Le métier d’infirmier à domicile à Bruxelles : un métier sous-estimé?

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Les infirmiers à domicile, un métier sous-estimé mais essentiel dans le quotidien de quelques citoyens bruxellois. Qui sont-ils et que font-ils? Enquête.

Ils sont 30.026 à pratiquer leur métier dans notre pays en 2016 selon les chiffres de l’INAMI. Leur métier ne se limite pas aux soins, il y a bien plus que ça. En plus de donner des soins à leurs patients ces infirmiers à domicile jouent un rôle social.

Qui sont-ils?

La grande différence avec les infirmiers travaillant dans le milieu hospitalier est que l’infirmier à domicile se rend directement chez le patient, dans son lieu de vie. Le patient est alors maître chez lui, ce qui est très différent quand un patient est hospitalisé et qu’il se soumet aux principes du milieu hospitalier. Quand l’infirmier à domicile est chez son patient, il doit s’adapter aux soins à donner avec le matériel de base et avec l’environnement du patient. Tout ça dans le respect de la personne à soigner.

Être infirmier à domicile, c’est un métier et plus que ça. C’est avec une approche sociale très forte que ces derniers ont avec leur métier. C’est une perception du métier totalement différente, ils sont beaucoup plus impactés dans le fonctionnement quotidien de leurs patients. Ils sont aussi là pour s’assurer et contrôler leur environnement de vie.

Les bons côtés de la profession et le revers de la médaille

Jana Fele – Infirmière à domicile
«J’ai beaucoup de plaisir à exercer mon métier. J’aime mon métier. Même si on travaille seul en général. Sur le terrain on est seul et sommes responsables de ce que l’on fait. Il ne s’agit pas de rater quelque chose d’important.»
© Antoine Demanez, août 2020

Comme dans tous les métiers il y a des points positifs et des points négatifs. Dans les points positifs chez les infirmiers à domicile on note une interaction sociale plus forte et un lien social plus fort avec le patient et sur une longue durée. Contrairement au milieu hospitalier où les infirmiers côtoient durant une période assez courte leurs patients. Le côté de l’utilité à domicile, d’apporter des soins aux patients, le réconfort et un certain équilibre aux patients fait partie intégrante du métier et les praticiens s’en réjouissent.

En 2017 des infirmiers à domicile se plaignaient de certaines prestations faiblement rémunérées et nous nous sommes posés la question de savoir si à l’heure actuelle ces contestations étaient justifiables ou pas. Jana Fele infirmière à domicile depuis de nombreuses années travaillant en région Bruxelles-Capitale essentiellement à Uccle, Forest et Saint-Gilles nous explique : « Oui je pense que c’est justifiable. Une injection revient à 6 euros avec le déplacement, l’acte technique avec le matériel et la seringue usagée que vous devez déposer aux déchets spéciaux. ». Compte tenu de la prestation il y a le déplacement à prendre en compte et au vu de la rémunération faible, on comprend les contestations de ces infirmiers.

Moins de temps consacré aux soins?

Depuis le 1 octobre 2017 la profession doit se munir d’un lecteur de carte d’identité afin de pouvoir vérifier les données des patients pour ensuite les transmettre à l’INAMI et ainsi pouvoir être rémunéré pour les prestations. Mais une poignée d’infirmiers mettaient en évidence que ce lecteur de carte avait un coût ainsi que le logiciel qui va avec : « Moi j’ai démarré en faisant mes papiers manuellement. Je suis de la génération où j’ai commencé par la suite avec les logiciels et les programmes. Tout changement est une certaine adaptation, il faut du temps et de l’énergie. C’était effectivement une charge supplémentaire avec le lecteur de carte d’identité mais après réflexion c’est quand même pratique. C’est pratique parce qu’en fait on introduit la carte, les données du patient, ça se met directement. On a directement la fiche du patient. Ça a été notamment mis en place pour avoir un contrôle des soins prestés. » selon Jana Fele.

Le lecteur de carte donnerait-il moins de temps aux infirmiers à domicile à se consacrer aux soins? Leur vocation première qui est de soigner serait-elle mise à mal et presque remplacée par l’administratif? Jana Fele : « Quand je vois mes collègues qui travaillent dans le milieu hospitalier et qui ont une charge administrative hyper lourde. Ça va de soi. Le lecteur de carte d’identité personnellement je dirai, que c’est presque un avantage, ça se transmet au niveau du logiciel, c’est confortable. Le traçage des soins se fait directement et c’est bien. Non la vocation première de mon métier n’est pas mise de côté. Bien sûr ça prend plus de temps mais partout pour tout le monde. C’est l’évolution technologique sur laquelle on doit faire face et c’est comme ça. Il y a des règles. »

L’ère du développement des nouvelles technologies touche une grande partie de tous les métiers et facilite le travail de certaines professions en dépit d’autres professions.

La vision de la société face au métier d’infirmier à domicile

Socialement parlant le métier n’est pas très estimé, il ne se limite pourtant pas à faire quelques piqures et bandages. Derrière ce métier se cache des personnes qui commencent leurs journées relativement tôt et enchaînent une dizaine de patients par jour, ajouté à cela des trajets plus ou moins longs pour se rendre chez les différentes personnes à soigner. C’est un métier de terrain et à responsabilités qui s’exerce seul. Il n’est pas question de rater quelque chose d’important, donc. Des patients il y en a tout le temps, il faut en soigner tous les jours.

Un métier pour tout le monde?

C’est une profession enrichissante mais se lancer directement après ses études dans les soins à domicile, ce n’est peut-être pas la meilleure des solutions. Il est préférable d’avoir un minimum d’expérience avant au niveau des techniques, observations parce qu’à domicile on se retrouve seul et le champ stérile des hôpitaux n’existe pas. C’est un métier où on est seul face à une situation que l’on doit maitriser.

Alors oui, on peut dire que le métier d’infirmier à domicile est un métier sous-estimé compte tenu des contraintes qui s’immiscent à leur profession. Qu’elles soient administratives ou d’ordre sociales, elles existent mais les infirmiers à domicile passent au dessus de tout ça et exercent leur métier avec une profonde passion et se dévouent au maximum pour leurs patients.

Pour en savoir +

Infirmiers à domicile : quelles sont les spécificités ?

Fiche métier : infirmier à domicile

Tarifs officiels des soins infirmiers

Antoine Demanez
Étudiant en bachelier de communication – ISFSC