La santé sexuelle : brisons les tabous !

Qui d’entre nous, homme ou femme, peut dire qu’il ne sera jamais confronté à des troubles ou à une maladie  affectant sa santé sexuelle ? Pourtant, en parler reste tabou. Actuellement, 50 % seulement des personnes atteintes osent franchir le pas et consulter un médecin ou un sexologue.

On pourrait penser que les maladies touchant les organes génitaux sont aujourd’hui des sujets librement abordés. Or, les tabous apparaissent dès qu’il s’agit de parler de sa propre santé sexuelle, et cela malgré une société plus ouverte à ce sujet et une évolution vers une parole libérée à propos du sexe. Comment surmonter ses propres réticences en allant consulter le spécialiste approprié (gynécologue, urologue, sexologue,…) ? Comment exprimer ses craintes et ses douleurs lorsqu’on se sent incompris? Levons le voile sur les tabous qui entourent ces maladies touchant autant les hommes que les femmes.

S’exprimer sur sa sexualité

Parmi les maladies connues ayant trait aux organes génitaux, l’endométriose chez la femme, le cancer de la prostate ou du testicule chez l’homme entraînent des troubles et des douleurs encore trop peu exprimés et rarement écoutés à ce jour. Nathalie RENARD, kinésithérapeute, périnéologue et sexologue rencontre régulièrement ces patients  dans son cabinet. Elle constate souvent leurs freins à décrire leurs ressentis concernant la maladie et à exprimer les troubles sexuels qui s’ensuivent. Il faut savoir que les traitements chirurgicaux et médicamenteux ont des conséquences sur la santé sexuelle de ceux-ci, et cela parfois 4 à 5 ans après la rémission. Or, N. Renard constate que le gynécologue ou l’urologue en charge du patient négligent encore souvent cette problématique. Il est donc essentiel, pour elle, de conseiller également un suivi chez un sexologue pour aborder cet aspect du vécu du patient.

Nathalie Renard -Sexologue et kinésithérapeute périnéale
« Avoir la double casquette en étant kinésithérapeute et sexologue me permet d’aider mes patients , je sais aider à la fois sur  le physiologique et également  au niveau psychogène »
© Lucie Limberopoulos, Novembre 2019

« La santé sexuelle fait partie de la qualité de vie et es un pilier important dans la thérapie des patienst « – Nathalie Renard

Consulter un sexologue, pourquoi ?

Il est vrai que consulter un sexologue n’est pas un sujet que l’on aborde autour d’un repas de famille ou lors d’une discussion entre amis. Dans nos sociétés, parler de nos parties intimes est tabou. Lorsqu’une personne est atteinte  soit d’endométriose, soit d’un cancer masculin, elle peut décider de venir consulter seule ou en couple : ils vont alors se réapproprier leur sexualité. La thérapie durera souvent 4 à 5 séances, selon le cas. Effacer le négatif qu’apporte la maladie, habituer son corps à recevoir des attentions positives, va permettre de reprendre conscience de celui-ci et de refaire le lien avec les zones affectées.

« Un sexologue peut rarement enlever la culotte » – Nathalie Renard

Nathalie RENARD réalise un fabuleux travail, grâce à sa double casquette : comme kinésithérapeute, elle aborde la problématique sur le plan physiologique, et comme sexologue, elle peut notamment agir sur les troubles psychologiques. Les patients reçoivent de sa part des soins périnéaux et des conseils pour surmonter leurs difficultés.

La face cachée de l’endométriose 

Une femme sur dix, en âge de procréer est atteinte par cette maladie gynécologique chronique. L’endométriose peut arriver à tout âge et reste longue à diagnostiquer. De plus, 70% des patientes présentent des douleurs affectant leur vie quotidienne. « Il est temps d’accélérer et d’améliorer la prise en charge » affirme le CNGOF. ( Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) Beaucoup de patientes atteintes d’endométriose ne savent pas vers qui se tourner. Le diagnostic de cette maladive tombe souvent tardivement (en moyenne, au bout de 7 ans de plaintes), avec la constatation de bien des dégâts : douleurs invalidantes et de infertilité. Les seules thérapies sont encore actuellement les médicaments ou la chirurgie. « Je souffre, mais j’accepte », sont les paroles recueillies dans le cabinet de N. Renard. Constat alarmant : ces femmes ont pris l’habitude de cacher leurs souffrances quotidiennes. Pour les soulager, N. Renard puise dans son expérience de kinésithérapeute périnéale pour leur proposer plusieurs techniques : détendre les zones traumatiques par des massages, relaxer le périnée par différents exercices,… Elle apporte aussi  ses connaissances en sexologie pour aborder les problèmes liés au vaginisme ou aux dyspareunies lors des rapports sexuels. Elle aide les couples à surmonter la maladie en leur redonnant confiance, en les encourageant à réinventer leur sexualité.

Parallèlement au travail des médecins et des spécialistes comme N. Renard, des femmes bien connues des médias décident de faire savoir au public qu’elles sont touchées personnellement par cette maladie : Lorie Pester, Létitia Millot ( marraine de l’association EndoFance ) , Whoopie Goldberg ou encore Hilary Clinton. Elles participent ainsi à la sensibilisation de l’opinion publique. Elles mettent leur notoriété au service d’associations luttant pour la prise en charge et la recherche de traitements.

Imany – ambassadrice de l’association Endomind, nous parle de cette maladie qui touche environ 4,2 millions de femmes en France.  | L’endométriose | Témoignage | AU FEMININ  – 24 mars 2018

Une équipe pluridisciplinaire : une solution ?

 » Beaucoup de patients n’osent pas parler à leur oncologue/urologue/gynécologue. Ils pensent souvent avoir déjà assez de soucis avec leur cancer/ endométriose et abandonnent ainsi leurs troubles sexuels  » nous dit N. Renard. C’est pourquoi celle-ci prend souvent contact avec ces médecins pour les informer qu’elle existe. Les réponses de ceux-ci sont le plus souvent interpellantes : ils ne voient pas l’intérêt et n’ont pas le temps de l’écouter. Pourtant la sexualité est très clairement impactée suite au traitement des maladies des organes génitaux.

Article en ligne paru le 4 mai 2020 https://www.urofrance.org/courriels/uro-news/uro-news-66/pathologie-du-moise

La mise en place d’équipes multidisciplinaires permettra de traiter les différentes facettes de l’endométriose et également du cancer de la prostate ou du testicule. Le fait de partager les informations optimisera les chances de pouvoir recevoir les traitements adéquats rapidement.

Les cancers de la prostate et du testicule : parlons-en !

Ces cancers touchent un nombre considérable d’hommes. Cela reste pourtant un sujet tabou car il concerne les parties intimes, symboles de la virilité. Lorsqu’un symptôme apparaît, la décision de consulter est d’abord freinée par la pudeur : les hommes n’ont pas l’habitude de montrer leurs organes génitaux au médecin, alors que les femmes consulte leur gynécologue dès la puberté. Ensuite, vient  la crainte du diagnostic. Entendre le mot « cancer du testicule ou de la prostate » équivaut souvent pour les hommes à un véritable coup de massue.

Les traitements varient selon le stade du cancer. Souvent, les médecins retirent tous les nerfs érecteurs, considérant que la sexualité après 55-60 ans n’est plus d’actualité. Or, ce préjugé est faux. Le fonctionnement sexuel en est perturbé : l’ablation de la prostate ou d’un testicule entraîne la disparition de l’éjaculation, des troubles érectiles surviennent et le désir sexuel peut disparaître pendant 1 an, voire 1 an ½.  Beaucoup d’hommes l’acceptent difficilement. Toute la vision de la sexualité en est changée. Le couple doit  la réinventer en se soutenant mutuellement.

Pour en parler et permettre également une meilleure communication entre le corps médical et le patient, l’association  » Movember Fondation Charity » existe depuis 2003.

Pour Nathalie Renard, la sexualité ne se limite pas aux rapports sexuels. Elle est un axe central de notre vie et même ses difficultés font partie de chacun d’entre nous. Nous venons au monde dans un corps sexué, déterminé par notre sexe masculin ou féminin. Conserver une bonne santé sexuelle, quel que soit notre âge, est primordial pour notre identité et pour une qualité de vie optimale. Cela passe nécessairement par une parole libérée des tabous et par des soins prodigués via des équipes pluridisciplinaires. Un constat d’autant plus d’actualité que l’espérance de vie en Belgique s’élevait en 2018 à 81,5 ans !

Lucie Limberopoulos 21 ans, étudiante en 1ère communication à l’ISFSC.
Je suis entreprenante et extravertie.
La créativité est essentiel dans la réalisation de mes projets.
EN SAVOIR µPLUS