Changer de sexe en Belgique : un parcours semé d’embûches.

Drapeau de la fierté transgenre, dessiné par Monica Helms. Pixabay License. Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise.

Les transgenres rencontrent encore de nombreuses difficultés pour changer de sexe et pour faire reconnaître officiellement leur identité. Personnel médical incompétent, soins de santé trop chers, discrimination…

D’après une étude de l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes de 2009 près d’un transgenres sur quatre est réticent à se faire soigner. Il apparaît que les personnes transgenres ont difficilement accès à des soins réguliers ou qu’ils ont vécu des expériences négatives en la matière : un médecin généraliste qui refuse un patient , une hospitalisation dans le mauvais service, etc.

Souvent, le personnel médical n’est pas compétent et pas très coopératif pour aider un patient transgenre. Dans 60% des cas, le médecin n’a pas su ou n’a pas voulu donner d’informations aux personnes transgenres pour leurs problèmes spécifiques. De plus, elles subissent des remarques intrusives et des comportements déplacés dès leur arrivée à l’accueil des hôpitaux.  Elles sont obligées de présenter leur carte d’identité, ce qui cause des situations gênantes et qui entraîne parfois un refus de consultation car le sexe sur les cartes d’identité n’est pas encore mis à jour.

Des coûts et un temps d’attente trop long

Le prix élevé des soins (consultations, hormones, interventions chirurgicales, épilation) et le manque de précision par rapport à leur remboursement par les assureurs et l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) constitue un autre problème pour les personnes transgenres qui sont à la recherche d’une aide psycho médicale. La pression financière peut être très élevée pour certains. Il faut compter environs plus de 15 000 €  pour une vaginoplastie et pour une augmentation mammaire, car la caisse d’assurance maladie ne rembourse que 80% des frais d’hospitalisation réels. Les délais d’attente sont parfois très longs pour un rendez-vous. Il faut attendre entre 2 et 8 mois pour obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialisé et les listes d’attente pour une vaginoplastie ne cessent de s’allonger.

Avant n’importe quelle opération, il faut avoir au préalable suivi un traitement hormonal d’un an au minimum. Une prise quotidienne de progestérone et d’œstrogène est nécessaire, ainsi que des d’anti androgènes tel que l’Androcur qui vont stopper la sécrétion de testostérone. « De toutes les hormones que l’endocrinologue m’a prescrites l’Androcur est la plus chère car elle n’est pas remboursée, explique Ambre Mirzakekiantz, jeune femme transgenre de 20 ans. Tous les mois je dois payer une boîte à 35€, ce qui s’accumule à tous mes autres frais médicaux. »

Ambre Mirzakekiantz, jeune femme transgenre de 20 ans.
© El Ouamari Fayçal 2019

De lourdes démarches administratives

Contrairement à nos homologues Français, depuis le 1er janvier 2018 les personnes transgenres en Belgique pourront faire modifier officiellement leur enregistrement du sexe et leur prénom sans conditions médicales. C’est au travers d’une procédure administrative auprès du fonctionnaire de l’état civil qu’ils pourront changer de sexe sur leurs documents administratifs. Effectivement, jusqu’en 2007, il fallait se présenter devant un magistrat pour pouvoir changer de sexe, la procédure exigeait une intervention chirurgicale et un certificat médical attestant que la personne en question était sous suivi psychologique.

Malgré cette loi, les démarches administratives restent compliquées car le demandeur doit faire une déclaration qui prouve sa volonté de modifier son sexe et son prénom, ce qui le pousse à se justifier une nouvelle fois… « Ce fut pénible et long pour tout changer, surtout pour tout ce qui concerne la mutuelle. J’ai l’impression que toute cette paperasse ne finira jamais sutout que je suis encore domiciliée et attachée à la mutuelle de mes parents », raconte Ambre la jeune bruxelloise.

Discrimination et harcèlement 

Les trans subissent davantage le rejet et l’exclusion dû au manque d’acceptation de la société. Ils et elles sont par ailleurs plus susceptibles d’être exposé.e.s à la discrimination, au harcèlement ou à des formes de violence transphobe car leur apparence et leur comportement ne respectent pas les rôles de genre associés traditionnellement au sexe qui leur a été attribué à la naissance. Ambre, qui a subi de nombreuses formes de discriminations et de harcèlement, s’est fait frapper à la sortie d’une boîte de nuit de la capitale et s’est même vue refuser un job car elle ne rentrait pas dans les critères conventionnels.

« Il était 3h du matin, mes copines étaient encore dans la boîte de nuit, je fumais ma clope à même pas 10 mètres du Bloody Louis en attendant mon Uber. Tout d’un coup un groupe de 3 gars est venu devant moi. Ils m’ont fait des avances que j’ai refusées, lorsqu’ils se sont aperçus que j’étais trans ils se sont moqués de moi, m’ont craché au visage et m’ont bousculé violement. Sur le moment, j’étais sous le choc car c’était la première fois que cela m’arrivait, j’ai directement appelé les secours… »

Agression transphobe sur une jeune femme à Paris
le 2 avril 2019.

D’après une étude belge, “Être transgenre en Belgique” menée auprès de 244 personnes transgenres, les pensées suicidaires et les tentatives de passage à l’acte sont très fréquentes, indépendamment du fait que ces personnes vivent ou non selon l’identité de genre souhaitée. Les personnes trans ont jusqu’à 10 fois plus de risque de passer à l’acte que leurs pairs cisgenres. 62% ont déjà eu des pensées suicidaires et 22% ont déjà fait au moins une tentative de suicide. Des chiffres alarmants qui tirent la sonnette d’alarme…

Ambre anciennement « Sacha » m’explique qu’elle aussi a déjà pensé à passer à l’acte dans les moments difficiles. « Certes, j’y ai pensé mais je ne le ferai jamais, ce n’est certainement pas en se suicidant que les choses vont évoluer. Je pense plutôt que c’est avec la prévention dès le plus jeune  âge dans les écoles qu’on sauve des vies. »

Parler, sensibiliser et visibiliser

Plusieurs campagnes de lutte contre l’homophobie et la transphobie ont été réalisées par l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes, en collaboration avec le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Des campagnes destinées aux jeunes et aux professionnels qui les encadrent, cette campagne a été réalisée en 2016 et a pour objectif de déconstruire les mythes et stéréotypes liés à l’homosexualité et aux transidentités.

Ambre garde espoir…

« Je suis consciente de la chance que j’ai d’être dans un pays progressiste comme la Belgique qui milite en faveurs des droits LGTBQ+, me confie Ambre. Aujourd’hui je n’ai plus peur, je me trouve belle et courageuse. Toutes ses épreuves de la vie m’ont fait comprendre qui je suis réellement et je suis plus que jamais motivée à faire valoir mes droits et ceux de ma communauté. Même si le chemin vers ma transformation reste difficile, j’essaie de voir le côté positif des choses, c’est mon petit secret… »

Continuer la lecture de « Changer de sexe en Belgique : un parcours semé d’embûches. »