligatoirement attester d’un certificat médical tous les deux ans, montrant qu’ils sont en bonne santé. Selon Antony, on peut toujours obtenir un certificat médical lorsqu’on se rend chez le médecin. Le médecin ne nous connaît peut-être pas et donc ne peut savoir si l’on a une pathologie. “Pour les grandes périodes de défilé, les mannequins peuvent se mettre en restrictions plusieurs semaines avant la période à défiler. Ils peuvent avoir certains comportements alimentaires qui vont rééquilibrer leur statut nutritionnel. C’est après cette période-là, qu’ils vont éventuellement chez un médecin, alors la biologie sera d’une certaine manière faussée “, exprime Monsieur Knott.  

Les critères de beauté dans le monde du mannequinat sont multiples. Se mettre en restrictions avant un défilé pour ne pas prendre de poids, pratiquer du sport intensif, avoir une hygiène de vie impeccable, c’est-à-dire, avoir toutes ses heures de sommeil, interdiction d’alcool et de drogues. « Sur un long terme notre corps n’est pas fait pour être en restriction complète. Vous n’allez pas pouvoir vous mettre en apnée non stop, vous allez pouvoir le faire quelque temps, si c’est trop long, vous allez devoir respirer. Si les troubles sont trop longs et que le corps est trop longtemps en carence nutritionnelle, le risque sur le long terme, c’est du mal-être psychique et un mal-être physique », explique Antony. Ces critères répétitifs peuvent engendrer des répercussions chez les mannequins. Cara Delevingne, mannequin, 28 ans, a subi le psoriasis. Maladie inflammatoire de la peau. Le modèle explique que la cause de sa maladie est due au stress de son travail. « C’est arrivé lors de la fashion Week, les gens mettaient des gants et ne voulaient pas me toucher », révèle le mannequin britannique.

Les conduites alimentaires et leurs conséquences …

Selon National Eating Disorder Association, 70 millions de personnes souffrent de troubles alimentaires. Georgina Wilkin, ex-mannequin chez Prada est tombée dans l’anorexie très jeune. Elle subissait beaucoup de pression des recruteurs disant qu’elle était trop grosse. « À un moment donné, je suis arrivée à un tel stade que j’ai été hospitalisée, et quelques semaines plus tard, j’étais embauchée pour une publicité Prada », confie Georgia dans le Sunday Times. D’après mirror-mirror.org, les personnes souffrant de troubles alimentaires vont s’automutiler parce qu’elles sont en colère contre elles-mêmes, elles se privent de nourriture et se font vomir, c’est aussi une forme d’automutilation. Les personnes anxieuses, addictives et dépressives vont aussi développer des troubles alimentaires. Il se peut aussi qu’on ait des troubles obsessionnels du comportement et qu’on se mette à compter le nombre de calories. L’image corporelle joue énormément sur ces troubles alimentaires causés. « Pour les patients souffrant d’anorexie, il y a souvent des affirmations de soi, qui tournent autour de la confiance soi. C’est quelque chose qui est à la fois, très sain et très compliqué. Il faut savoir que lorsqu’on a des troubles du comportement alimentaire, on peut souffrir de dysmorphophobie. Le fait d’être en décalage avec la propre vision de son corps. Une anorexique va se voir comme étant grosse. C’est une déformation mentale de la vision de soi », explique le nutritionniste Knott.

À la recherche de son identité

La culture de la mode et les dictats de beauté sont les éléments principaux qui joue sur notre estime de soi. Vouloir plaire aux autres, s’identifier à ses idoles. L’humain est un être social, il doit se sentir accepté au sein d’un groupe, sans ça, il aurait l’impression d’être dénué de raison. Durant la période de l’adolescence, l’humain se cherche, il a besoin de découvrir son identité propre. Il utilise les réseaux sociaux pour coexister avec ses groupes de pairs. Étant dans la génération Z, Il va sur les réseaux sociaux, sur ce vecteur publicitaire appelé Instagram. Ou la beauté exhibée est devenue un rêve à atteindre. Voyant sans cesse défiler des photos de mannequins retouchées et rêvant d’avoir le même corps . L’humain ne dissocie alors plus la réalité de l’idéal faussé.

« On a cette croyance à l’heure actuelle, que par un simple régime on va pouvoir changer sa structure, sa corporelle, son poids et éventuellement ses formes »

Antony Knott nutritionniste et diététicien

Les réseaux sociaux sont les nouveaux médias d’aujourd’hui, accessibles pour tous. Ils font partie de notre quotidien. Les médias peuvent entrainer l’addiction. La télévision, les séries, les films d’ados qui montrent une fille banale dans un lycée qui devient la fille la plus populaire que tout le monde rêve de devenir et qui sort avec le quarterback alias le plus beau mec du bahut. Cette adolescente est le modèle de toutes ces filles, elle a le dernier sac tendance et fait partie des pom-poms girls. Dans le monde réel, les pom-poms girls et quarterbacks, sont les célébrités qu’on voit défiler sur le feed Insta. Que ce soit des influenceurs, youtubeurs, mannequins, … Ils ont tous la vie parfaite qu’on rêve, le plus beau couple, la plus belle maison et ils ont surtout un beau physique. Si on atteint le même physique, alors on aura peut-être la même popularité, on sera aussi riche et on aura réussi notre vie. Les médias prônent l’utopie, il n’est pas question de montrer qu’un individu comme vous et moi, avons une vie dite « normal » avec des hauts et des bas. C’est toujours dans le parfait et la vie toute rose. Un moyen de perfection où seul les personnes ayant un corps aux normes sociales peuvent y accéder.

Vers une acceptation de soi

 « Au plus vous allez avoir autour de vous et dans votre champ visuel des corps différents au plus vous accepterez d’être différent. Au plus vous verrez des corps qui sont les mêmes, au plus vous ne trouverez pas ça normal si vous n’avez pas ce corps-là », affirme Antony Knott. En 1996, Connie Sobczak et Elizabeth Scott, deux militantes, ont créé l’association body positive. Elle a pour but de faire passer le message au grand jour que tous types de corps humains doivent être acceptables dans notre société. Qu’il faut s’accepter tel que l’on est et qu’il faut avoir une bonne image de soi.

Winnie Harlow, mannequin canadienne, d’origine jamaïcaine est atteinte du vitiligo. Maladie provoquant des plaques de dépigmentation sur la peau. Le mannequin qui fait fureur et dont toutes les agences veulent. « La véritable différence, ce n’est pas ma peau. C’est le fait que je ne trouve pas la beauté dans les opinions des autres. Je suis belle parce que je le sais. Célébrez votre beauté unique dès aujourd’hui (et tous les jours) » a-t-elle posté sur sa publication Instagram.

On peut observer qu’il y de plus en plus d’évolutions positives dans le monde de la mode comme des mannequins de toutes formes et de tous genres. « Au plus on aura de la diversité, dans les images que l’on pourra voir, au plus on facilitera aux jeunes de pouvoir s’aimer tel qu’ils sont. Présentez la diversité comme étant quelque chose de positif pour tout un chacun », conclut Antony Knott.


« Infos complémentaires « 

The Body Optimist est un site avec pleins de ressources qui aide pour la confiance en soi et un bon mindset. Il y a plusieurs onglets, psycho, mode, beauté, des témoignages et bien plus, …

MIATA asbl est une association qui vient en aide aux personnes ayant des troubles alimentaires.

Merve Eryilmaz

Etudiante à l’ISFSC en première année de communication. Promenades et écritures à mes heures perdues.

La première mannequin atteinte de Vitiligo

La diversité est de plus en plus acceptée dans le monde de la mode. Des filles de toutes origines, de toutes corpulences et de toutes couleurs défiles.

Une nouvelle forme de diversité. Georges Biard (CC BY-SA 3.0)

Winnie Harlow est atteinte d’une maladie de la peau appelée Vitiligo, ce qui ne l’a pas empêché à se créer une carrière dans la mode. Aujourd’hui, à 24 ans, elle défile pour les plus grands créateurs.

0,5 à 1% de la population serait atteint du vitiligo. C’ est une maladie physique (dépigmentation de la peau) qui ne possède pas d’ impact sur l’organisme, mais peut par contre provoquer des souffrances psychiques.

Une faiblesse devenue sa force

Winnie Harlow explique son parcours lors de l‘interview faite pour « Sept à Huit ». Plus jeune, la mannequin souffrait de sa maladie à cause du regard des autres. Avec le temps, elle a réussi à s’accepter et à aimer qu’elle soit différente. Elle s’est fait repérer sur les réseaux sociaux et a participé au concours « America’s Next Top Model ». Elle ne gagne pas mais se fait repérer par de grandes marque comme Diesel et Desigual.

L’exemple de cette mannequin nous prouve que le fait d’avoir une particularité physique ou mentale ne nous empêche pas d’atteindre des buts. Cela peut même parfois nous offrir plus d’opportunités qu’à une personne « ordinaire ». De plus, la particularité physique est devenue un atout dans le monde de la mode. Les créateurs ainsi que les agences sont à la recherche de nouveautés et veulent créer de la diversité.

« Je suis convaincu que la diversité est le moteur de la créativité »

Marco Bizzarri, président de Gucci

Anorexie et mannequinat font-ils toujours la paire ?

Le mannequinat, un métier qui fait rêver ! Des filles au corps de rêve, un monde rempli de paillettes. Mais que se cache-t-il réellement derrière tout ça ?

Entre 2001 et 2012, près de 30 mannequins sont décédés avec pour cause « l’auto-destruction ». L’anorexie est une maladie psychique qui touche de nombreux mannequins. Suite aux pressions qu’exercent les agences et les marques dans le milieu, les mannequins sont mis à rude épreuve aussi bien mentalement que physiquement. Finalement, ce métier ne mettrait-il pas autant voir plus en danger l’humain qu’un autre ?

Un critère omniprésent

Un critère de beauté important pour la majorité des femmes. Photo de Nick Bondarev provenant de Pexels

L’un des critères de beauté le plus connu est celui de la minceur, cela se retrouve beaucoup dans le milieu de la mode. On observe cette minceur sur les podiums, lors des défilés, dans les publicités de grandes marques, sur les réseaux sociaux… Bref, un peu partout

Mais qui impose ce critère là ? « C’est la société. Je pense que c’est clairement un problème sociétal et que le problème ne vient pas directement des marques, il vient un peu de nous. Le monde du mannequinat, c’est censé faire rêver, et je pense que le problème, c’est que la société comme elle est maintenant, n’est pas prête à voir autre chose que des filles minces sur les podiums, sur les photos« , explique Marine Dehossay, journaliste mode de « Boulette magazine ».

 » La société influe sur le souci de l’apparence […]. Mais la société peut-elle, de la même façon, influer sur l’apparition d’un souci pathologique de l’apparence ? »

Jean Tignol, psychiatre et psychothérapeute

Or, on pourrait remarquer une différence dans le milieu de la publicité où la minceur n’est pas un critère essentiel. Marine Dehossay raconte que les mannequins qu’elle a interviewés dans le cadre de son article « casting, rapport au corps…confessions de mannequins liégeoises » se redirigent après un certain moment vers le milieu de la publicité, car celui-ci est beaucoup plus ouvert et plus rentable.

L’anorexie est une maladie mentale due à des troubles de l’alimentation. La personne atteinte de cette maladie lutte contre la prise de poids et se prive de manger par peur de grossir. Les anorexiques contrôlent absolument tout ce qu’ils mangent, même si la faim est présente.

Lorsqu’on parle des pressions exercées sur les mannequins, les premières personnes à qui on pense sont les agences de mannequinat. Effectivement, ce sont elles qui possèdent le mauvais rôle de l’histoire, le bonnet d’âne. Mais si on se penche un peu plus sur le sujet, on remarque que le problème ne vient pas directement des agences en elles-mêmes. Marine Dehossay explique son hypothèse : « La pression psychologique, en fait, je dirais que c’est un cercle vicieux. Je pense qu’avant tout, la pression des agences vient des marques et que la pression que les marques ont, c’est la société. Les agences mettent la pression sur les mannequins et les mannequins sont les réceptacles de tout ça. »

Des solutions efficaces ?

Aujourd’hui, plusieurs solutions ont été mises en place. En 2017 est publiée la loi mannequin, cette loi impose que les photos retouchées pour affiner ou épaissir le modèle soient signalées en mentionnant « photo retouchée » . Mais également que les mannequins présentent un certificat médical prouvant que leur état de santé est bon. Également en 2017 apparaît la charte de bien être. Cette charte a été créée suite à la prise de conscience que les mannequins n’étaient pas traités correctement. 4 dates marquent cette prise de conscience. Le 6 janvier 2016, avec la publication du livre de Victoire Maçon Dauxerre qui raconte sa terrible histoire dans le monde du mannequinat. Le 28 février 2017 avec une dénonciation d’un post Instagram du grand directeur de casting James Scully. Le 22 mars 2017 avec un appel au témoignage de mannequin lancé par le site « models.com ». Et pour finir le 18 mai 2017, le mannequin Ulrikke Hoyer aurait été supprimée du défilé Vuitton car elle aurait pris du poids.

Mais cette loi, cette charte ont-elles un réel impact sur le bien-être et la santé des mannequins ? Marine Dehossay s’exprime : « Si c’est bien pris en compte par les marques, par les mannequins , par les créateurs… cela a un impact direct sur les spectateurs qui ne voient plus de silhouettes squelettiques. Mais je ne pense pas que ça ait un impact direct sur les mannequins. »

Malheureusement, comme on le voit grâce au tweet d’Olivier Véran, cela n’est pas pris au sérieux par certaines marques. Malgré la présence de cette loi et de cette charte, des marques continuent à avoir des mannequins avec un état physique mal au point.

De plus, Marine Dehossay trouve que l’on crée des solutions trop tard… On attend que les choses deviennent virales ainsi que médiatisées pour réagir !

Une ouverture d’esprit

De nos jours, on peut remarquer que le domaine de la mode a fait des progrès en ce qui concerne la sélection des mannequins. En effet, que le mannequin soit blanc, noir, ronde ou qu’il/elle possède une caractéristique physique, chacun a sa chance d’être accepté. Actuellement, les maisons de couture sont fières de faire défiler des mannequins de beauté diverses avec leur création. Certes, on constate une grande évolution à ce niveau-là, mais il n’est pas encore présent partout dans le monde. Selon Marine Dehossay la diversité est quelque chose d’essentiel mais également obligatoire dans la vie. Il faut briser les codes et aller au-delà des critères de base.

« Lors de mes interviews, quelques noms de femmes inspirantes sont ressortis ; Winnie Harlow (atteinte de vitiligo) ou Ashley Graham (mannequin grande taille) qui inspirent les mannequins actuels et qui les encouragent à être elles-mêmes. Mais aussi en août 2019, Valentina Sampaio est devenue la première mannequin ouvertement transgenre de la marque Victoria’s Secret », exprime Marine Dehossay.

Actuellement, le monde de la mode essaie d’évoluer et de mettre en place certaines choses pour que le mannequin se sente mieux et qu’il soit en bonne santé. Des lois ont été créées, une ouverture à la diversité apparaît… Malheureusement, il reste des chats noirs qui ne prennent pas en compte tout cela. Tant que la société ne sera pas totalement en accord avec le fait qu’il faut bannir les filles maigres des podiums et laisser place à des filles en bonne santé et bien dans leur corps, l’anorexie ne disparaîtra pas du monde de la mode.

En 2016, Victoire Maçon Dauxerre, ex-mannequin, publie un livre pour expliquer l’envers du décor du monde du mannequinat. « J’ai commencé à découper ma pomme en petits morceaux pour qu’elle puisse remplir une assiette et me donner le sentiment de réellement manger un repas. J’ai répété l’opération trois fois par jour, le tout arrosé de coca light pour me remplir le ventre d’air. Les chewing-gums aussi remplissaient bien cette fonction« . Ne serait-il pas temps que les mannequins prennent du plaisir et ne se préoccupent plus de ce qu’elles peuvent manger ou non ?


Pour en savoir plus

En ce qui concerne la charte de bien d’être

Témoignage d’une ancienne mannequin

La diversité dans le milieu de la mode

Une étudiante très stressée

En première année de communication à l’ISFSC. Ayant déjà fait une année à l’IHECS, je connais déjà l’option, mais ce n’est pas pour autant que le stresse se fait moindre. Malgré la dose de stresse qui est toujours présente, j’aime ce que je fais, et j’espère que cela se voit dans mon travail.