Le Gouvernement face à l’overdose de pénurie

On compte 633 conditionnements de médicaments qui manquent depuis le 3 décembre dernier selon l’AFMPS (Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé). La pénurie, cette gangrène qui ronge la Belgique depuis plus de 4 ans maintenant ne cesse d’augmenter. Que fait le gouvernement face à cette situation ?

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Au Parlement Fédéral, on tente de résorber la pénurie, en proposant un système d’amende allant jusqu’à 100 000 euros pour certaines firmes.
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Avant toute chose, gardons à l’esprit, que cette pénurie de médicaments concerne majoritairement les conditionnements de médicaments. Les médicaments ne sont donc pas tous différents, certains peuvent être substitués par un produit comportant le même type de molécules mais portant un autre nom (ex: les médicaments sous formes génériques), il est aussi possible de retrouver exactement le même produit mais sous un autre dosage. 


Le 28 août 2019, Kathleen Depoorter, pharmacienne de métier et député à la NV-A propose une loi obligeant le signalement des médicaments manquants ainsi que le motif de ce manque. Cette loi augmente le prix des amendes qui sanctionne le non-respect du signalement, on parle d’un passage de 1000 à 100 000 euros d’amende pour les firmes. Une suspension des exportations de médicaments étant régulièrement indisponibles a également été évoquée. La proposition de loi de madame Depoorter a permis de réétudier la responsabilité des grossistes-répartiteurs qui sont les grossistes des médicaments, faisant office d’intermédiaire entre les pharmacies et les laboratoires pharmaceutiques. On contraint donc ces grossistes à livrer dans les 24 heures sous peine d’amende. Le but d’une telle sévérité envers les firmes et grossistes? Favoriser notre marché et minimiser le problème de pénurie en Belgique. Proposition de loi qui  quelques mois plus tard ( le 6 novembre 2019), est annulée suite à une discussion de R.De Caluwe (Open Vld), N.Farih (CD&V) et K.Depoorter elle-même, via amendement.

Toujours concernant les grossistes répartiteurs belges, ceux-ci devraient avoir le privilège de l’approvisionnement prioritaire par les firmes déjà présentes en Belgique, tout en étant limités au niveau de la délivrance qui se fera à d’autres grossistes répartiteurs à l’étranger, des hôpitaux ou pharmacies. Les députés, Dirk Janssens de l’Open Vld, Nathalie Muylle du CD & V et Damien Thiéry du MR sont les dépositaires de cette proposition.

La pénurie a engendré un autre problème au point de vue légal, le droit à la substitution des pharmaciens. En effet, les pharmaciens doivent, parfois malgré eux, proposer aux patients des médicaments équivalants à ceux prescrits par le médecin. Le hic, seul les médecins ont ce droit, jusque peut-être l’obtention du “Droit à la substitution” qui devrait être proposé d’ici quelques semaines.

La propagation 

Entre octobre et décembre de cette année, l’indisponibilité est passée de 573 à 633 conditionnements de médicaments manquants. Il est bon de savoir que le gouvernement tente de prendre les choses en mains, mais comprendre la propagation de ce dysfonctionnement en est une autre. 

Il y a différentes raisons à l’indisponibilité d’un médicament ( ou dans d’autres cas, son conditionnement). Celui-ci peut avoir été supprimé ou tout simplement en rupture de stock. Pour qu’un médicament soit supprimé du marché belge, il doit enfreindre des règles établies par l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé), on y retrouve entres autres le respect des normes de qualité, de innocuités (il faut que le médicament ne soit pas toxique) et d’efficacité.

Ces quelques mots peuvent paraître rassurants, néanmoins des risques restent à prendre en compte, l’AFMPS n’écarte pas le possible problème de confusion venant du patient à cause du dosage qui peut différer et il ne faut pas non plus écarter la perte de temps considérable à laquelle sont également soumis les pharmaciens. On parle de 5 à 6 heures où le pharmacien se débrouille pour trouver une alternative au patient quand il y en a une. Mais la procédure n’est pas si aisée, car ne l’oublions pas, jusqu’à l’application du droit de substitution des pharmaciens, celui -ci n’avait légalement pas l’autorisation de fournir un équivalent au client.

Certains professionnels de la santé redoutent, entre autres, une perte de confiance envers les pharmacies. N’étant pas toujours informé de la raison de cette pénurie, le patient se dirige chez son pharmacien avec une ordonnance de son médecin, il s’attend donc à pouvoir recevoir ses traitements. Manque de chance, aucun équivalent n’est disponible. Il ressort bredouille pour revenir 3 jours plus tard (délais d’attente moyen pour la commande d’un médicament).  

A qui la faute?

Néanmoins, rappelons-nous que le manquement auquel la Belgique fait face aujourd’hui, n’est pas majoritairement dû à un non respect des normes. Il est vrai que des cas d’incendies de firmes, ou de manque au niveau des matières premières sont soulignés. Dans le livre Economie du médicament, Nathalie Coutinet, économiste à l’université de Paris XIII , met en avant un désir de rentabilité des firmes pharmaceutiques. Ces firmes qui ne cessent de s’adonner à un phénomène de délocalisation, pour bénéficier d’une main-d’oeuvre à moindre coût . Ce système est d’abord pratiqué pour mieux répondre à l’augmentation de la demande mondiale en produits médicamenteux. Les esprits économistes plaideront un mécanisme naturel, mais celui-ci devient problématique lorsque les pays d’origines de ces firmes sont délaissés , et favorise des pays étrangers à plus forte demande.

 Raison autre, une demande de certains produits tout simplement pas suffisant aux yeux des firmes pharmaceutiques, donc plus ou trop peu produit.  C’est ainsi que malheureusement, des médicaments indispensables tels que Paclitaxel, utilisé en grande partie dans le traitement du cancer du sein, s’est retrouvé en rupture de stock en novembre dernier, c’est via une dérogation que le médicament a pu être importé de l’étranger 2 jours plus tard, avec un surcoût que les patients n’ont pas eu à connaître. Ainsi que le Clamoxyl antibiotique sous sa forme injectable qui traite les infections pulmonaires et entres autres urinaires mais également utilisé par les patients atteints de la maladie de Lyme et d’endocardite bactérienne.

Les maux de la fin?

Une fin à cette pénurie est-elle possible? Monsieur WARMOES, député à la Chambre et Président à la Commission de la Santé et de l’Egalité des Chance, répond ; “Notre but est d’abord de stabiliser la pénurie avant de parler d’éradication ». Du chemin reste à faire…

Le saviez-vous?

En Afrique, seulement 2% des médicaments devant être consommés sont produits, résultats, on compte 1, 6 millions de personnes décédées de maladies liées au VIH, du Paludisme ou encore de la Tuberculose.

La Belgique n’est pas la seule concernée par la pénurie, ses voisins allemands et français sont eux aussi touchés. Le nombre de produits manquants s’est multiplié par 20 ces dernières années.

En 2017, en France, on comptait en moyenne, presque 500 euros par personne pour le budget médicament.

ADJAMGBA Grace Sharon,

Etudiante en communication à la HE ISFSC pour devenir ensuite cheffe de projet. Âgée de 21 ans, d’origine togolaise, née et vivant à Bruxelles.