Santé et exilés, la Belgique plus que jamais concernée

En 2020, alors que la crise du Covid-19 est au centre de toutes les préoccupations, on en arriverait presque à en oublier une autre, qui a pourtant fait bien plus de victimes. C’est la crise migratoire. Alors qu’en Belgique l’accès aux soins de santé nous semble être une évidence, il n’en est pas de même pour les migrants. Ces-derniers sont souvent laissés pour compte. Mais dans le contexte actuel, « sans un système de soins de santé accessible à tous, l’épidémie va toujours rejaillir » selon Emmanuel André, épidémiologiste.  

 Selon un rapport publié par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), le nombre de demandeurs d’asile frôle les 3000 par mois.  Alors que ce nombre ne cesse d’augmenter, les moyens mis en place par l’administration se sont eux retrouvés gelés suite à la crise sanitaire. Malheureusement, les plus vulnérables se trouvent au front de cette pandémie mondiale. Pour beaucoup de réfugiés, la proximité forcée, les normes d’hygiène difficiles à satisfaire et les espaces parfois insalubres qu’ils occupent ne leur permettent pas de se protéger de la même manière que le reste de la population. Peut-on parler d’égalité de traitement entre migrants et citoyens belges face au coronavirus ? C’est dans ce contexte particulier et plus que jamais que les personnes exilées doivent connaitre leurs droits. Mais qu’en est-il vraiment en matière de santé pour ce fragment de population bien souvent oublié ?

« L’immigration médicale représente 3% des immigrés en Europe »

« À peine 3% des personnes ayant émigré en Europe l’ont fait pour des raisons de santé », rapporte le rapport annuel de l’Observatoire européen de l’accès aux soins. En Belgique, aucune donnée exacte existe quant à la corrélation entre le nombre d’exils médicaux et le système de santé qui peut leur être fourni dans le pays. « Ce chiffre des 3% semble être réel et ce malgré le manque d’information dont nous disposons sur le terrain, je dirais que 1 personne sur 20 réclamera des soins de santé » explique Nathan Kellermann, assistant social ayant travaillé dans un centre accueillant les réfugiés.  Ces chiffres ne sont pas significatifs, il n’existe pas de réelle problématique quant aux nombre d’exilés cherchant à bénéficier du système de santé belge.

L’accès aux soins, un parcours du combattant

Bien qu’en théorie l’accès aux soins soit un droit mis en place et atteignable pour tous, la pratique, elle, reflète une toute autre réalité. En Belgique, les personnes en situation irrégulière peuvent avoir recours à « l’aide médicale d’urgence (AMU)». Dans ce cas-là, c’est le CPAS qui prendra en charge les coûts des différents soins de santé. Un réquisitoire sera fourni au patient, celui-ci servira de recouvrement de la part de l’organisme en question. Cette démarche semble être à la portée de tous et se veut donc égalitaire. Selon monsieur Kellermann, malheureusement peu de migrants vont réellement bénéficier de ce droit.

Rapport MSF sur les migrants et réfugiés à Bruxelles expliqué en 2 min

Pas le temps de lire notre rapport sur les réfugiés et migrants à Bruxelles ? Nous vous l'avons résumé en moins de 2 min. Plus d'excuses 😉N'hésitez pas à partager ! 🗣

Publiée par Médecins Sans Frontières (Belgique) sur Mercredi 20 février 2019

Des droits durs à faire valoir

« Parmi les obligations internationales envers les migrants qui ne sont pas remplies par l’État belge figure le devoir d’information » rapporte une analyse du CIRE (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).

 Au Chauffoir, centre d’accueil de jour mis en place par le CPAS de Schaerbeek durant l’hiver, un assistant juridique passe deux fois par semaines afin de répondre aux questions des bénéficiaires. Dans l’exercice de leur mission, les assistants sociaux tentent tant bien que mal d’expliquer aux exilés l’importance de faire valoir leur droit à la santé.

Plusieurs barrières viennent enliser l’efficacité de ce système. La première est celle de la langue car les patients ont souvent une connaissance insuffisante du néerlandais ou du français. Ensuite, on peut citer le choc des cultures, qui représente un réel obstacle freinant le travail des soignants. Au-delà des difficultés linguistiques, différentes composantes culturelles expliquent un manque de compréhension de la part de chaque partie. La représentation de la santé ainsi que les modes d’expression ne sont pas les mêmes partout.

Arrive enfin une nouvelle problématique, beaucoup de migrants mettent leurs maladies et traumatismes de côté. On parlera ici de « syndrome congelé ». Ce phénomène est interpellant et ce d’autant plus dans le contexte actuel. Dans le cas du covid-19, ces personnes  sont bien souvent exposées à de plus gros risques que le reste de la population. S’ils ne réclament pas de soins de santé et ne sont pas pris en charge par l’État, la propagation du virus continuera. « J’ai été confronté à un migrant à qui l’on a diagnostiqué la tuberculose en Allemagne, et qui, arrivé en Belgique, n’a toujours pas fait le moindre test » témoigne Nathan Kellermann.

image numérique; Creative Commons Zero – CC0; image libre de droit

Des pistes d’action pour un avenir plus sain

« Theo Francken ne remplit pas sa tâche de secrétaire d’état à l’asile. Selon moi, tant que la politique Belge ne prendra pas une position et des mesures claires quant aux personnes en situation irrégulière, le problème de l’accès aux soins santé restera bafoué. » m’explique monsieur Kellermann. Étant donné les différents obstacles mentionnés ci-dessus, la Belgique a plus que jamais besoin de mesures fortes.

Premièrement, un renforcement en matière d’interculturalité  au sein du personnel soignant s’impose. L’apport de nouveaux intervenants, tels que des médiateurs culturels et des traducteurs, est urgent. Leur présence serait un facteur qui permettrait de diminuer les barrières entre les patients et le corps médical.

De plus, la procédure d’aide médicale d’urgence (AMU), n’est pas encore claire pour tout le monde. Ce manque de clarté dans son application conduit à une inégalité grandissante dans le soutien des réfugiés. Selon Nathan Kellermann, une personne sur vingt arrivera à faire valoir ses droits. La peur des procédures administratives est l’un des principaux freins. L’allégement et la facilitation de ces démarches, accompagné de l’aide d’interprètes, permettraient une prise en charge plus efficace.  

La crise que nous traversons nous rappelle que nous sommes tous vulnérables face aux maladies. La santé s’impose comme un idéal commun pour lequel la collectivité doit lutter. Connaître les migrants et leurs états de santé doit être une priorité dans un état de droit. N’est-ce pas le premier pas vers un système de santé efficient pour tous ?

Pour en savoir plus:

Santé des migrants et bonnes pratiques

MIGRATIONS, VULNÉRABILITÉS ET SANTÉ MENTALE

MIGRANTS EN TRANSIT EN BELGIQUE

Exil et santé mentale, un parcours du combattant

Ait Bensassi Safwane, étudiant en 1ère communication à l’ISFSC