La pilule, dans la lumière, les autres moyens de contraception dans l’ombre ?

© Yasmine De Greve 2019
Utilisation autorisée
Légende :  » il existe différents moyens de contraception qui s’adaptent aux envies et besoins de la personne « 

Malgré les effets négatifs que peut avoir la pilule sur la santé, on continue à la considérer comme le premier moyen de contraception. Peut-on parler d’un tabou des autres moyens de contraception ? Une question qui d’après Isabelle Finkel, psychologue à « Aimer Jeunes », ne se pose pas.

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Légende : Isabelle Finkel :  » le bon moyen de contraception c’est celui que la femme choisit  »

D’après une enquête de Sabrina Debusquat, 70 % des femmes interrogées ( dans l’enquête ) se plaindraient d’effets secondaires négatifs, dues à la prise de la pilule sur leur santé. Et pourtant, la pilule reste le moyen de contraception le plus utilisé. Des chiffres plutôt graves, qui nous font nous poser des questions sur l’efficacité de la pilule. Elle explique son mouvement #Payetacontraception en expliquant que les femmes ne devraient plus souffrir à cause de leur contraception.

Néanmoins, Isabelle Finkel explique qu’au centre de planning familial, le suivi de la femme est très important. « Après la prescription d’une pilule on encourage fortement la femme à revenir trois mois après, pour voir comment elle se sent et que s’il y a un mal-être quel qu’il soit, on réfléchit avec la femme à d’autres moyens de contraception ». Pas de tabou, « le but est de voir avec quel moyen elle est le plus à l’aise ».

« Le bon moyen de contraception, c’est celui que la femme choisit« 

Il existe différents moyens de contraception qui s’adaptent en fonction des besoins et des envies de la personne. En voici quelques-uns : l’implant qui se place sous la peau qui libère des hormones qui empêche l’ovulation. Le stérilet hormonal ( DIU ) qui se place dans l’utérus de la femme et qui libère des hormones progestatives qui va faire grossir les sécrétions de ses parois, pour empêcher les spermatozoïdes de passer. Et enfin l’anneau vaginal qui se place dans le vagin avant un rapport, et permet de bloquer les spermatozoïdes.

Dès lors une question se pose, s’il y a autant de moyens de contraception qui peuvent s’adapter à chaque personne pourquoi le corps médical propose-t-il généralement en premier lieu la pilule ? D’après Question santé ( témoignage de féministes ), qui a des avis nuancés sur la question ce n’est pas tant une envie de contrôler les femmes ou de les déresponsabiliser mais bien que les médecins sont finalement très peu informés sur la contraception ainsi que la population. Ils ont donc tendance à proposer ce qu’il connaît le mieux et il ne faudrait donc pas blâmer le corps médical mais trouver des solutions pour mieux informer. Voici un autre point de vue, qui explique que finalement ce n’est plus simplement nous, hommes et femmes, qui gérons notre contraception, mais bien une institution tiraillée entre des questions complexes politiques ,sociétales, économiques et médicales. Isabelle Finkel, pense que la façon de faire du corps médical n’est pas la bonne : « Quand quelqu’un demande un moyen de contraception on lui demande à quoi elle pensait si elle n’avait pas d’idée, on essaie un peu de voir les choses qui sont importantes pour elle, les choses qui pourraient être plus compliquées pour elle. »

Elle ajoute en disant que l’image du médecin patriarcal commence à disparaître. Ce n’est pas pour imposer un moyen de contraception à la femme mais parfois les médecins d’hôpitaux peuvent manquer de temps. Pour le conseil d’un moyen de contraception adapté ou pour simplement montrer à la femme tous les moyens de contraception qui existent et leur présenter leurs inconvénients et avantages. Pour elle, il serait intéressant qu’il y ait une première séance faite par une sage femme ou une infirmière, où on regarde ce qui serait important pour la femme avant d’aller voir le médecin pour déjà savoir ce qu’elles ont comme idée. « Il ne faut donc pas faire de procès d’intention au corps médical. »

Et les moyens de contraception pour garçons ?

Il semblerait qu’il n’y ait finalement que très peu de moyens de contraception pour garçons à peine trois : le retrait, le préservatif masculin et la stérilisation qui permet un arrêt définitif des spermatozoïdes. Seulement trois… Etrange, surtout quand l’on sait que la pilule pour les hommes est apparue en même temps que celle de la pilule pour femmes. Pourquoi donc ce refus de mettre sur le marché la pilule masculine ? Isabelle Finkel expose sa théorie en souriant : « On ne peut faire que des hypothèses, c’est mon hypothèse personnelle. Les femmes sont prêtes à subir les effets secondaires et les hommes, pas ou moins jusqu’à présent. Les femmes ne font peut-être pas confiance aux hommes par rapport à ça. Il y a plein de raisons sociologiques et éducatives. On peut penser que cela va changer dans les années qui viennent. Je vois un début d’intérêt par rapport à ces questions. »

Qu’en est-il des animations sur la sexualité pour les ados ?

Elle répond un peu gênée, « Une animation dans les écoles, ils sont jeunes et agités, on n’est pas profs de maths. En général, sauf exception, on ne va pas commencer à faire une explication détaillée d’une dizaine de moyens de contraception, on va brosser un tableau relativement large, on va dire qu’il n’y a pas que la pilule qui existe. On va leur dire que tous les moyens sont bons et que le meilleur moyen de contraception c’est celui avec lequel elles sont à l’aise. C’est vraiment important de trouver un médecin avec qui elles peuvent discuter de tout ça. On ne détaille pas tous les moyens de contraception. Cela dépend de l’animation, du temps et du sujet. On est plus occupé à parler de l’intimité, du consentement et de la première fois. » On peut donc se dire que l’on ne parle pas de tout à ces animations qui sont censées apprendre aux ados tous les dangers que la sexualité peut occasionner. Un peu inquiétant, quand on se dit que la plupart des jeunes ne savent pas ce qu’il y a comme maladies que l’on peut attraper, parfois graves à cause d’une mauvaise protection. Bien que l’on parle des IST ( de manière générale ) et de certains moyens de contraception en détail ( pilule, préservatif masculin et féminin ) on oublie de parler des dangers concrets tels que l’hépatite A , B… Qui peuvent être mortels. De plus, on oublie le plus important, parler de manière concrète de tous les moyens de protection afin de rassurer, voire d’éclairer et de donner déjà une idée aux jeunes qui s’éveillent à la sexualité… Dommage.

Que peut-on faire pour améliorer la situation ?

On ne peut pas dire qu’il y ait réellement un problème, comme explique Isabelle Flinkel, mais peut être un changement de la part du corps médical. Elle propose des solutions comme : insister sur des lieux où l’on prend le temps de parler de moyens de contraception. Privilégier les consultations individuelles et prendre le temps pour chaque patiente pour mieux les conseiller en matière d’information et d’orientation. « Effectivement, un médecin qui a dix minutes par patient, si c’est pour le choix d’un moyen de contraception, c’est un peu trop court. » Dans les plannings familiaux, lors de journées où il y a beaucoup de monde, et lorsque la personne ne sait pas du tout quel moyen de contraception choisir, Isabelle Finkel propose : «  les accueillantes ont les informations nécessaires pour faire une orientation, pas pour prescrire mais pour faire un premier défrichage des besoins et de la demande ». Elle rajoute qu’on peut gagner finalement beaucoup de temps. « Par ailleurs si on est habitué à faire une orientation sur les moyens de contraception, il y a 2-3 questions qui font que l’on peut gagner beaucoup de temps. »

Ce que l’on peut retenir de ce qu’a dit notre chère psychologue c’est qu’il n’y a pas réellement un tabou mais un manque d’informations que ce soit du côté de la population et des médecins, mais surtout, et clairement un manque de temps. Mais n’est-ce pas justement à cause de ce manque de temps que l’on conseille généralement la pilule en premier lieu ? Il faudrait donc prendre le temps pour chaque personne pour la conseiller en fonction de tous ses besoins et envies et non pas privilégier le temps des consultations. Une amélioration que le corps médical devrait changer pour qu’on ne puisse donc plus jamais parler de tabous.

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