Covid-19 : Tous égaux ?

Les Humains ne sont pas tous égaux face au coronavirus !

Nous le savons, nous sommes tous différents sur cette planète, mais qu’en est-il au niveau de notre défense immunitaire face à ce virus COVID-19 ? Si plusieurs études ont déjà été menées, à travers différents pays, cette question, qui lie population et santé, n’est pas encore tranchée !

Le système immunitaire

Le système immunitaire humain possède un patrimoine génétique spécifique à chaque individu appelé antigènes des leucocytes humains (en abrégé, HLA, de l’anglais human leukocyte antigen). « Connaitre ce dernier est particulièrement important lorsque l’on greffe un organe d’un donneur vers un receveur. En cas d’incompatibilité HLA, on observera un phénomène de rejet de l’organe transplanté.  » – nous explique le Dr Pierre Mendes da Costa.

Ces gènes nommés HLA sont aussi responsables du système immunitaire adaptatif. Ces gènes ont la particularité d’être extrêmement variables selon les individus, ce qui rend leur étude d’autant plus complexe. Cela signifie aussi que chaque individu va réagir différemment à une agression par son système immunitaire. La différence peut aussi être une force car certains détiendraient les anticorps nécessaires pour lutter contre ce virus.

L’élaboration d’un vaccin passera incontestablement par la compréhension et l’étude de toutes ces différences.

Pour mieux comprendre, Le Monde a publié « Coronavirus : au cœur de la bataille immunitaire contre le virus« , par Gary Dagorn et Agathe Dahyot, publié le 12 juin 2020 à 12h42 – Mis à jour le 15 juin 2020 à 10h59.

Image colorisée d’une cellule en train de mourir (gris) car lourdement infectée par de nombreuses particules virales de Sars-CoV-2 (jaune). NIAID
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Immunité adaptative et vaccination ?

Avant d’aborder la problématique de l’immunité contre le Covid-19, il convient d’expliquer les origines et le fonctionnement d’un vaccin de manière générale.

Les origines du vaccin :

Essayons de comprendre ce qu’est un vaccin et d’où il vient.

Durant l’Antiquité, les médecins de l’époque avaient remarqué qu’une personne ayant été touchée par une maladie ne la contractait pas une seconde fois. Il ne s’agissait alors que d’une constatation.

Durant le 17ème siècle, cette idée d’immuniser un corps contre une maladie a refait surface. L’idée était d’injecter des petites doses d’une maladie dans le corps d’une personne afin de développer une protection à vie. Dans ce cas précis, il s’agissait alors de combattre la variole.

En 1796, un médecin britannique du nom d’Edward Jenner décida d’inoculer chez un enfant du pus prélevé sur une fermière déjà infectée par la vaccine, une maladie ressemblant vaguement à la variole mais plutôt présente chez les vaches. Il avait remarqué que les fermières en contact régulier avec des vaches porteuses du virus de la vaccine ne contractaient pas la variole lors des épidémies. La réaction du corps de l’enfant fut inattendue puisqu’il résista à la variole. C’est ainsi que le premier vaccin fut expérimenté.

Mais on ne peut aborder l’histoire du vaccin sans évoquer Louis Pasteur.

Au 19ème siècle, le docteur en sciences français Louis Pasteur étudie le rôle des microbes dans les maladies contagieuses. A l’époque, son travail se faisait sur des animaux d’élevage. Les volailles à qui il administrait des doses de bactéries, ne mouraient plus de la maladie. Il venait de développer le vaccin atténué. En honneur à Edward Jenner, il le nomma « vaccin ».

Quelques années plus tard il dirigea ses recherches vers des maladies touchant à la fois l’homme et l’animal, parmi lesquelles, la rage.

Après un dur travail, il réussit à isoler la souche de l’agent contagieux. C’est ainsi qu’en 1885, il mit au point le premier vaccin humain à virus atténué. Contrairement au vaccin actuel qui est administré en amont d’une contagion, ce vaccin humain à virus atténué, était alors administré post-exposition.

Pasteur devint ainsi un pionnier majeur dans le monde de la médecine et de la vaccination.

Le vaccin est l’une des inventions majeures qui a fait avancer de façon significative le monde de la médecine, voire même l’humanité. La disponibilité des vaccins dans le monde a contribué à diminuer fortement la propagation ainsi que la mortalité des maladies. Il devient donc impératif qu’à chaque nouvelle maladie, le monde de la recherche en médecine s’attelle à développer un vaccin dans les plus brefs délais.

Le fonctionnement du vaccin :

Le processus d’action du vaccin est fascinant. Lorsqu’un individu reçoit un vaccin destiné à lutter contre une maladie spécifique, le corps va réagir en mettant en place une protection.

Les éléments composant un vaccin sont nombreux et variés. On peut y trouver des virus dits « atténués », similaires à celui développé par Pasteur, des bactéries ou encore des particules de virus et de toxines bactériennes. Tous ces éléments mis ensemble vont garantir le développement dans l’organisme d’une résistance spécifique aux attaques potentielles de virus.

Le vaccin va forcer le corps à réagir à une petite dose de la maladie, il va donc développer des anticorps destinés à la combattre. L’impact de la maladie sur le corps sera alors minimisé, voire absent. Les symptômes seront par conséquent anodins ou même nuls. La majorité des anticorps développés suite à l’injection resteront à long terme dans le système fournissant ainsi une protection de longue durée contre la maladie ciblée.

Protégé par les anticorps nécessaires, le corps pourra ainsi entrer en contact avec la maladie sans encourir le moindre risque.

Les différentes réactions face au virus :

La question est de savoir si nous réagissons tous de la même façon à un vaccin.

Il ne faut pas oublier que nous sommes tous différents. Globalement, le système immunitaire fonctionne de la même façon chez tous les êtres humains, mais certaines différences de réaction liées directement aux propriétés spécifiques ou aux qualités propres du vaccin, peuvent être remarquées.

Cela nous amène à conclure que la vaccination est un procédé « artificiel », dans le sens où il s’agit d’une intervention de l’homme. Mais il existe aussi une version naturelle de ce système de défense : l’immunité adaptative.

Il semblerait que l’immunité adaptative est à la base de la vaccination, mais qu’en est-il?

Il existe deux grands types d’immunité : l’immunité innée et l’immunité adaptative. L’immunité innée est la première ligne de défense du système immunitaire, qui se met en place dès le contact avec un corps étranger, sans reconnaissance spécifique. L’immunité adaptative est une réaction plus lente du système immunitaire, qui nécessite que l’organisme ait préalablement été exposé une première fois à l’agent étranger.

Rappelons que la vaccination c’est l’administration d’un vaccin ayant pour effet de conférer une immunité active, spécifique d’une maladie, rendant l’organisme réfractaire à cette maladie.

L’immunité adaptative est à la base de la vaccination !

Un article accepté pour publication dans la revue Nature indique que tous les patients   Covid-19 convalescents étudiés (ayant donc été infectés par le SARS-CoV-2) possèdent des cellules immunitaires dirigées contre des protéines du virus. Ils ont développé ce que les immunologistes appellent une réponse lymphocytaire T (immunité adaptative).

À ce jour, aucun vaccin contre le Covid-19 n’a été approuvé.

Pour compliquer ce scénario, il reste à déterminer si l’infection par le Covid-19 induit une réponse anticorps à longue durée de vie protégeant contre le risque d’infections récurrentes.

Ainsi, la communauté scientifique doit surmonter de nombreux problèmes pour développer un vaccin efficace et sûr.

Une immunité cellulaire spécifique a été récemment détectée, chez 8 patients Covid-19, récemment devenus exempts de virus et par conséquent déchargés. De plus, les titres d’anticorps neutralisants ont été significativement corrélés avec le nombre de lymphocytes T spécifiques de la protéine du virus. Ces preuves indiquent que les cellules B et T coopèrent pour protéger l’hôte d’une infection virale.

Par conséquent, tous ces défis mettent en évidence certaines des lacunes majeures dans nos connaissances sur le Covid-19, les voies de signalisation immunitaire sous-jacentes, les effets systémiques et les signatures pathologiques à long terme. Celles-ci doivent être comblées de toute urgence par de futures enquêtes.

Le regard du Pr Pierre Mendes da Costa

Pr Pierre Mendes da Costa, ex-chef du département de chirurgie et du service de chirurgie digestive, thoracique et cœlioscopique du CHU Brugmann

CV express

Comment se développe le système immunitaire face à un virus tel que le SRAS-CoV-2 ?

« Une famille de lymphocytes (globules blancs), cellules du système immunitaire, reconnaît certaines cellules, et en particulier les cellules infectées. Le rôle de ces lymphocytes est de tuer ces cellules infectées. « 

Mais alors, quelles sont les conditions pour que les anticorps se développent face au virus ?

« Pour obtenir une réponse immunitaire vis-à-vis d’un agent infectieux, le système immunitaire humain prévoit la présentation à certaines cellules lymphocytaires des fragments de cet agent infectieux. Ces cellules immunocompétentes vont reconnaître certaines structures du virus et générer des anticorps (d’abord des IgM et puis des IgG).« 

Ceci nous montre donc une grande disparité de réponse par la création d’anticorps, peut-on donc imaginer de grandes différences entre deux individus au niveau de leur système immunitaire ?

« Le système immunitaire humain possède un patrimoine génétique spécifique à chaque individu appelé HLA ; ce dernier est particulièrement important lorsqu’on greffe un organe d’un donneur vers un receveur ; en cas d’incompatibilité HLA, on observera un phénomène de rejet de l’organe transplanté. « 

Existe-t-il des éléments capables d’influer ce système immunitaire ?

« Oui. A titre d’exemple, il existe aujourd’hui des substances qui stimulent la réponse immunitaire humorale par anticorps. Elles sont appelées « adjuvantes », le terme adjuvant précise bien le concept latin « adjuvare ». » (NDR – Aider seconder contribuer activer)

Mais revenons un instant à ce système immunitaire, comment fonctionne-t-il ?

« La première étape dans le système immunitaire est la reconnaissance d’une structure « étrangère » (par exemple bactérie, virus…) et celle-ci est la première étape d’une réponse immunitaire protective mais parfois exagérément négative (exemple : une réaction allergique respiratoire au pollen). La gestion par le système immunitaire produira des agents biologiques, en fonction de l’agresseur reconnu (exemple : anticorps, interféron…). « 

Tout ceci est clair et donc toute la question sera de savoir quel est le temps d’agissement de la défense de notre système immunitaire ? Le taux d’infection en est-il affecté ?

« En ce qui concerne la réponse immunitaire spécifique à l’antigène, un intervalle de temps entre 10 et 15 jours pour la production des anticorps peut être démontré (son dosage en sera la preuve) . La charge microbienne, qui s’appelle pour une bactérie l’inoculum, n’a pas d’impact.« 

Selon Julien Hernandez, rédacteur scientifique, qui a publié un article le 09/08/2020 dans Futura Santé, le suivi de la réponse immunitaire a débuté au septième jour de l’hospitalisation du patient, alors que le virus n’était plus détecté dans les prélèvements. Quelle signification peut-on en tirer ?

« Lors d’une réponse immunitaire et en particulier dans le cas du Covid-19, celle-ci au niveau de l’expression clinique est décrite comme « déphasée ». D’abord une pyrexie (fièvre) et un mal-être mesurés, au début des symptômes, suivis plus tard (variable d’un patient à l’autre) par des effets appelés aujourd’hui « tempête cytokinique ». Cette dernière est le résultat inattendu par son intensité résultant en une « hyperperméabilité vasculaire » (en particulier pulmonaire pour le Covid-19) avec comme conséquence la « noyade pulmonaire » du patient infecté et symptomatique. « 

J’ai encore lu que selon l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, en cas d’infection, le système immunitaire active d’abord une première ligne de défense, l’immunité innée. A partir de quand se met en place l’immunité adaptative ?

« Ce délai est variable et peut être estimé à 5 à 7 jours (immunité adaptative avec production d’anticorps). « 

Medi-Sphère explique que les populations du globe ne disposent pas toutes d’une immunité identique pour se défendre contre le Covid-19.  Peut-on en conclure que nous n’avons pas tous la même immunité adaptative ?

« Une immunité croisée (par exemple entre les coronavirus) pourrait bien être « protectrice » (cette question importante reste actuellement ouverte). Par exemple, en ce qui concerne la grippe, une réinfection avec le même pathogène que celui de l’année précédente, s’avère moindre.« 

Peut-on en conclure que le principal enjeu actuel est de comprendre le développement de cette immunité adaptative, pour réaliser un vaccin, qui nous protégerais contre ce virus ?

« Incontestablement ! « 

Le Dr Bruce Beutler, prix Nobel de médecine 2011, ajoute

En conclusion, à ce jour, aucun vaccin contre le Covid-19 n’a été approuvé, mais déjà des essais sont en cours !

Vaccins COVID, des essais en Belgique, reportage par Lucie Dendooven et publié le jeudi 06 août 2020 et mis à jour le vendredi 07 août 2020 à 06h57.

En savoir plus,

  1. https://www.sante-sur-le-net.com/covid-cellules-souches-sang/
  2. https://www.lesoleil.com/actualite/vos-questions-sur-la-covid-19/questions-en-vrac-sur-limmunite-05559c30c7017bae4c8d18e2da4992ea
  3. https://www.le-guide-sante.org/actualite/547-immunite-et-covid-19.html
  4. https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-coronavirus-notre-organisme-combat-infection-80104/
  5. https://theconversation.com/traiter-la-covid-19-en-contrant-le-choc-immunitaire-139074
  6. https://www.santelog.com/actualites/covid-19-le-choc-de-deux-reponses-immunitaires
  7. https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/comprendre-reponse-immunitaire-memoire-apres-covid-19
  8. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/12/covid-19-au-c-ur-de-la-bataille-immunitaire-contre-le-virus_6042632_4355770.html
  9. https://www.youtube.com/watch?v=TVoqiqwtbsA
  10. https://www.medi-sphere.be/fr/actualites/les-humains-pas-tous-egaux-face-au-coronavirus.html
  11. https://smw.ch/article/doi/smw.2020.20248
  12. https://www.letemps.ch/sciences/genetique-humains-ne-egaux-face-coronavirus
  13. https://journals.lww.com/transplantjournal/Fulltext/2003/01150/Flow_Cytometric_Detection_of_Hla_Specific.8.aspx
  14. https://www.nature.com/articles/s41392-020-0191-1
  15. https://www.bfmtv.com/sante/coronavirus-une-nouvelle-etude-estime-que-l-immunite-disparait-apres-quelques-mois_AD-202007130212.html
  16. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/la-moitie-de-la-population-possederait-une-immunite-au-covid-19-pre-existante_2132005.html
 Samy Peeters

Samy Peeters | étudiant en communication | 1ère BAC à l’ISFSC | 2020 | samy.peeters@student.isfsc.be