La santé pour tous, un combat quotidien ?

Il y a en Belgique un système de sécurité sociale qui est basé sur l’inclusion. En effet, il ne veut laisser aucune population sur le côté. Pour ce faire, il met en place toutes sortes de dispositifs, d’associations et d’aides : les mutuelles, le CPAS, la Fédération des maisons médicales, les planning familiaux… Malgré cela, on remarque qu’il y a toujours des populations qui vivent en situation de précarité sanitaire. Ce phénomène touche tous les types de populations, que ce soit des personnes en incapacité de travail, des familles monoparentales, des familles à trop faibles revenus, des personnes sans-abri ou encore des personnes en séjour illégal. Toutes peuvent cependant bénéficier d’aides pour accéder à la santé, mais parfois cela ne suffit pas pour combattre cette précarité.

La sécurité sociale, c’est quoi ?

vidéo d’explication de la sécurité sociale, réalisée par la mutualité Solidaris

Selon une étude dernièrement réalisée par la mutualité Solidaris, 4 belges sur 10 auraient reporté une consultation ou un soin médical pour des raisons financières en 2018. En effet, 18,6% a au moins une fois renoncé à pousser les portes d’une pharmacie, contre 15,5% deux ans plus tôt. En outre, 48,6% sont de plus en plus inquiets de la part grandissante qu’occupent les médicaments dans le budget santé. Aujourd’hui, 69,4% de la population pense que la qualité des soins de santé est menacée pour des raisons financières.

Bénéficier d’aides ? Oui ! Mais à quelles conditions ?

Toute personne séjournant en Belgique de manière légale doit s’affilier à une mutuelle. C’est le système « d’assurance obligatoire » qui est en vigueur en Belgique.  Pour y accéder, la personne doit posséder une carte d’identité ou un titre de séjour valable. Une fois ces conditions réunies, la personne doit faire les démarches pour s’affilier à la mutuelle de son choix. Elle est indispensable pour bénéficier de tous les avantages de la sécurité sociale en Belgique. Celle-ci a plusieurs rôles : elle rembourse en totalité ou en partie les frais de soins de santé, paie les indemnités en cas d’incapacité de travail, informe les affiliés et réponds à leurs questions en matière de soins et enfin elle propose des services complémentaires qui ne rentrent pas dans l’assurance obligatoire.
Les rôles principaux de la mutuelle restent néanmoins le remboursement des soins de santé et la prise en charge des indemnités en cas d’incapacité de travail. Par exemple, dans le cadre d’une consultation chez le médecin généraliste conventionné, elle va prendre en charge une partie de la consultation, vous ne paierez que l’honoraire du médecin tandis que l’assurance s’occupera du reste. De même, lorsqu’on vous prescrit des médicaments, vous ne prendrez en charge qu’une part du montant. Malgré cela, certaines populations ne parviennent pas à s’en sortir. Ceci est dû au coût élevé que peuvent représenter les frais, d’autant plus que tout le monde n’a pas les même besoins en matière de santé. Certaines personnes ont besoin de traitements en continu, d’autres doivent faire face à certaines grosses dépenses quand d’autres encore sont en incapacité de travail.
Par exemple, les personnes qui ne peuvent plus travailler pendant une période indéterminée, elles bénéficieront d’une indemnité d’incapacité de travail qui sera calculée en fonction de leur salaire brut. Mais cela peut parfois être insuffisant pour couvrir les différentes dépenses qui pourraient en découler. Dans ce cas, cette dernière peut se tourner vers le CPAS de sa région. Il met à disposition des cartes médicales qui permettent de bénéficier d’aides financières pour des soins définis.

Delphine L’hoir, Chef adjointe du service d’aide médicale urgente du CPAS de la ville de Bruxelles, explique lors d’une interview que c’est une enquête sociale réalisée par le CPAS qui va déterminer l’état de besoin de la personne, « Je sais que les cartes médicales ne prennent pas tout en charge, les médicaments « de luxe » font exception. Mais ces cartes peuvent être octroyées lorsque les aides de la mutuelle ou encore du chômage ne sont pas suffisantes. »
D’autre part, il y a les personnes en séjour illégal, pour qui la situation de précarité est d’autant plus importante. Comme ces personnes ne possèdent pas de titre de séjour valable, elles ne peuvent être couvertes par l’assurance obligatoire. Certaines d’entre elles ont l’opportunité d’être hébergées dans des centres d’accueil. Tous n’ont pas cette chance et se retrouvent bien souvent à la rue. C’est ce type de profil qui est dirigé vers le service de Delphine L’hoir. Dans ce service, on leur octroie « l’aide médicale urgente » c’est-à-dire une attestation de prise en charge, délivrée par le CPAS, qui garantit la participation de celui-ci à tous les frais qui pourraient être occasionnés. Elle nous explique que ceci est un autre type de carte médicale, qui ne concerne que les personnes en séjour illégal. Ces cartes couvrent plusieurs types de soins médicaux et pharmaceutiques, ainsi que les hospitalisations, ou même des frais de kinésithérapeute.
Outre le fait de proposer des aides aux populations qui en auraient besoin, le CPAS a aussi pour mission d’agir sur le long terme : « Si une personne remplit les conditions, nous sommes tenus de la pousser à s’affilier à une mutuelle dans les trois mois car cela lui permettra de bénéficier d’aides supplémentaires, qui auront toujours pour but de tendre vers l’autonomie de la personne. »

Delphine L’hoir, chef adjointe du service d’aide médicale urgente au CPAS de la ville de Bruxelles.
© de Mendonça Diego, 2019

La précarité en augmentation

D’après une étude publiée le lundi 4 novembre dans la revue scientifique « Brussels Studies », le nombre de sans-abri et de personnes mal logées en Région de Bruxelles-Capitale aurait doublé depuis 10 ans. Le CPAS est directement confronté à cette augmentation. « Il est vrai qu’on ressent cette augmentation; pour y faire face nous essayons de mettre un maximum de moyens en place pour aider ces personnes, via par exemples des logements de transit, ou encore avec des conventions qui sont faites avec des agences immobilières. Il y notamment le lancement du dispositif hiver qui renforce l’accueil de sans-abri. […] Maintenant, il y a une réalité à prendre en compte qui est l’augmentation des loyers, et particulièrement dans la région Bruxelloise, qui reste relativement chère. On essaie de pousser un peu les gens à rechercher en dehors de cette zone pour élargir les possibilités, mais ce n’est pas toujours facile car certaines personnes ont leurs habitudes ou ont leurs enfants scolarisés. Ce sont des réalités à ne pas négliger. »
On considère souvent la santé et le confort comme allant de soi, surtout ici en Belgique, où nous jouissons d’un système de sécurité sociale compétent. Malgré les dispositifs mis en place, des inégalités persistent. Et à l’aube des fêtes de fin d’année, les réalités des uns ne sont pas forcément celles des autres…

vidéo de BX1 expliquant le dispositif hiver mis en place à Bruxelles
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