Les mannequins essoufflés par les dictats de la haute couture

Le monde de la mode, les dictats de beauté, les médias poussent-ils mannequins et adolescents à tomber dans les méandres du perfectionnisme ?

 «Dans le monde de la couture, il est question de rêves et d’illusions. Personne ne veut y voir des femmes rondes », ainsi s’exprimait Karl Lagerfeld en 2010. Comment une personne aussi influente, une icône de la mode peut-elle autant exercer une pression qui conduit beaucoup de mannequins à tomber dans l’anorexie ? Selon L’UFAPEC, l’Organisation mondiale de la santé indique que les adolescents de 15 à 19 ans sont les plus touchés par l’anorexie.

Se regarder dans le miroir mais ne
Se regarder dans le miroir mais ne pas se voir réellement. Image par Tumisu de Pixabay

À tout juste 14 ans, Vlada Dzyuba, mannequin russe, est partie rejoindre les anges. Après avoir gagné un concours, l’adolescente a fait un voyage en Chine pour participer à des défilés. Elle se plaignait souvent de fatigue et avait des vertiges. Sa température ayant grimpé considérablement, Vlada a dû être hospitalisée et n’est alors jamais ressortie de l’hôpital. Elle nous a quittés en 2017 et serait décédée d’une méningite. Dans la même année, Consoglobe, publie que deux décrets seront d’application. Le premier obligeant à indiquer la mention “photographie retouchée” en-dessous d’une photo publiée. “Cela va peut-être sensibiliser les gens que certaines photos sont retouchées. Maintenant, pour les jeunes, leur influence de l’image de soi est principalement influencée par les réseaux sociaux. À force de modifier ses propres photos, on se décale de nous, on va chercher des liens à égaliser notre propre image et donc on va se différencier de ce qui est notre image réellement”, explique Antony Knott, nutritionniste et diététicien. Le second décret dit que les mannequins devront obligatoirement attester d’un certificat médical tous les deux ans, montrant qu’ils sont en bonne santé. Selon Antony, on peut toujours obtenir un certificat médical lorsqu’on se rend chez le médecin. Le médecin ne nous connaît peut-être pas et donc ne peut savoir si l’on a une pathologie. “Pour les grandes périodes de défilé, les mannequins peuvent se mettre en restrictions plusieurs semaines avant la période à défiler. Ils peuvent avoir certains comportements alimentaires qui vont rééquilibrer leur statut nutritionnel. C’est après cette période-là, qu’ils vont éventuellement chez un médecin, alors la biologie sera d’une certaine manière faussée “, exprime Monsieur Knott.  

Les critères de beauté dans le monde du mannequinat sont multiples. Se mettre en restrictions avant un défilé pour ne pas prendre de poids, pratiquer du sport intensif, avoir une hygiène de vie impeccable, c’est-à-dire, avoir toutes ses heures de sommeil, interdiction d’alcool et de drogues. « Sur un long terme notre corps n’est pas fait pour être en restriction complète. Vous n’allez pas pouvoir vous mettre en apnée non stop, vous allez pouvoir le faire quelque temps, si c’est trop long, vous allez devoir respirer. Si les troubles sont trop longs et que le corps est trop longtemps en carence nutritionnelle, le risque sur le long terme, c’est du mal-être psychique et un mal-être physique », explique Antony. Ces critères répétitifs peuvent engendrer des répercussions chez les mannequins. Cara Delevingne, mannequin, 28 ans, a subi le psoriasis. Maladie inflammatoire de la peau. Le modèle explique que la cause de sa maladie est due au stress de son travail. « C’est arrivé lors de la fashion Week, les gens mettaient des gants et ne voulaient pas me toucher », révèle le mannequin britannique.

Les conduites alimentaires et leurs conséquences …

Selon National Eating Disorder Association, 70 millions de personnes souffrent de troubles alimentaires. Georgina Wilkin, ex-mannequin chez Prada est tombée dans l’anorexie très jeune. Elle subissait beaucoup de pression des recruteurs disant qu’elle était trop grosse. « À un moment donné, je suis arrivée à un tel stade que j’ai été hospitalisée, et quelques semaines plus tard, j’étais embauchée pour une publicité Prada », confie Georgia dans le Sunday Times. D’après mirror-mirror.org, les personnes souffrant de troubles alimentaires vont s’automutiler parce qu’elles sont en colère contre elles-mêmes, elles se privent de nourriture et se font vomir, c’est aussi une forme d’automutilation. Les personnes anxieuses, addictives et dépressives vont aussi développer des troubles alimentaires. Il se peut aussi qu’on ait des troubles obsessionnels du comportement et qu’on se mette à compter le nombre de calories. L’image corporelle joue énormément sur ces troubles alimentaires causés. « Pour les patients souffrant d’anorexie, il y a souvent des affirmations de soi, qui tournent autour de la confiance soi. C’est quelque chose qui est à la fois, très sain et très compliqué. Il faut savoir que lorsqu’on a des troubles du comportement alimentaire, on peut souffrir de dysmorphophobie. Le fait d’être en décalage avec la propre vision de son corps. Une anorexique va se voir comme étant grosse. C’est une déformation mentale de la vision de soi », explique le nutritionniste Knott.

À la recherche de son identité

La culture de la mode et les dictats de beauté sont les éléments principaux qui joue sur notre estime de soi. Vouloir plaire aux autres, s’identifier à ses idoles. L’humain est un être social, il doit se sentir accepté au sein d’un groupe, sans ça, il aurait l’impression d’être dénué de raison. Durant la période de l’adolescence, l’humain se cherche, il a besoin de découvrir son identité propre. Il utilise les réseaux sociaux pour coexister avec ses groupes de pairs. Étant dans la génération Z, Il va sur les réseaux sociaux, sur ce vecteur publicitaire appelé Instagram. Ou la beauté exhibée est devenue un rêve à atteindre. Voyant sans cesse défiler des photos de mannequins retouchées et rêvant d’avoir le même corps . L’humain ne dissocie alors plus la réalité de l’idéal faussé.

« On a cette croyance à l’heure actuelle, que par un simple régime on va pouvoir changer sa structure, sa corporelle, son poids et éventuellement ses formes »

Antony Knott nutritionniste et diététicien

Les réseaux sociaux sont les nouveaux médias d’aujourd’hui, accessibles pour tous. Ils font partie de notre quotidien. Les médias peuvent entrainer l’addiction. La télévision, les séries, les films d’ados qui montrent une fille banale dans un lycée qui devient la fille la plus populaire que tout le monde rêve de devenir et qui sort avec le quarterback alias le plus beau mec du bahut. Cette adolescente est le modèle de toutes ces filles, elle a le dernier sac tendance et fait partie des pom-poms girls. Dans le monde réel, les pom-poms girls et quarterbacks, sont les célébrités qu’on voit défiler sur le feed Insta. Que ce soit des influenceurs, youtubeurs, mannequins, … Ils ont tous la vie parfaite qu’on rêve, le plus beau couple, la plus belle maison et ils ont surtout un beau physique. Si on atteint le même physique, alors on aura peut-être la même popularité, on sera aussi riche et on aura réussi notre vie. Les médias prônent l’utopie, il n’est pas question de montrer qu’un individu comme vous et moi, avons une vie dite « normal » avec des hauts et des bas. C’est toujours dans le parfait et la vie toute rose. Un moyen de perfection où seul les personnes ayant un corps aux normes sociales peuvent y accéder.

Vers une acceptation de soi

 « Au plus vous allez avoir autour de vous et dans votre champ visuel des corps différents au plus vous accepterez d’être différent. Au plus vous verrez des corps qui sont les mêmes, au plus vous ne trouverez pas ça normal si vous n’avez pas ce corps-là », affirme Antony Knott. En 1996, Connie Sobczak et Elizabeth Scott, deux militantes, ont créé l’association body positive. Elle a pour but de faire passer le message au grand jour que tous types de corps humains doivent être acceptables dans notre société. Qu’il faut s’accepter tel que l’on est et qu’il faut avoir une bonne image de soi.

Winnie Harlow, mannequin canadienne, d’origine jamaïcaine est atteinte du vitiligo. Maladie provoquant des plaques de dépigmentation sur la peau. Le mannequin qui fait fureur et dont toutes les agences veulent. « La véritable différence, ce n’est pas ma peau. C’est le fait que je ne trouve pas la beauté dans les opinions des autres. Je suis belle parce que je le sais. Célébrez votre beauté unique dès aujourd’hui (et tous les jours) » a-t-elle posté sur sa publication Instagram.

On peut observer qu’il y de plus en plus d’évolutions positives dans le monde de la mode comme des mannequins de toutes formes et de tous genres. « Au plus on aura de la diversité, dans les images que l’on pourra voir, au plus on facilitera aux jeunes de pouvoir s’aimer tel qu’ils sont. Présentez la diversité comme étant quelque chose de positif pour tout un chacun », conclut Antony Knott.


« Infos complémentaires « 

The Body Optimist est un site avec pleins de ressources qui aide pour la confiance en soi et un bon mindset. Il y a plusieurs onglets, psycho, mode, beauté, des témoignages et bien plus, …

MIATA asbl est une association qui vient en aide aux personnes ayant des troubles alimentaires.

Merve Eryilmaz

Etudiante à l’ISFSC en première année de communication. Promenades et écritures à mes heures perdues.

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